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La question de la grève générale et de ses suites

Le 7 novembre 2010, la question des moyens permettant de s'opposer à la prise en main de l'économie et de la société par les capitaux spéculatifs est plus que jamais posée. Des grèves générales pourraient-elles obtenir ce que les résistances ponctuelles aussi désespérées soient elles sont impuissantes à faire naitre? Mais obtenir quoi exactement? La question n'intéresse pas seulement la France, mais la quasi totalité des pays européens.

C'est Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force Ouvrière, qui le 7 novembre a regretté qu'au lieu de s'engager dans des actions réparties dans le temps contre la prétendue « réforme » des retraites, l'ensemble des syndicats n'ait pas proposé une grève générale illimitée. Gérard Mordillat, sur France Inter ce même jour, en présentant son film et son livre « Les vivants et les morts » (voir  http://programmes.france2.fr/les-vivants-et-les-morts/index.php?page=teaser-les-vivants-et-les-morts ), s'est interrogé aussi sur la grève générale. Les travailleurs vont-ils devoir supporter jusqu'à son terme la revente à l'étranger de tous les actifs de la nation. Le film illustre bien le rôle destructeur des  fonds spéculatifs, opérant dans le cadre d'opération dites de LBO (rachat d'une entreprise à partir de fonds empruntés et revente de celle-ci à l'étranger avec de gros bénéfices) .  La question ne concerne pas seulement les entreprises économiques, y compris les exploitations agricoles, mais le secteur public, actuellement soumis à une privatisation systématique.

On peut en effet penser qu'au delà de la question des retraites, le rejet du système politique et économique actuel est tel qu'une très grande majorité des Français aurait soutenu un mouvement de grève général, quels que soient les sacrifices à consentir.  Il n'est pas exclu que les classes moyennes et supérieures (tout au moins dans leurs couches instruites) se soient engagées aussi, prenant conscience que le système actuel pousse  à leur disparition rapide.  Que se serait-il passé ensuite? Ceux qui connaissement un peu l'histoire répondent que très vraisemblablement un gouvernement autoritaire qui se serait dit de salut public, autrement dit une junte, aurait tenté de prendre le pouvoir. Mais pour beaucoup de ceux qui ne voient aucune perspective pour eux et leurs enfants que la soumission aux sacro-saints Marchés (il n'y a pas d'alternative, TINA), mieux vaudrait une crise ouverte de cette sorte qu'un lent pourrissement.

Vraisemblablement,  loin de rester limité à un pays, un mouvement de grève générale  convenablement ciblé s'étendrait à d'autres régions de l'Europe. Car c'est l'Europe toute entière qui est actuellement menacée de disparition, quoiqu'en disent les représentants du capitalisme à l'allemande qui pensent pouvoir continuer à supporter   la concurrence extérieure en faisant travailler toujours plus et en payant toujours moins leurs salariés.

Quelles propositions?


Les théoriciens de la complexité disent que du conflit chaotique  peut sortir le pire et le meilleur. Une  grève générale vraiment générale, fut-elle limitée au départ à un  seul pays,  serait certainement une accoucheuse de changements. Pour que ceux-ci ne bénéficient pas seulement aux pouvoirs actuels dont la tactique serait évidemment de favoriser la montée aux extrêmes, il faudrait que les promoteurs de cette grève, notamment à l'intérieur du mouvement syndical,  fassent quelque propositions mobilisatrices.

Ecartons l'objection souvent entendue qu'il ne faut rien attendre des états-majors syndicaux, parce qu'ils seraient, sur le mode américain, déjà corrompus par les pouvoirs d'argent. Mieux vaut reconnaitre que la gauche dans son ensemble ne propose guère d'alternatives économiques et sociales crédibles, autres  que celles consistant à reprendre en le francisant le discours mondial de la finance  de marché. En France remplacer Nicolas Sarkozy par Dominique Strauss Kahn ferait parfaitement l'affaire de ceux pour qui « Il n'y a pas d'alternative » .

