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L'appareil de puissance américain et la personne Obama. Une descente aux enfers parallèle

Le reste du monde (ROW) regarde stupéfié la descente aux enfers parallèle qui précipite dans l'indignité d'une part l'appareil de puissance, d'autre part la personne Obama, qui auraient du permettre à l'Amérique de dominer la première moitié du 21e siècle comme elle avait dominé la seconde moitié du 20e.

Il s'agissait d'armes très différentes, mais grâce auxquelles l'Amérique pouvait espérer, tout en continuant à régner par la force sur une moitié du monde, entreprendre de régner  par le sentiment sur l'autre moitié. Or aujourd'hui, l'appareil de puissance américain vacille et se lézarde tandis que le chevalier Barack se révèle n'être qu'un pauvre homme sans courage et sans coeur.

L'appareil de puissance


Voyons d'abord l'appareil de puissance. La livraison au public d'une petite partie des câbles diplomatiques américains par WikiLeaks (le « cable-gate) porte certainement un coup aux illusions de ceux qui pensaient que le système de pouvoir américain respectait nos droits et libertés. Mais cela ne remet guère en cause la domination du système. Les naïfs découvrent avec horreur les câbles révélant les incroyables chantages exercés par le Département d'Etat sur les Norvégiens et les Suédois pour qu'ils achètent l'avion de combat américain F 35 au lieu du Gripen suédois. Mais il reste que, allez savoir pourquoi, aucun gouvernement au monde n'a encore acheté de Rafale, hors la France. Quant au Gripen, il n'a été vendu qu'au compte-gouttes. On peut penser que l'appareil de puissance américain se remettra des fuites dues à WikiLeaks. Il trouvera d'autres voies pour s'exercer qui seront plus difficiles à pirater.

Par contre, des fractures plus graves sont apparues. C'est ce que pense Thomas L. Friedman, le columnist du NewYork Times, dans un article vengeur. Chaud partisan de la puissance américaine, il fait la liste des domaines où elle n'est plus ce qu'elle était.  (http://www.nytimes.com/2010/12/05/opinion/05friedman.html?_r=1)

Partout dans le monde, les Américains se montrent, selon lui, incapables de se défendre. Ainsi les Saoudiens, dans le même temps qu'ils incitent  l'Amérique à une guerre contre l'Iran détestée pour des raisons raciales et religieuses, poussent partout dans le Moyen Orient la rue arabe à brûler le drapeau américain. Ils financent sans compter les mouvements terroristes sunnites et les prédicateurs fondamentalistes, non seulement en Afghanistan et au Pakistan mais dans le monde entier.  Pourquoi cela, demande Friedman? Parce que l'Amérique sous la pression de ses propres intérêts pétroliers n'a pas réussi à se débarrasser de son addiction au pétrole. Elle continue à acheter le pétrole saoudien et se montre toujours incapable de se reconvertir au profit d'une économie verte. Quant on importe 28 milliards de dollars par mois du Moyen Orient, on ne peut demander aux régimes qui reçoivent cette manne de se réformer. Ils prennent les dollars mais n'en haïssent que plus fort les Américains.

Il en est de même à l'égard de la Chine. L'Amérique persiste à la supplier de faire baisser le ratio d'échange dollar-yuan pour rendre plus difficiles les importations à crédit de produits chinois par les consommateurs américains, mais elle ne fait rien pour investir chez elle afin de mettre en place une industrie qui rendrait ces importations inutiles. Au contraire, ses banques continuent à prêter à tout-va aux consommateurs américians,  même quand elles les savent insolvables, car elles feront des bénéfices considérables lorsqu'éclateront les bulles ainsi crées. Au plan stratégique, la dépendance à Pékin se manifeste de la même façon. Inutile quand l'équilibre budgétaire américain dépend des prêts chinois, de demander à Pékin de modérer son allié Nord-Coréen.

Friedman a tout à fait raison. Dans les années glorieuses, l'Amérique produisait elle-même les instruments de sa puissance économique et militaire. Elle finançait elle-même ses propres recherches. Elle avait donc des moyens d'action sur un monde qui n'avait pas encore compris la nécessité d'en faire autant.  L'appareil de puissance américain s'est détruit lui-même, car les classes dominantes ont préféré la spéculation financière à l'économie réelle, en dilapidant ainsi les ressources du pays. La leçon vaut évidemment aussi pour les Européens.

