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Irlande, suite

Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ...C'est ce que diront bientôt sans doute, en termes moins choisis, les populations européennes quand elles constateront les véritables pillages que leur imposent les marchés avec la complicité des gouvernements.

Pour commencer, ce sera sans doute la patience irlandaise que ne se laissera pas longtemps abuser. Subissant une crise politique qui l'a obligé à prévoir des élections début 2011, le premier ministre Brian Cowen a dévoilé le 24 novembre les grandes lignes de son budget 2011. Pour rassurer les marchés (c'est-à-dire permettre à l'Irlande de ne pas se voir imposer par les marchés des taux de prêts exorbitants) ce budget prévoit 15 milliards d'euros d'économies supplémentaires sur quatre ans, dont six dès 2011. C'est la troisième série de restrictions imposée à l'Irlande depuis 2008.

Les citoyens français doivent bien se représenter ce que ces chiffres représenteront  pour leurs voisins irlandais: une baisse de 10% des allocations familiales, la suppression de près de 30.000 postes de fonctionnaires, la diminution d'un euro du salaire horaire minimum. Chaque ménage devra donner, en moyenne, un chèque supplémentaire de 4.600 euros par an à l'Etat. Le tout servant  à  verser 50 milliards d'euros aux banques pour éviter leur faillite. Que diraient les Français si les mêmes charges, en proportion, leur étaient imposées, pour les mêmes raisons.

On dira que les banques françaises ne se sont pas lancées dans des spéculations malheureuses avec la même irresponsabilité que leurs homologues irlandaises. Mais la France risque de se trouver, après le Portugal et l'Espagne, obligée de s'imposer des réductions budgétaires sans commune mesure avec l'actuelle rigueur si les pays européens continuent à laisser les Marchés jouer contre eux. Pourquoi cela? Essentiellement parce que le montant des annualités de dette à rembourser dépend des taux d'intérêts imposés par les préteurs, c'est-à-dire par ces mêmes marchés. Pour mettre un Etat en difficulté voire l'acculer à un quasi dépôt de bilan, il suffit de l'obliger à payer son crédit plus cher. Les agences de notation et autres experts des marchés financiers savent comment s'y prendre. Le fonds de secours européen, prévu pour la Grèce et l'Irlande, sera insuffisant pour couvrir les besoins de trésorerie de grands Etats comme l'Espagne et la France. Il en sera de même d 'éventuelles contributions du FMI. Si ces deux pays veulent continuer à jouer le jeu des marchés, ils seront obligées de s'imposer des économies budgétaires bien supérieures, même toutes proportions gardées, à celles que vient de décider le gouvernement irlandais.

Les Irlandais manifestent contre les mesures de rigueur le 27 novembre, alors que le Portugal avait été à moitié paralysée par une grève générale quelques jours auparavant. On peut penser que ce ne sera qu'un début, surtout lorsque les populations se rendront compte que les sacrifices qui sont demandés aux plus pauvres et aux classes moyennes visent à garantir les revenus des actionnaires et des directions des banques responsables d'avoir entraînés l'Irlande et le Portugal dans une crise  mondiale décidée à Wall Street. Les revenus, autrement dit les fortunes de ces banquiers sont placées dans des paradis fiscaux amis comme celui de l'Isle de Man et ne risquent rien de la rigueur.  Ils ne seront pas imposés.

Ceux qui ont vu le film Inside Job, comme nous l'avions recommandé il y a quelques jours, pourront mieux comprendre pourquoi la crise financière mondiale a pris une ampleur menaçant aujourd'hui toute l'Europe. C'est parce que la crise, faillites en série et déficits publics gigantesques,  profite à tous ceux qui, par milliards de dollars, s'étaient assurés contre cette crise. Elle a donc été d'une certaine façon organisée par eux. Dans le cas des dettes publiques, on peut résumer le mécanisme de la façon suivante: ou bien l'Etat réussit à rembourser ses emprunts aux taux très élevés qui lui sont demandés, et les préteurs gagnent des milliards de dollars. Ou bien il ne le peut pas, et ceux qui s'étaient assurés contre le non remboursement touchent des milliards de dollars. Il suffit pour gagner à tous coups que ce soit les mêmes capitalistes qui spéculent des deux côtés. S'ils engagent des sommes suffisantes, ils ne pourront pas perdre. Autrement dit, ils seront gagnants, par milliards de dollars.

Aussi aveugles ou aveuglés que puissent  être les peuples, lorsqu'ils prendront pleinement conscience que les milliards de dollars gagnés par les spéculateurs proviennent de leur sang et de leur  chair, comme l'on aurait dit au 19e siècle, autrement dit proviennent des prélèvements exorbitants qui lui sont imposés par des Etats complices de ces mêmes spéculateurs (les marchés et leurs alliées  les agences de notation), ils ne resteront pas passifs.  Mais n'en disons pas plus ici. Envisager ce qui pourrait se passer, non dans le cas de la petite Irlande, mais dans celui de grands Etats comme l'Espagne et la France, déborderait du cadre de cet article. Nous aurons l'occasion d'y revenir, car la vraie crise ne fait que commencer.

26/11/2010
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