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La peur des gouvernements occidentaux devant des émeutes

Les gouvernements européens ont certainement peur des mouvements de rue pouvant dégénérer en émeutes. On l'a vu à leur réaction face aux" soulèvements" sporadiques des "jeunes" survenus récemment.

Le bruit avait par exemple couru que Nicolas Sarkozy avait demandé à ses conseillers de surveiller comme « le lait sur le feu » les étudiants qui manifestaient contre l'allongement de la durée de travail. Mais finalement il n'a cédé en rien aux protestations aussi fondées qu'elles aient été. Et chacun est rentré dans le rang. Il en a été de même dans les autres capitales européennes.

Aujourd'hui, confrontés aux succès de la foule ayant obtenu en quelques heures le départ de Ben Ali et de sa famille, pourtant incrustés profondément dans la société tunisienne, face aussi aux manifestations croissantes se déroulant au Caire ou dans d'autres Etats arabes, certains observateurs recommencent à penser que des soulèvements pacifiques mais massifs pourraient obtenir des changements de gouvernement, voire des changements de régime, y compris dans des pays à la longue tradition constitutionnelle comme les Etats-Unis ou les Etats européens.

Le bon sens permet quand même d'en douter. Le niveau et les modes de vie, en Europe et aux Etats-Unis, ne sont guère comparables à ceux des pays du Maghreb et du Moyen-Orient,. Même si en Occident, le chômage se développe, même si les injustices tenant aux inégalités sont de plus en plus mal ressenties, même si, pour employer une expression qui se répand malgré son caractère vague, le Système semble en voie de s'y effondrer, on peut douter qu'un nombre suffisant de citoyens se rassemblent et manifestent, le temps qu'il faudra, pour précipiter la chute de ce Système.

Les populations, avec l'expérience des guerres européennes, ont gardé le souvenir du chaos complet résultant de la disparition d'un Etat et d'une administration, aussi tyranniques qu'aient été ces structures. Des simulations avaient par ailleurs été réalisées, auxquelles avait participé Automates Intelligents, pour évaluer comment faire face aux conséquences d'une pandémie à forte mortalité, de type grippal, éclatant en Europe. D'une façon bien pire que du temps de la grande peste, la société organisée pourrait se dissoudre en de telles circonstances, quelles que soient les bonnes volontés des personnes décidées au péril de leur vie à assurer la continuité des services essentiels. Rien de tel ne s'est encore produit en Tunisie, heureusement, mais la conscience du danger latent reste présente dans un certain nombre d'esprits. Personne en Europe n'a envie de vivre cela.

En France, il paraît évident que la majorité sinon la totalité des citoyens n'est pas prête à courir le risque d'une "révolution" qui, avant de faire émerger un ordre nouveau hypothétique, mettrait tout par terre, à commencer par les distribanques, les grandes surfaces, les pharmacies, sans parler des petites propriétés et des pensions de retraite. On imagine par ailleurs sans peine la prolifération des détraqués divers à qui cette situation permettrait enfin de passer à l'acte. On ne peut pas reprocher aux gens de regarder à deux fois avant de se lancer dans l'aventure de la révolution au sens classique, ou simplement de l'encourager.

On ne voit guère que les jeunes exclus provenant des "quartiers" qui pourraient éventuellement marcher sur les centre-villes, comme certains commentateurs l'avaient pronostiqué lors des dernières émeutes dites urbaines. Et encore...Et pour quoi faire? Ils auraient trop peur de déclencher contre eux une union sacrée dont on devine  bien les prétextes.

Il faudrait vraiment que les gouvernements européens fassent des erreurs énormes pour dresser contre eux des foules sur le modèle tunisien ou égyptien.

Mais doivent-ils cependant dormir tranquilles ? Est-ce à dire que surgies des profondeurs et prenant des formes que seuls quelques témoins attentifs seraient capables de détecter, des révolutions ne se prépareraient pas dans nos pays? Il s'agit d'une très grande question. Si nous répondions par la négative, non seulement nous désespérerions Billancourt, mais nous entérinerions un postulat tout à fait arbitraire selon lequel aucun changement prenant la forme d'une mutation se produisant là où nul ne l'attend ne serait possible au sein de nos sociétés, dont les imperfections, pour ne pas dire les perversions, sont de plus en plus visibles et mal supportées.

Nous sommes de ceux ici qui pensent que quelque chose se prépare, lourd de conséquences, dont sans doute nos vies seront affectées, mais dont il est difficile aujourd'hui d'envisager les modalités. L'attitude disons scientifique consiste alors à rester en alerte, en rassemblant et questionnant tous les indices dont on peut disposer. Nous devons nous y efforcer, chacun à notre place, puis mutualiser nos observations.





28/01/2011
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