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Le pétrole à 200 dollars

Les analystes économiques prévoient que le baril de pétrole atteindra dans les 18 mois le prix de 200 dollars. La hausse pourrait se poursuivre jusqu'au double, soit 380-400 dollars vers 2015. Il s'agit d'une perspective dont les gouvernements comme les secteurs économiques ayant bâti leur prospérité sur un pétrole « abordable » refusent de tenir compte. Ceci aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe et dans le reste du monde.

Devant les revendications des transporteurs, des pêcheurs, des automobilistes, on envisage encore des mesures transitoires destinées à faire passer le plus fort des hausses, supposées transitoires. Depuis un Bush demandant aux Saoudiens d'augmenter leur production jusqu'au gouvernement français envisageant de compenser la hausse des prix des carburants par on ne sait quel allègement de taxe, l'éventail de ceux qui n'ont pas compris l'ampleur et le caractère déstructurant – les optimistes diront restructurant – du phénomène est large.

L'essentiel du problème tient à la raréfaction croissante des réserves de pétrole (et accessoirement de gaz) accessibles aux coûts jusqu'ici obtenus. Certes, il existera encore d'innombrables façons d'obtenir des hydrocarbures mais ce sera à des coûts financiers et écologiques croissants. Il faudra bien que le consommateur final les paye.  Le manque de raffineries est souvent jugé responsable de la hausse de certains carburants sur certains marchés, comme actuellement le gas-oil, mais il ne s'agit là que d'un phénomène de surface, n'atteignant pas le fond du problème. Il est vrai aussi que la spéculation anticipe la rareté en jouant la hausse, mais ce facteur sera négligeable à terme, car il ne porte que sur des tonnages marginaux par rapport à ceux produits et vendus.

On accuse volontiers de catastrophisme ceux qui prévoient la crise pétrolière.  Malheureusement les chantres de la croyance aux infinies ressources de l'humanité pour échapper aux difficultés se payent d'illusions. Il est certain que sur 10 ou 20 ans les méthodes permettant d'obtenir de l'énergie y compris du carburant liquide à partir de sources renouvelables vont se développer. Mais les quantités produites ne seront pas suffisantes pour faire face à la diminution de l'offre pétrolière. De plus leurs coûts seront aussi élevés, sinon davantage, que ceux attendus du baril pétrolier. 

On ne voit par conséquent qu'une solution, préparer dès maintenant les comportements et les esprits au changement radical qu'imposera un  pétrole à 200 ou 300 dollars. Sinon, des crises économiques, sociales et politiques se généraliseront. Elles ne  feront qu'aggraver les situations en faisant perdre ce qui leur reste de sang-froid aux décideurs.

Les choix offerts apparaissent aujourd'hui limités. En simplifiant, on ne voit que deux grandes perspectives. Ou bien l'on considère que l'activité en difficulté est vitale  et que l'utilisation de combustibles fossiles est indispensable. En ce cas, il faudra que l'ensemble des circuits de transformation et de distribution concernant cette activité soient réorganisés pour compenser par des économies la hausse des prix des carburants. Il faudra aussi que les consommateurs acceptent des hausses de prix. Mais comme ces diverses possibilités atteignent vite des limites, les demandes finales diminueront nécessairement. Dans certains cas, cette diminution aura un côté positif. Elle bénéficiera à la conservation des milieux et des espèces naturelles. La filière européenne de la pêche se trouve actuellement confrontée à cette situation.

La seconde perspective est plus ouverte. Mais elle sera aussi difficile à définir et mener à bien compte tenu de la résistance des milieux économiques concernés. Il s'agira de réorganiser les sociétés en profondeur, en faisant le sacrifice d'outils et de méthodes faisant appel aux combustibles fossiles. C'est tout l'enjeu de ce que proposent les défenseurs des politiques dites de décroissance ou de réadaptation, esquissées en France lors du Grenelle de l'Environnement mais qui tardent encore à démarrer. On remplacera ainsi les transports individuels par des transports collectifs électrifiés ou l'habitat traditionnel climatisé au fuel par des maisons dites « passives ». Il faut distinguer de telles politiques, reposant sur une adaptation voire une diminution de la demande, de celles faisant miroiter  d'hypothétiques progrès technologiques pour ne rien changer aux habitudes et aux profits associés.

Une autre question, rarement évoquée parce que sensible en termes politico-stratégique, doit aussi être traitée sans attendre dans la perspective de la hausse continue des prix du pétrole.  Les pays producteurs continueront à encaisser des bénéfices considérables. Même si les quantités vendues diminuent, les revenus résultant de prix finaux multipliés par 2 ou 3 ne diminueront pas. Ces pays continueront donc à accumuler des fonds d'investissements monstrueux avec lesquels ils généraliseront les offensives contre les pays importateurs, tant au plan économique (rachat des bijoux de famille dans  l'industrie et les services) qu'au plan idéologique (financement d'organisations visant à coloniser de l'intérieur les cultures et organisations sociétales). Les pays dits occidentaux comme les pays pauvres en seront les uns et les autres victimes, à des titres différents. Ces pays pourront-ils continuer à se laisser politiquement subvertir, du fait de leur incapacité à se réorganiser pour pouvoir se passer de pétrole ?

Inutile de constater que, ni aux Etats-Unis ni en Europe, de telles questions ne sont sérieusement abordées au plan politique. Barak Obama est quasi muet à ce sujet. Les institutions européennes, Nicolas Sarkozy (qui résume à lui tout seul le gouverne ment de la France), les partis socialistes européens et bien d'autres... se gardent bien d'en parler. La politique de l'autruche a encore de beaux jours devant elle.
20/05/2008
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