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Marine Le Pen contribuera-t-elle indirectement au renforcement de la souveraineté européenne ?

Par souveraineté européenne, nous entendons la capacité que devrait avoir l'Union européenne à 27 de se comporter en Etat souverain global, sur le modèle des grands bloc continentaux avec qui elle est en compétition.

Nous pensons pour notre part que la construction progressive d'une Europe fédérale serait la seule voie réaliste en ce sens. Mais dans l'immédiat rien n'empêcherait les Etats nationaux et l'Union de faire preuve ensemble d'un peu plus de souveraineté collective, par exemple face à la dictature des marchés. Or ils ne le font pas car ils se sont faits, à quelques nuances près, les défenseurs du jeu libéral. Celui-ci laisse à ce que nous nommons les corporatocraties internationales toutes latitudes pour exploiter à leur profit les divisions et le manque de patriotisme européen des opinions nationales.

Quelle influence peuvent avoir à cet égard les campagnes politiques souverainistes nationales, telles qu'illustrées en France par Marine Le Pen le 9 décembre sur France 2 ? Il est incontestable qu'en l'écoutant énumérer les critiques du Front National à l'égard de l'Europe, beaucoup d'auditeurs, notamment ceux qui sont les plus atteints par la crise, n'ont pu que l'approuver. Si faire partie de l'Union européenne consiste à accepter les délocalisations, le manque de protection aux frontières, la couverture des déficits budgétaires par l'appel aux fonds spéculatifs plutôt qu'à la création raisonnée de monnaie par la Banque Centrale Européenne, alors ils ne peuvent qu'être ouverts aux discours souverainistes prônant la sortie de la zone euro et de l'Union européenne.

De ce fait, le discours du Front National ne peut que retirer des électeurs à la droite gouvernementale. Il met en relief les incohérences d'un gouvernement et d'un président de la République dont l'électorat est incapable de préciser la position à l'égard de la construction européenne. Face à « Bruxelles », Nicolas Sarkozy, pour le citer, passe ainsi en permanence de la critique irresponsable au soutien des décisions les plus inspirées du néo-libéralisme ambiant. Au G8 ou au G20, il ne fera certainement pas mieux, jouant son jeu personnel plutôt que cherchant à fédérer les points forts de l'Europe, notamment l'union franco-allemande. Le Pouvoir est, comme l'on dit, illisible quand il s'agit de l'avenir des Européens et de l'Europe. Il est incapable de proposer des perspectives à moyen ou long terme mettant en évidence la façon dont une Union Européenne enfin dynamisée pourrait faire face aux grandes crises qui s'annoncent. C'est malheureusement aussi le cas de la plupart sinon de la totalité des gouvernements européens.

D'où la séduction qu'exerce le discours souverainiste. Malheureusement tant pour la France que pour l'Europe, ce discours repose sur l'ignorance crasse des contraintes qu'impose désormais la structuration du monde en grands blocs. Cette ignorance sautait aux yeux lorsque l'on observait l'embarras et le langage de bois de Marine Le Pen, confrontée à la question simple de savoir ce qu'elle ferait pour éviter la ruine de la France, une fois sortie de l'Europe et enfermée dans ses barrières nationales. Elle ne voulait pas reconnaître qu'elle proposait un modèle proche de celui de la Corée du Nord ou de l'ancienne Roumanie de Ceaucescu. Une nouvelle fois se vérifie le dicton selon lequel le Front National pose d'à peu près bonnes questions mais propose de mauvaises réponses.

Cependant, pour que les opinions publiques s'en persuadent, car il s'agit de problématiques difficiles, les gauches et les centristes désireux d'être élus lors des prochaines consultations électorales, en France comme ailleurs, devraient mettre toute leur énergie à défendre et illustrer, en gros comme en détail, ce que pourrait être une Europe capable d'assumer à égalité avec les autres grands blocs ses atouts et ses intérêts en tant que puissance mondiale, souveraine et solidaire. Ce n'est pas le cas pour le moment. Sur France 2, face à Marine Le Pen, le représentant du PS n'a guère paru capable d'enthousiasmer les foules. D'autres, telles les deux grandes dames de ce même parti, auraient-elles pu faire mieux? Cela n'est pas certain, vu l'atonie des programmes de la gauche intéressant l'avenir de l'Union européenne. Du côté des autres gauches européennes, le paysage programmatique n'est guère plus enthousiasmant.

Si comme il est plus que probable, la crise mondiale s'accentuait dans les mois prochains sous les assauts menés contre les démocraties par les puissances financières, les gauches européennes se regrouperaient peut-être dans une défense commune de la puissance européenne. Les propositions irresponsables des souverainistes et des populistes devraient alors les galvaniser. Mais en attendant ce réveil, ce sont les votes pour les souverainistes et les populistes qui progressent, à la plus grande satisfaction, n'en doutons pas, des « spéculateurs à la baisse » qui nous observent.
10/12/2010
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Marine Le Pen et l'occupation
12/12/2010 11:11:41 | Par : Delpente
Marine Le Pen a sûrement tort de comparer l'occupation de l'espace public par de pieux musulmans à l'occupation allemande. Mais c'est quand même une occupation. Voyez les images dans http://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/tolle-general-marine-le-pen-28686
Les bien-pensants de la gauche et de la droite qui ne veulent pas le reconnaître par électoralisme, pour récupérer les 10 à 15% d'électeurs musulmans, se préparent un nouveau Avril 2002.
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