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Pour une Entente Cordiale étendue

On sait que sous ce nom avait été lancée au début du 19e siècle une alliance stratégique entre le Royaume Uni et la France, dont on peut le dire sans forcer l'Histoire qu'elle a bouleversé le sort du monde.

Très raillée et décriée de part et d'autre de la Manche, elle a survécu jusqu'à ce jour dans les esprits et les cœurs. Au moment où la France de Vichy capitulait, le France de la résistance avait trouvé en Winston Churchill un défenseur suffisamment convaincu de la nécessité de l'alliance avec la France pour accueillir et soutenir De Gaulle à Londres.

Il l'a fait malgré les pressions de Roosevelt pour qui la France Libre représentait plus un embarras qu'une aide. Les Français ne doivent pas oublier non plus que pendant les premières années de guerre, ce fut grâce à la résistance du peuple britannique que l'offensive nazie a été arrêtée et que par la suite, ils ont été libérés. On parle toujours de nos libérateurs américains, en oubliant les vrais motifs ayant provoqué l'entrée en guerre des USA contre l'Allemagne. Mais jamais des morts britanniques et de ccux du   Commonwealth tout au long de la campagne de France.

Pourquoi rappeler cela? Parce que nous pensons que les peuples doivent avoir une mémoire. L'opinion publique française, autant que nous puissions l'interpréter, fait preuve à l'égard de ce que l'on nomme ici globalement les Anglo-saxons autant d'une plate servilité que d'un rejet compulsif. Or, que ces sentiments soient ou non fondés, ils ne font pas la distinction entre les Américains et les Anglais. De ce fait ils déshonorent les sentiments de reconnaissance historique que nous devrions avoir à l'égard de nos voisins britanniques.

On peut comprendre cependant la persistance aujourd'hui d'une certaine méfiance à l'égard de Londres. Dans le cadre des « Relations Spéciales » qui ont permis pendant un demi-siècle au Royaume Uni de « bénéficier » de l'appui militaire américain, on n'a pas vu Londres faire montre d'une grande indépendance diplomatique. Par ailleurs, la grande crise financière survenue en 2008 a clairement montré l'enchevêtrement des responsabilités de Wall Street et de la City. Enfin, pour qui connaît un peu la vie politique telle qu'elle se pratique dans les cercles européens à Bruxelles, il paraît clair que les représentants de la Couronne qui fréquentent les institutions européennes sont tout autant au service des lobbies atlantiques qu'au service de leurs intérêts nationaux.

Nous pensons cependant que les Continentaux, et les Français en particulier, devraient en ces temps historiques se rappeler que le Royaume Uni, qu'il le veuille ou non, est en Europe et que sans lui, il ne pourrait y avoir à terme de puissance et d'indépendance européenne solides. Notons qu'en des termes tout à fait différents, nous devrions penser la même chose s'agissant de la Russie.

Certes, on a pu dans les premières années de l'Union se passer des Anglais. On a pu admettre ensuite qu'il était envisageable de mettre en place la monnaie unique sans y inclure la Livre Sterling. A ceux qui s'en étonnaient, on répondait: « Mais vous voyez bien que ce sont les Anglais eux-mêmes qui veulent conserver leur monnaie ». On prétendait que de toutes façons, que les Anglais soient entrés ou non dans l'Union, qu'ils entrent ou non dans la zone euro, les Européens de Continent trouveraient toujours en face d'eux de puissants intérêts britanniques, ouverts ou occultes, pour se persuader comme William Pitt que « La France à Anvers (aujourd'hui une Union européenne forte) serait un pistolet braqué au coeur de l'Angleterre ». Pour ces intérêts, la meilleure façon de désarmer le pistolet consisterait donc à le priver de poudre et de balles.

Si cependant on tente, comme nous essayons de le faire par ailleurs, de dresser une perspective géostratégique concernant l'Europe dans les dix prochaines années, il paraît évident que face aux grands risques et aux grandes concurrences, pour ne pas parler de conflits, qui menacent l'Europe, celle-ci ne saurait se passer d'aucune de ses ressources civilisationnelles, humaines, économiques et intellectuelles. La Grande Bretagne en représente une part essentielle.

Personnellement, en tant que rédacteur scientifique, je constate tous les jours la créativité et l'indépendance, face aux intérêts financiers, que manifestent les scientifiques, les laboratoires et les universités britanniques. Même s'ils ont beaucoup de respect pour leurs collègues américains, ils s'impliquent tous les jours dans les recherches européennes. Ils déplorent, comme nous le faisons ici, l'absence de grands programmes et de grands investissement européens. Ils seraient donc prêts, j'en suis persuadé, à défendre un projet d'Europe puissance, voire, horresco referens, d'Europe fédérale qui leur donnerait l'occasion de déployer plus largement leurs talents. A cet égard, l'Angleterre de la science et de la technologie vaut bien celle de la finance, l'University College London et ses homologues valent bien la City de Londres.

Mais ne rêvons pas. Pour que de telles ambitions voient le jour, il faudrait évidemment, non seulement que la zone euro se renforce au lieu de se disloquer, mais que le Royaume Uni nous rende le service d'adopter l'Euro, comme l'avait fait en son temps l'Allemagne. Il faudrait sans doute aussi à Europe quelques grands visionnaires politiques, de la taille de Winston Churchill, De Gaulle et Adenauer.
20/12/2010
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