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Deux points de vue sur la position de la Chine face au monde occidental

Nous employons le terme de monde occidental par convenance, mais il vaudrait mieux parler de monde américain, tellement les Etats-Unis imposent sans discussion à l'Europe leur conception des relations avec la Chine.

Quoiqu'il en soit, on pourrait sommairement regrouper les opinion occidentales sur cet inépuisable sujet en deux groupes. Le premier rassemblerait ceux qui voient en la Chine une rivale potentielle, voire une ennemie de l'Amérique, qu'il faudra bien se résoudre à affronter sur son terrain, et ceux au contraire qui attendent de l'Empire du Milieu, terme aimable redonnant à la Chine d'aujourd'hui la grandeur transcendantale que ses anciens empereurs voulaient  lui donner,  une sorte de médiateur permettant l'accouchement d'un monde nouveau.

Dans le premier groupe, nous pouvons mettre Peter Morici, professeur d'économie à la Smith School of Business, Université de Maryland, et ancien chef économiste de l'U.S. International Trade Commission.. Il vient de publier un article dans la tribune libre de United Press International qui se présente comme une véritable déclaration de guerre à l'encontre de la Chine.

Pour lui, il existera toujours une différence infranchissable, quasi génétique, entre les Américains et les Chinois. Les Américains sont convaincus que seuls les individus à la recherche de leur propre bonheur sont capables d'entraîner le progrès collectif de la nation. Il s'agit de la philosophie dite du Marché. Par ailleurs, au plan politique, les gouvernants américains ne tirent leur légitimité que de l'approbation des citoyens. C'est ce qu'exprime le terme de Démocratie. Le Marché et la Démocratie ont construit la civilisation américaine.   Les succès de l'un renforcent ceux de l'autre et réciproquement.

Pour Peter Morici toujours, la Chine s'oppose directement à ces valeurs. Le parti communiste impose aux citoyens un régime autoritaire de type parental. Il préfère le capitalisme d'Etat au capitalisme privé. Il ne se réfère aux valeurs du libéralisme économique que lorsque ceci  lui est profitable dans les négociations internationales.

La Chine d'aujourd'hui n'est pas comparable à ce qu'était les Etats-Unis de la fin du 19e siècle. Ils avaient développé grâce à la libre initiative les technologies qui ont fait leur force pendant plus d'un siècle, en attirant à eux  les forces vives de l'Europe. La Chine ne se développe qu'en maintenant 80% de sa population dans la misère. Elle manque d'énergies et de ressources naturelles, Elle impose aux compagnies occidentales de lui transférer leurs technologies, elle utilise une monnaie sous-évaluée pour soutenir ses exportations. Sur ces bases, la Chine ne deviendra jamais ce qu'est devenu l'Amérique au long du 20e siècle. 

Sa prospérité naissante n'en fera donc jamais une démocratie sur le mode occidental. Le parti communiste chinois doit au contraire essayer d'imposer sa conception du pouvoir autoritaire à ses voisins, tout en combattant les institutions internationales qui défendent le libéralisme et les droits de l'Homme. Elle ne peut compter pour cela que sur la force, ce qui l'oblige à moderniser son armée et se donner une marine de guerre capable de projeter ses forces ailleurs que sur ses seules côtes.

Les Etats-Unis en comptant sur la négociation, se sont efforcés d'obtenir que la Chine relève son taux de change et abandonne ses politiques mercantilistes. Ils ont échoué. Au G20 et au FMI, ils ont été trahis par leurs alliés européens.

Dans ces conditions, ils doivent répondre au mercantilisme chinois par l'action. Le temps de la diplomatie est passé. L' Amérique doit taxer les produits chinois en proportion de la sous-évaluation du yuan. Elle doit intervenir sur les changes pour forcer la réévaluation de celui-ci. Elle doit limiter les acquisitions par la Chine de technologies américaines en proportion des restrictions que la Chine impose aux investissements étrangers sur son sol. Elle doit se protéger en proportion du protectionnisme chinois.  Sinon elle courre au désastre.

On notera que ce discours,  bien que formulé sur un ton très agressif, pourrait aussi être celui des pays européens s'ils voulaient se protéger contre un commerce chinois bénéficiant de soutiens qu'ils refusent de donner à leurs propres économies. C'est la thèse de François Langlet, directeur de la rédaction de La Tribune, dans son livre « La guerre des Empires ». Il prévoit  que le G2 annoncé depuis longtemps a déjà commencé à produire ses effets, non pas un condominium mais comme un affrontement de tous les instants entre les deux géants, USA et Chine, pouvant éventuellement déboucher sur la guerre. La crise rendra pense-t-il les conflits inévitables, en provoquant des chaines d'instabilités à l'échelle de la planète toute entière. Dans cette guerre, la Chine n'aura aucun intérêt à tenter de devenir démocratique. Elle devra au contraire affirmer sa puissance par tous les moyens. Les naïfs européens, qui croient encore à la possibilité d'un nouvel ordre mondial, en seront pour leurs frais.

Une autre approche de la Chine


Un second groupe de commentateurs, celui que nous avions distingué en introduction et  que François Langlet ne manquerait pas de considérer comme des naïfs, propose une autre approche de la Chine. Il ne s'agit pas de nier la puissance grandissante de ce pays, dans tous les sens du terme. Il faut par contre se demander si, notamment au dernier G20, n'est pas apparu un nouvel esprit des relations internationales, dont la Chine aurait pu être l'initiatrice.  
Les défenseurs de cette thèse note que la Chine connaît depuis longtemps le capitalisme et ses dérives, un système pour lequel il faut être le premier ou disparaître. Si elle jouait le jeu de ce système là, elle se bornerait, avec sa puissance montante, à remplacer les Etats-Unis au sommet. Mais le veut-elle? Et pourquoi faire?

Selon ces commentateurs, la Chine refuse d'assumer sa part de responsabilité dans la crise mondiale actuelle. Elle persiste à en faire une « crise du système Nord-Atlantique ». La Chine manifesterait, selon les termes de Philippe Grasset (http://www.dedefensa.org/article-g20_en_ombres_chinoises_15_11_2010.html), un refus général, non de reconnaître les risques et les dangers de la situation actuelle, mais d'adhérer aux normes et aux structures du système qui prétend assurer la gestion de ces risques et de ces dangers. Pourquoi, afin de mieux lutter contre l'incendie, se soumettre aux  normes de l'incendiaire? 

On pourrait alors évoquer dans cet esprit certaines hypothèses concernant une éventuelle vision civilisatrice des Chinois, y compris du fait de leurs conceptions confucéennes. Cette vision pourrait leur servir  de guide pour conduire une critique générale, non plus du seul système économico-financier, mais du système général de la civilisation occidentale. Il serait possible que cette vision intéresse aussi, sous certaines conditions,  des pays comme l'Inde, voire comme la Russie.  Ne mentionnons pas la France, qui aurait seule en Europe le génie de remettre en cause le système occidental dans son ensemble, mais qui ne le fera pas puisque malheureusement  ses gouvernants sont aujourd'hui aux abonnés absents.

La Chine ferait  peur à l'Ouest et au système occidentalo-américain non pas à cause de sa puissance, mais à cause de l'énigme que constitue le jugement profond qu'elle porte sur le système, jugement que sa puissance rend évidemment extrêmement important. La Chine ne serait alors, dans la tradition de sa sagesse millénaire, que l'instrument de ce qu'avec un rien de spiritualisme nous pourrions appeler une force historique dont le but ultime serait  la destruction du système.
19/11/2010
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