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Peut-on échapper aux contrôles qu'exercent les Pouvoirs sur Internet?

C'est la question que pose le 03/01/2011 sur le site Shareable: Civicsystem (partageable) un militant américain des droits civiques, quelque peu ancien hacker, Douglas Rushkoff
Son article, The Next Net a recueilli à ce jour plusieurs centaines de réactions, tantôt très enthousiastes, tantôt quelque peu sceptiques. Il évoque Internet mais pourrait tout autant mentionner la téléphonie mobile. (voir http://www.shareable.net/blog/the-next-net) .

On sait qu'aujourd'hui, face aux tyrannies politiques comme aux formes plus douces de mise en condition des esprits, beaucoup de militants comptent sur ces technologies pour échapper au moins momentanément, dans une sorte de jeu du chat et de la souris, aux contrôles policiers. C'est le cas en Chine, en Iran et plus récemment en Tunisie.

Dans les démocraties occidentales, certains défenseurs de la liberté d'expression et surtout de la liberté d'accès aux sources ont récemment applaudi aux efforts relativement réussis de Julian Assange et de divers WikiLeaks pour faire éclater les barrières des censures officielles. On a vu fleurir partout des articles célébrant la nouvelle citoyenneté militante susceptible de s'établir, à l'échelle mondiale, grâce à Internet et aux efforts de ceux qui l'utilisent pour diffuser autre chose que de la propagande officielle ou de la communication commerciale.

Pour ce qui nous concerne, ayant observé depuis longtemps la capacité des Etats, de leurs polices et agences de renseignement à infiltrer et détourner les réseaux protestataires, nous nous faisons moins d'illusions. Nous y avons consacré précédemment plusieurs articles. Si par exemple les gouvernements chinois et tunisien laissent pour le moment s'exprimer une certaine liberté sur le net et la téléphonie mobile, c'est parce qu'ils y ont encore un intérêt. Il serait relativement facile de tout couper.

Non moins grande est la capacité des puissances économiques (puissances d'argent) à utiliser les réseaux numériques au service de leur volonté de conditionner à leur profit les opinions publiques, celles des consommateurs, des épargnants ou des responsables politiques de tous niveaux. C'est à qui lavera plus blanc, ou plus vert, que les autres. L'Internet à cet égard en est devenu quasi insupportable. Il y a les écrans et placards publicitaires, l'omniprésence des Google et confrères, mais il y a aussi les contenus « télécommandés » dont nul ne peut savoir si les auteurs sont libres ou payés pour publier ce qu'il publient. Vous qui lisez ce billet, qui vous garantit que son auteur n'est pas subventionné par tel industriel pour défendre à l'occasion sa cause?

On dira qu'il faut raison garder. Pour la plupart des usagers des médias et réseaux modernes, tout est certes possible, la naïveté serait coupable, mais cette conviction ne devrait pas être une raison soit pour ne pas utiliser l'Internet en vue de s'exprimer et agir, soit pire encore pour ne pas prendre connaissance de ce qui s'y publie, c'est-à-dire pour se fermer sur le monde, fut-il empli d'ordures.

Nous savons tous depuis les origines, par exemple, qu'Internet est abondamment espionné par les Etats-Unis, la CIA, le réseau Echelon...mais aussi par les grandes oreilles de nombreux autres Etats. Serait-ce une raison pour ne pas s'en servir, quitte à prendre quelques précautions – ce que beaucoup de naïfs ne font d'ailleurs pas dans l'ivresse de voir leur image et leurs faits et gestes diffusés « au monde entier » par les réseaux dits sociaux?

Mais l'article de Douglas Rushkoff va plus loin dans la défiance et le rejet. Il propose résolument de faire appel à des solutions de type peer-to-peer qui permettraient de relier des ordinateurs sans passer par les noms de domaines, adresses IP, serveurs et réseaux commerciaux. Plutôt qu'engager un combat perdu d'avance pour rendre Internet aussi friendly que certains de ses promoteurs le rêvaient dans les années 80, il vaut mieux selon lui conspirer entre militants à construire une réelle communauté interconnectée et décentralisée disposant de ses normes et solutions propres.

Why not? L'ennui est que les solutions qu'il évoque d'un mot semblent bien techniques pour pouvoir être envisagées par des utilisateurs ne disposant pas de l'expertise confirmée des hackers. De plus, à nouveau, il serait niais de croire qu'elles ne pourraient pas être pénétrées par des sbires et faux-nez divers qui les rendraient vite toxiques.

Il ne nous appartient pas cependant ici de prétendre trancher d'une phrase le vaste problème que soulève Douglas Rushkoff. D'une part l'enjeu intéresse désormais plus d'un milliard d'individus qui y apporteront leurs questions et leurs solutions. Homo sapiens cyberneticus ils sont et resteront. D'autre part les technologies du virtuel évoluant sans cesse, pour le meilleur (en termes de valeurs démocratiques ou intellectuelles) comme pour le pire, aucune porte, et ce sera une bonne chose, ne pourra jamais être vraiment fermée.


13/01/2011
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