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Accord franco-britannique de défense

Plus poussé par la recherche d'économies que par une véritable fraternité partagée des armes (la capitulation française de 1940 n'est peut-être pas totalement oubliée) le traité de défense signé entre la France et le Royaume-Uni le 2 novembre à Lancaster House succède à celui conclu en 1947 entre les deux pays. Il vise à développer la coopération entre les forces armées et leur déploiement conjoint. Mais ne signe-t-il pas la mort de l'Europe de la Défense.

Nous signalions dans un article récent (Adieu à l'Ark Royak http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=582&r_id= ) les économies importantes imposées aux armées britannique par le gouvernement Cameron. Il était logique dans ce cas que, malgré les réticences profondes demeurant, aussi bien dans les  Etats-majors que dans les populations, les Britanniques acceptent enfin un effort partiel de partage des ressources avec la France. A défaut d'une véritable défense européenne mutualisée au niveau des Vingt sept, dont beaucoup d'observateurs  annoncent de ce fait la mort, cet accord permettra de sensibles économies pour les deux pays. Il permettra aussi, on peut l'espérer, de rapprocher les industries de défense respectives. Mais il ne faudrait pas que cela se fasse aux détriments de l'industrie française.  Le risque n'est pas négligeable compte tenu des imbrications liant  Grande Bretagne et Etats-Unis dans ce domaine (comme d'ailleurs dans de nombreux autres).

Quoiqu'il en soit, le traité de défense  signé entre la France et le Royaume-Uni le 2 novembre à Lancaster House, à Londres, succède à celui conclu en 1947 entre les deux pays. Il vise à développer la coopération entre les forces armées et leur déploiement conjoint. A la surprise de beaucoup, le domaine nucléaire est ouvertement inclus au travers d'un traité distinct. Les termes de ces traités ne sont pas encore rendus publics, cependant, selon les commentaires officiels, la coopération engagée va unir les deux défenses nationales « pour des décennies ».

Des bilans d'étape auront lieu lors de sommets annuels. Outre les deux traités, quinze accords seront annoncés qui préfigurent une mise en commun de certaines capacités militaires et industrielles. L'un des plus significatifs porte sur la création d'une "force expéditionnaire commune interarmées" pouvant être utilisées "y compris dans des opérations de haute intensité", c'est-à-dire dans les situations de guerre classique.

A l'inverse de la brigade franco-allemande, cette force franco-britannique ne sera pas permanente mais "disponible avec un préavis, pour des opérations bilatérales, au sein de l'OTAN, ou en coalition" .

D'ici à 2020, une "force aéronavale d'attaque intégrée" franco-britannique doit être déployée, impliquant deux porte-avions équipés de catapultes. Des équipements seront développés en commun pour les "futures générations de sous-marins nucléaires" (sans concerner les missiles ni la propulsion nucléaire).

D'autres coopérations portent sur les satellites, le ravitaillement en vol, les drones, la cybersécurité et les équipements antimines maritimes. La mise en place d'un "maître d'oeuvre européen unique" pour les missiles conventionnels permettra en outre, selon l'Elysée, des économies financières "allant jusqu'à 30 % ".

L'accord de coopération scientifique en matière nucléaire porte la simulation des essais nucléaires. Un  nouveau centre de radiographie, type Airix, va être installé au centre du Valduc (Direction des applications militaires du CEA) en Cote d'Or. Parallèlement, un centre de recherche et développement sur les technologies de radiographie (X) sera créé en Angleterre .

Note: Avec les supercalculateurs Tera 10 et le laser mégajoule, le système Airix  est l'un des éléments du programme de simulation des essais, lancé par la France après la fermeture de Moruroa en 1996. Il s'agit d'observer ce qu'il se passe au moment de l'implosion, qui "allume" la réaction nucléaire au sein de l'arme. C'est un système de radiographie par rayons X, comparable à ceux utilisés en médecine, mais nettement plus puissant. Le but est de radiographier des matériaux, d'une densité pouvant atteindre 60, durant les quelques millièmes de secondes de l'implosion, alors qu'ils se déplacent à des vitesses comprises entre 2000 et 3000 mètres par secondes. La résolution du système actuel est de 0,5 mm. Il fonctionne à Moronvilliers (Marne) depuis 2000 (source Secretdéfense http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/) .

Le système actuel ne permet que d'obtenir une seule image, alors que celui qui sera développé au Valduc, d'ici 2014, permettra de radiographier l'implosion sur plusieurs axes. Un progrès notable, dont on ignore encore le coût.
 
La simulation nucléaire a été rendue indispensable par la décision de ne plus procéder à des essais réels. Les têtes nucléaires évoluent naturellement et il est indispensable de pouvoir évaluer leur vieillissement. La mise au point de nouvelles têtes passent aussi par la simulation. Les physiciens doivent avoir les instruments leur permettant de prouver que leurs équations sont bonnes... et de dire aux politiques que l'arme explosera bien le jour où ils le jugeraient nécessaire.

