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Marche vers la convergence à Bruxelles ?

On peut se demander pourquoi les gouvernements européens n'ont pas entrepris dès le début de la crise bancaire importée des Etats-Unis, de renforcer leurs réglementations et surtout de les harmoniser afin de faire face ensemble aux difficultés budgétaires prévisibles.

Tous ceux qui, comme l'auteur de ces lignes avaient signalé dès 2008 (Baquiast, « L'Europe et le vide de puissance, » JP. Bayol) l'impérieuse nécessité de la mise en place d'un gouvernement politique, économique et financier de la zone euro se sont demandé pourquoi cette évidence n'avait pas frappé plus tôt tous les esprits.

Ils avaient oublié une chose, c'est que les Etats et les nations sont des ensembles immensément lourds, qui n'évoluent pas en fonction des bonnes idées mais des intérêts et des traditions. Il faudra sans doute encore beaucoup de temps pour que la nécessaire harmonisation législative, fiscale et
politique entre Etats européens ne soit décidée. Il faudra encore plus de temps pour que cette harmonisation devienne une véritable marche vers des Etats-Unis d'Europe, concernant les 27 Etats membres de l'Union, et non plus les seuls membres de la zone euro.

Heureusement, si l'on peut dire, la poursuite et l'approfondissement de la crise systémique touchant le monde entier, et en premier lieu les Etats-Unis, obligera les Etats européens à se rapprocher plus vite qu'ils ne le voudraient. Nous n'aurons sans doute pas prochainement à discuter d'une nouvelle constitution établissant les organes de l'Europe fédérale qui s'impose, parce que trop d'esprits y demeureront hostiles. Mais on peut penser qu'à travers ce que l'on nomme les coopérations renforcées, beaucoup de procédures de type fédéral se mettront en place. Ceci pour une raison très simple; il sera impossible de faire autrement.  Les offensives de plus en plus virulentes des souverainistes, exigeant la sortie de l'euro ou même de l'Europe, paraîtront si démagogiques et irréalistes qu'elles auront un effet contraire, pousser au renforcement de l'Union.

Le conseil européen de Bruxelles des 16 et 17 décembre semble devoir confirmer ce pronostic relativement optimiste. Certes, les mesures décidées sont encore trop techniques et timides pour soulever l'enthousiasme des foules. Elles vont globalement cependant dans le bon sens, et surtout elles en annoncent d'autres que les premières rendront inévitables.

L'Union européenne s'est donc dotée d'un Fonds de secours durable, qualifié de FMI européen, capable d'allouer rapidement des aides aux pays en difficulté. Ses moyens n'ont pas été fixés, mais ils devraient être « suffisants ». On peut penser que le montant sera ajusté en fonction des besoins, y compris pour faire face à une crise affectant un grand pays. Dans le même sens, la BCE annonce le doublement de son capital, qui va passer de 5 à 10 milliards, par appel aux banques centrales nationales. Elle augmentera ainsi sa capacité d'intervention en matière d'achat des dettes des pays en difficulté.  
D'autres décisions – ou non-décisions – ne nous paraissent pas aussi  pertinentes. Il a par ailleurs été  décidé que les banques et fonds privés détenteurs de dette publique pourront, au cas par cas, faire des avances à un  pays en faillite. Cette mesure est dangereuse, au contraire des précédentes, car elle renforcera l'influence des banques et des investisseurs privés sur les politiques gouvernementales. De plus, les bons services de ces organismes seront finalement payés par les économies, sous forme d'augmentation des taux d'intérêt. 

Il est dommage enfin que la question des euro-obligations – ou eurobonds – ait été repoussée à plus tard. L'idée était de donner à l'Union ou à des Etats membres la possibilité d'émettre de la dette garantie par tous. La crédibilité de l'Union étant élevée, le taux à payer aux créanciers serait un peu supérieur à 2 % pour un emprunt à 10 ans quand la Grèce emprunte à plus de 10 %. Mais l'Allemagne s'y est opposée, compte-tenu du peu de confiance qu'elle accorde aux pays du Sud.

Préparer la convergence


Pour aller au delà de la solution aux problèmes immédiats, il faudrait évidemment – sans encore parler d'une véritable harmonisation, et moins encore d'une fédéralisation – préparer la convergence entre des économies aussi dissemblables que celle de l'Allemagne, de la Grande Bretagne, des grands Etats continentaux et des divers petits pays. Il faut féliciter Nicolas Sarkozy d'avoir plaidé cette carte au sommet européen. Il est difficile dans son cas de savoir s'il s'exprime par conviction ou par foucade. Mais on peut espérer que la diplomatie française est à peu près convaincue de la nécessité de la convergence. Le gouvernement allemand se laissera peut-être lui aussi convaincre de s'avancer dans cette voie.

Il s'agirait en fait d'une tâche herculéenne, qui ressemblerait à la puissance dix aux efforts menés depuis 10 ans par l'Allemagne pour rapprocher les Länder de l'Est de ceux de l'Ouest. Il faudra nécessairement, sans prétendre imposer à tous le même niveau de vie et le même type d'économie, réaliser entre les Etats membres un équilibre globalement semblable à celui qui existe entre les Etats fédérés américains. Certes, tous n'ont pas le même niveau de développent, mais dans l'ensemble et jusqu'à présent, ils ont pu supporter leurs disparités, voire en tirer parti, ceci essentiellement  grâce à la mobilité interne au sein d'un cadre fédérale commun. .

Dans cet esprit s'imposeront nécessairement en Europe d'une part des transferts internes de richesses et d'investissements, voire de population, d'autre part un renforcement des frontières extérieures de façon à ce que ces transferts ne se traduisent pas par des fuites vers les Etats non européens. Il sera nécessaire, autrement dit, d'harmoniser en priorité les fiscalités et les protections sociales à l'intérieur de ce que l'économiste Emmanuel Todd estime à juste titre nécessaire, un véritable protectionnisme européen.

Enfin, pour que l'Europe puisse remplacer ses importations par l'appel à ses propres ressources, la mise en place d'investissements industriels et intellectuels dans tous les domaines stratégiques s'imposera, financés par un appel spécifique à l'épargne européenne, comme nous l'avons proposé dans des articles précédents.

Il est à noter que, face à la crise persistant aux Etats-Unis et au rejet croissant dont souffre Barack Obama, ce sont de telles politiques que lui demandent de décider  ce qui reste de Démocrates souhaitant ne pas jouer la politique du pire en cédant à la démagogie de l'opposition.
18/12/2010
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