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DSK et l'alibi de l'internationalisme

Défendre nos valeurs et nos intérêts au sein des institutions internationales ne suffit pas. Il faut le faire en Europe même et aussi au sein de chacun des pays européens.

Il y a quelques jours, Dominique Strauss Kahn, interrogé sur la question de savoir s'il était ou non de gauche, ne répondait pas directement. Manifestement il ne voulait pas préciser si, au cas il serait élu président de la République française, il reviendrait ou non sur les avantages dont bénéficie en France le capital au détriment du travail. Il a donc adopté une position apparemment plus consensuelle. Aujourd'hui, a-t-il dit à peu près (nous n'avons pas la vidéo), la question de la gauche ne peut plus être posée dans un seul pays. La mondialisation oblige à prendre en considération les relations nécessairement transnationales entre les intérêts financiers et les entreprises. De même, voyez, a-t-il ajouté, la question de la protection de l'environnement. Un pays ne peut seul, en instaurant par exemple une taxe carbone sur son territoire, prétendre y apporter des solutions crédibles. Il faut nécessairement se placer dans le cadre des institutions internationales. C'est ce qu'a compris, a-t-il ajouté, le nouveau FMI, qui entend aborder au plan mondial la question des dettes et des régulations (sous-entendu: « le nouveau FMI, sous la direction d'un homme de gauche tel que moi »).

 Nous pensons que DSK s'illusionne ou nous illusionne. Il est indéniable qu'un certain nombre de grands problèmes affectant le monde entier doivent être posés, sinon toujours résolus, au plan des Institutions Internationales. C'est ce qui avait justifié, après celle de la SDN à la fin de la première guerre mondiale, la création en 1945 de l'ONU et de son appendice essentiel le Conseil de Sécurité (voir wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_des_Nations_unies ). Non seulement l'ONU s'est attachée, globalement avec succès, au maintien de la paix, mais elle a pris en charge de nombreux grands problèmes se posant à l'humanité toute entière: santé, alimentation, population...Plus récemment, le sommet de 1972 a donné naissance au Programme des Nations Unies pour l'Environnement  (PNUE), tandis que le sommet de 1992 a lancé la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) dont les pays signataires se rencontrent annuellement depuis 1995.

 L'espoir de tous ceux qui se battent pour un nouvel ordre mondial est de voir apparaître de plus en plus d'institutions internationales capables de traiter avec un minimum d'efficacité des enjeux intéressant l'avenir de l'humanité sur la planète. Lorsque des institutions internationales au sens propre du terme n'existent pas, il est tout à fait souhaitable de proposer en attendant des structures informelles rassemblant un certain nombre de grands acteurs géopolitiques. C'est ce que représente actuellement le G20, rassemblant les  20 nations les plus riches du monde, que les pays pauvres voudraient étendre à de nouveaux membres.

Mais la foi dans les mécanismes de la négociation internationale ne doit pas être un argument pour refuser d'aborder la défense de nos intérêts et de nos valeurs, en tant que citoyens français d'abord, citoyens de l'Union européenne ensuite. Si DSK voulait être pris au sérieux, en France et en Europe, comme candidat aux responsabilités de chef d'Etat, nous pensons qu'il devrait dès maintenant préciser ce qu'il ferait pour renforcer le pouvoir de pression ou les leviers (leverage) dont l'Europe pourrait disposer au plan international, en précisant à cette occasion la façon dont il renforcerait le pouvoir de pression de la France au sein de l'Union européenne. Il s'agit d'une nécessité qui s'impose à tous les candidats déclarés ou potentiels aux futures élections présidentielles françaises, non seulement Dominique Strauss Kahn mais Ségolène Royal ou Dominique de Villepin, pour ne citer qu'eux.

 DSK connait trop les règles du jeu international pour penser que des institutions comme l'ONU ou le FMI puissent être des théâtres où les divers intérêts nationaux seraient capables de se confronter et s'entendre en toute bonne foi. Concernant l'ONU, les modes de représentation des Etats peuvent donner lieu à des décisions (ou plus exactement à des résolutions) qui sont inacceptables. C'est ce qui s'est produit récemment dans le cadre de la Commission des droits de l'homme (United Nations Human Rights Council) dont une majorité de membres ont fait voter à la 15e session (septembre-octobre 2010) une résolution «interdisant la diffamation de la religion (forbidding «defamation of religion»). Cette résolution a été soutenue par le Pakistan au nom de l'Organisation des Etats islamiques (OIC) regroupant 57 Etats censés défendre la solidarité islamique dans les domaines économiques, sociaux et politiques. C'est la troisième année que la résolution a été présentée et votée, cette fois-ci par 23 oui, 11 non et 13 abstentions. Il est évident que pour la petite minorité de pays, dont les pays européens, défendant la liberté de pensée et la liberté d'expression, une telle résolution est inacceptable.

 A l'ONU comme dans les autres organisations internationales telles l'Organisation mondiale du Commerce ou le FMI, ceux qui se font entendre sont ce qu'il faut bien appeler des « blocs de puissance et de souveraineté ». Il n'y a que les très grands Etats, eux-mêmes puissants et souverains, les Etats-Unis, la Chine et bientôt l'Inde, qui peuvent y défendre leurs intérêts en les exprimant directement. Encore faut-il cependant qu'ils recrutent des alliés parmi les petits pays pour disposer d'une influence suffisante, au moins au plan institutionnel - c'est-à-dire sans manier directement le « gros bâton, » de la menace militaire.

DSK sait très bien cela. Il sait très bien que, dans les deux problèmes qu'il a évoqués, celui de la régulation économico-financière et celui de la protection de l'environnement, c'est l'Amérique qui continue encore à imposer sa loi, que ce soit au FMI ou à l'ONU. Il sait très bien que les pays européens pris isolément sont incapables de se faire entendre, à supposer qu'ils soient capables - ce dont nous doutons - de se dégager suffisamment de l'emprise américaine, (dite euro-atlantique) pour formuler des politiques d'indépendance et de puissance. DSK devrait donc affirmer hautement aujourd'hui, sans contrevenir à la déontologie imposée par son actuel poste de directeur général du FMI, que les pays européens n'auront de poids, sur toutes les grandes questions internationales, qu'en se fédérant au sein d'une Union européenne puissante, souveraine et solidaire, pour reprendre les termes utilisés par nous sur ce site. Ceci ne pourra pas se faire en déléguant davantage de pouvoirs à une Commission européenne plus ou moins irresponsable et sous contrôle de la diplomatie américaine (voyez les « révélations » récentes de WikiLeaks sur ce point). Cela ne pourra se faire que par la mise en place progressive d'un véritable gouvernement européen de type fédéral.

Mais à nouveau, affirmer cela ne signifierait pas que DSK ou tout autre candidat français à la présidence de la République devrait renoncer à proposer des réformes renforçant en France même l'investissement, la recherche, la protection de l'environnement, l'emploi, le partage des richesses et toutes autres valeurs dont la gauche se veut représentative. Ces valeurs ne sont pas si partagées en Europe que le ralliement d'une grande pays européen tel que la France (la Grande Nation comme on dit outre-Rhin avec un mélange d'agacement et d'amitié) n'aurait pas un heureux effet d'entraînement chez nos voisins et amis.
08/12/2010
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