Mais que proposer. Pour ce qui nous concerne nous avons mis en circulation une liste de mesures qui permettraient à l'Europe d'échapper à la pression du capitalisme international en relançant notamment de grands programmes publics d'investissement. (Voir Pour une Europe Forteresse http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2010/111/geostrategie.htm ) . On constate que l'économiste Jacques Sapir dans Marianne (http://www.marianne2.fr/Retraites-Sarko-n-a-pas-gagne-Aubry-non-plus-3-3_a199264.html) tient  un peu le même discours, sans pour autant pensons nous suffisamment préciser les secteurs industriels et de la recherche où il faudrait réinvestir. Nous le citons:

" La régression sociale que nous connaissons depuis des années, et dont la réforme des retraites n'est que l'une des facettes, a trois causes : le libre-échange, la financiarisation de l'économie induite par le refus des contrôles de capitaux et le fonctionnement de la zone Euro. Un ancien du PS, passé au Parti de gauche, Jacques Généreux pour ne pas le nommer, identifie nettement ces trois causes dans un ouvrage qui vient de sortir (Jacques Généreux, « La Grande Régression », Le Seuil, Paris, 2010)
...
La véritable rupture consisterait à mettre en place des écluses au niveau des échanges, qu'il s'agisse des droits de douane pour les pays hors UE ou de montants compensatoires pour certains des pays de l'UE, afin de compenser les écarts entre les niveaux de productivité et ceux des salaires globaux (en y incluant les charges). Le libre-échange ne fait qu'organiser la concurrence entre salariés, et entre systèmes sociaux dans le sens du « moins coûtant, moins disant », alors que la véritable concurrence devrait être celle entre les projets entrepreneuriaux. Elle s'accompagnerait du retour à un système de contrôle des capitaux, afin d'éviter les pratiques de concurrence fiscale et l'extension de la financiarisation. Elle se complèterait, pour les pays de la zone Euro, de la prise en compte de la différence des régimes d'inflation structurelle, ce qui nous conduirait à passer de la monnaie unique à la monnaie commune, et au retour à la souveraineté monétaire, protégée par le contrôle des capitaux mais réglementée par une coordination propre justement au régime de la monnaie commune.
"

Mais il ne faut pas se faire d'illusion. De telles propositions, qui consisteraient  à saper, tout au moins en Europe, les bases du pouvoir bancaire et financier mondial, ne pourraient être mises en oeuvre sans des changements politiques et géostratégiques profonds.  Sur ce plan, on constate que  Jacques Sapir  va beaucoup plus loin que la gauche dite de gouvernement. Il envisage un vrai changement de régime:

."..Pour remplacer la Tyrannie actuelle , il faut faire appel  alors à  la Dictature. Ce mot ne doit pas être ici entendu dans son sens vulgaire, qui en fait un synonyme de Tyrannie, mais bien dans son sens savant. La Dictature est en effet une partie intégrante de la Démocratie. Il s'agit de la fusion temporaire des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) dans le but de rétablir les principes de la Démocratie. C'est bien un pouvoir d'exception, mais dans le cadre des principes de l'ordre démocratique.

Il faut donc poser la question de savoir si, pour rétablir la Démocratie et par là la souveraineté du peuple, compte tenu des dérives que nous connaissons depuis certaines années, il ne nous faudra pas en passer par l'exercice de la Dictature. Cette dernière n'aurait alors pas d'autres buts que de rétablir dans son intégralité les principes de notre Constitution, tels qu'ils sont inscrits dans son préambule où l'on affirme le principe d'une République sociale.

Il est certes possible que l'on puisse éviter encore d'y avoir recours, et que l'on puisse sauver notre démocratie si malade et si mal traitée. Mais, ce sera par la combinaison des formes actuelles avec une organisation permanente d'une partie de la population dans les Comités d'Action et de Résistance largement ouverts à tous les participants du mouvement social et  délibérément unitaires, ainsi que par le recours, sur des questions précises et avec un libellé clair, au référendum.
"

Il ne nous appartient pas ici de nos prononcer sur la souhaitabilité et surtout sur le réalisme de tels appels au changement. Il est certain par contre que si les syndicats envisageaient le recours à une grève générale, ils devraient se tenir prêts à jouer un rôle actif lors de ces éventualités.

07/11/2010
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