Le partage d'installations scientifiques au Valduc ne signifie pas pour autant que les deux pays échangeront complètement les résultats de leurs expériences.
(source Secretdefense http://www.marianne2.fr/blogsecretdefense/) .

Commentaire

On peut se montrer sceptique sur l'intérêt de ce nouveau traité Franco-Britannique. Certes, un rapprochement entre les deux seules nations européennes disposant d'un potentiel militaire parait relever du simple bon sens. Beaucoup de gens s'en féliciteront. Mais nombreux pourtant seront ceux qui  y verront la mort de l'Europe de la Défense. Et ils n'auront probablement pas tort car la Grande-Bretagne vient de franchir un pas de plus dans ce sens. Fidèle à son objectif de développer, quand elle y a son intérêt, des coopérations bilatérales et à évacuer tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à l'instauration de structures de coopération communautaires, Le Royaume-Uni vient d'asséner un coup probablement mortel à l'article 46 du Traité de UE qui ouvre la possibilité d'une coopération structurée et permanente au niveau de celle-ci. Les milieux politiques qui ont beaucoup de difficultés à lire le texte du traité in extenso.... et à le comprendre..., se sont montrés peu empressés de donner une réalité à cette "coopération structurée permanente" et la Grande-Bretagne s'est engouffrée dans cette  merveilleuse occasion de rendre inutile  cet article du traité.

Si l'on se réfère au précédent de St Malo que les esprits naïfs ont qualifié de"véritable départ de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense, et qui a été en fait une entrave au développement d'une telle Politique, il s'agit là du second  marché de dupe dans lequel la France s'est engagée. Le texte de ce nouveau traité n'est pas encore public, il ne le sera du reste probablement jamais en entier, comme s'il n'était pas avouable..Mais d'ores et déjà, lorsque l'on évoque le deal au niveau nucléaire, il s'agit pour la France d'ouvrir à nos "amis Britanniques"des installations de la plus haute technologie pour lesquelles la France a fait d'énormes investissements. Qu'offre la Grande-Bretagne en échange: la promesse d'accès à un futur laboratoire nucléaire dont elle n'a pas le premier euro. En ce qui concerne la force bilatérale  à créer, les commentateurs notent qu'elle pourra être employée dans le cadre de l'OTAN ou dans celui d'une "coalition". Il n'est pas précisé si elle pourra être mise à la disposition de l'UE, qui n'est pas à la lettre une coalition, mais une entité politique à qui le traité de Lisbonne a déféré la personnalité juridique.

Pour ce qui est des aspects industriels, est-il besoin de rappeler la longue liste des projets franco-britanniques qui ont avortés, de la frégate Horizon au porte-avions, sans parler de l'AC3G (missile antichar de 3ème génération) et de bien d'autres. Si la Grande-Bretagne propose une mutualisation des moyens navals, y compris dans le domaine des porte-avions, c'est que son budget de défense ne lui permet pas d'avoir son seul porte-avions opérationnel avant de nombreuses années et  elle se reposera alors sur les capacités du Charles de Gaulle, oeuvrant dans le cadre bilatéral du traité de Lancaster House.

Non...Ce n'est pas un grand jour pour la défense Européenne, n'en déplaise à tous ceux qui se sont associés aux hourrahs conjointement poussés ce jour par des personnalités ne ne me semblant pas les plus averties des questions de Défense...
Affaire à suivre, hélas , mais  pas pour le meilleur de l'avenir de l'Europe

02/11/2010
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Nombre de réaction(s) : 3
L'arme nucléaire française sous contrôle US
03/11/2010 17:38:43 | Par : Paléologue
Pour Eric Zemmour (et d'autres mieux informés que lui) la décision de "fusionner en partie" les armées françaises et anglaises revient pour la France, à mettre sans le dire, leur arme nucléaire sous la tutelle des Américains...Dès 2008 et avant, certains voulaient créer un bloc euro-atlantique. L'affaire est sans doute en marche.

Accord franco-britannique. Voir des commentaires sur Dedefensa
04/11/2010 18:10:06 | Par : Baquiast
Dedefensa est un peu notre fenêtre ouverte sur le reste du monde. Voir la compilation d'articles proposée par Philippe Grasset sur cette question
http://www.dedefensa.org/article-une_alliance_par_la_force_de_la_crise_generale__04_11_2010.html

A400M
06/11/2010 10:59:16 | Par : Baquiast
Tout n'est pas totalement sombre pour la défense européenne. Les pays clients de l'avion de transport militaire A400M d'EADS ont annoncé le 5/11 un accord sur le financement de ce programme de 20 milliards d'euros, qui franchit ainsi un obstacle déterminant après avoir subi quatre ans de retard.
L'accord reprend les modalités provisoires annoncées début mars, comprenant notamment une rallonge de 3,5 milliards d'euros et le renoncement des Etats aux pénalités de retard auxquelles ils auraient pu prétendre.
Affaire à suivre cependant car de nouveaux rebondissements ne sont pas exclus.
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