La chute du chevalier Barack

Il s'agit du deuxième symptôme par lequel se manifeste la descente aux enfers de l'Amérique. Lors de son élection, le ROW (reste du monde), extasié, avait voulu malgré toutes les informations contraires, voir en lui le preux chevalier dont la vaillante et pourtant si humaine personnalité allait donner à la puissance américaine le visage enfin humain que souhaitaient les bonnes âmes. Elu en pleine crise financière (dont on a su depuis qu'elle avait été pratiquement organisée par les banques  pour mieux tondre les middle-classes), Obama allait mettre les banquiers au pas, les industries et les chômeurs au travail, les classes moyennes au pouvoir. Il allait unir dans un élan formidable  les Blancs, les Noirs et les Latino-américains, les chrétiens et les musulmans, faire la paix sur tous les théâtres de guerre où l'Amérique consommait sans compter ses dollars, son prestige et accessoirement ses boys.

Hélas, on sait ce qu'il en est advenu. Pour réussir le vaste programme que nous venons d'esquisser, Obama aurait du  faire preuve d'inflexibilité devant les résistances:  rassembler ses troupes, les Démocrates libéraux, pour mieux vaincre ses ennemis, des Conservateurs sortis du Moyen-Age. Or il s'est révélé d'une faiblesse de guimauve, décourageant les plus indulgents de ses partisans.

Il a tout cédé la Banque. Il lui devait son élection, mais il aurait pu, avec un autre tempérament, prendre du recul à son égard. Or les régulations décidées n'ont pratiquement pas été appliquées, la Fed a financé sans compter les déficits des grands établissements résultant de leurs spéculations, afin de leur permettre de continuer à spéculer de plus bel. Peu importe à Obama que de nouvelles bulles se préparent, ou d'autres crises de trésorerie, comme celles qui résulteront de l'incapacité des Etats fédérés et des collectivités locales à, rembourser leurs emprunts, empêtrés qu'ils sont encore dans les conséquences de la crise des subprimes.  (http://www.nytimes.com/2010/12/05/us/politics/05states.html) 

Par ailleurs, on le sait, Obama a tout cédé aux Conservateurs élus grâce aux milliards du Corporate Power. Il a  renoncé à la réforme du système de santé et ces jours-ci il renonce à la suppression des avantages fiscaux iniques concédés aux riches par Bush. Il s'est plus engagé que jamais en Afghanistan et ne s'est pas vraiment dégagé de l'Irak. Pour se faire bien voir des plus féroces de ses ennemis (ceux qui le caricaturent avec une pancarte sur les fesses incitant aux coups de pied vengeurs) il vient de réduire les salaires des fonctionnaires fédéraux pour économiser trois sous. Il est incapable d'empêcher l'arrêt par des élus locaux idéologues de travaux d'infrastructure pourtant urgents dans un pays délabré. Il n'a pas lancé le moindre investissement créateur d'emploi comme l'avait fait Roosevelt en son temps. Les afro-américains ont désormais honte de lui, les Juifs le détestent, les musulmans le haïssent et les athées l'ignorent.  Bref, l'Amérique et le ROW n'attendent plus rien d'Obama qu'une sortie rapide, le plus tôt étant le mieux. La fin d'un beau rêve.

Mais que les Européens ne se réjouissent pas. La descente aux enfers qui s'annonce pour l'Amérique sera aussi la leur, pour la raison très simple que les mêmes causes entraînent les mêmes effets. Cela est  vrai en ce qui concerne les fondamentaux de l'économie, où l'Europe n'investit pas davantage que l'Amérique, face aux pays asiatiques et à tous les autres. Cela est vrai aussi en ce qui concerne les hommes au pouvoir – pour ne pas mentionner l'opposition politique. L'opinion avait cru  déceler en ces derniers des entraîneurs et de vrais réformateurs. Elle découvre aujourd'hui , comme le montrent les sondages et les manifestations, ce qu'ils valent vraiment, autrement dit pas grand chose. 
07/12/2010
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