Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Les mauvais remèdes des Conservateurs britanniques

Depuis son arrivée au pouvoir en mai, le gouvernement de coalition associant conservateurs et libéraux-démocrates s'est fixé pour priorité de résorber le déficit structurel des dépenses publiques. Avec 175 milliards d'euros, celui-ci représente aujourd'hui 11% de la richesse nationale, un taux record en Europe. Pour parvenir à ses fins, George Osborne vient de décider d'un exceptionnel programme d'économies portant notamment sur les dépenses publiques et sociales.

Les britanniques semblent pour le moment l'accepter mais le remède risque de se révéler pire que le mal. Rien n'est proposé pour relancer, notamment par l'investissement, la compétitivité de l'économie. Si aucun signe de reprise ne se dessine dans les prochaines années, la pauvreté du plus grand nombre ne pourra que s'accentuer.

Les classes favorisés, comme les marchés, applaudissent. Mais les prétendues réformes ne feront qu'accroitre les monumentales différences de revenu et de puissance entre quelques 5% de la population et le reste des classes moyennes et pauvres. En effet, tandis que le mode de vie luxueux d'une petite minorité de riches propriétaires ou de personnes dont les activités sont délocalisées va se maintenir sinon  s'améliorer, les subventions allouées au logement social vont être divisées par deux, les prestations sociales plafonnées, le chômage de longue durée rogné, les aides aux handicapés et le budget de la police diminués de 20%, celui des universités de 25% . Par ailleurs les collectivités locales (-28%) et la culture (-33%) seront également victimes de la rigueur.  Au total, 91 milliards d'euros de dépenses publiques vont disparaître d'ici 2015, pour ramener le déficit à 1% du PIB. 490 000 emplois vont être supprimés dans le secteur public et le gouvernement a déjà prévenu que des licenciements secs seraient inévitables. Pour permettre des économies supplémentaires, l'âge officiel de départ à la retraite sera fixé à 66 ans dès 2020. On ne voit pas par ailleurs comment faute de reprise le secteur privé pourrait réemployer les agents publics licenciés.

Les efforts britanniques sont peu différents des programmes de réduction des dépenses publiques engagés par les premiers ministres socialistes de Grèce et d'Espagne. Mais ils frappent une société qui depuis des années s'était habituée à vivre au dessus de ses moyens, grâce aux revenus du pétrole et des services en tous genres. De plus, la Grèce, l'Espagne et les autres pays européens en difficulté ont jusqu'à présent bénéficié du bouclier de l'euro et de la volonté des autres Etats de ne pas les laisser faire faillite. Ce n'est pas le cas pour la Grande Bretagne, puisqu'elle avait jusqu'ici cru pouvoir mieux se développer par ses propres ressources qu'au sein de la zone euro. Comme l'Islande, mais à une toute autre échelle,  elle avait pensé possible grâce à la City de partager la domination mondiale exercée par Wall Street, du temps des services financiers triomphants et de la spéculation à tout va.

Mais la crise venue, si les banquiers américains, too big to fail,  ont pu, grâce au plan Paulson, se faire renflouer par les contribuables, le plan de relance britannique s'est vite heurté au risque de dépréciation de la livre. L'économie britannique n'exportant quasiment rien et achetant quasiment tout, une dévaluation aurait été un désastre. Il fallait d'urgence comprimer les déficits budgétaires et la demande des classes populaires. Les classes dirigeants anglaises, quant à elles, ayant depuis longtemps investi leurs richesses en dollar et dans les paradis fiscaux, ne souffriront pas de ces mesures.
 
Les britanniques sont dans une situation bien moins favorable que celle de leurs alliés américains. Ceux-ci ne craignent pas la dévaluation du dollar qui favorise leurs exportations, non plus que le déficit budgétaire compte-tenu de l'attrait que conserve pour les emprunteurs extérieurs, notamment chinois, l'acquisition de bons du trésor américains. Au contraire, pris dans la nasse et ne pouvant relancer une industrie et des investissements de recherche moribonds, le gouvernement britannique n'avait que la ressource des économies de guerre: comprimer  à outrance les dépenses de consommation. Il aurait pu engager des négociations avec la zone euro pour négocier une entrée tardive et piteuse. Cela n'aurait certainement pas été un cadeau pour les économies continentales mais compte tenu du prestige que conserve la Grande Bretagne, des voix (dont la mienne, probably) se seraient faites entendre pour les accueillir. Mais ceci n'a pas été fait. Il est probable que de toutes façons le mentor américain s'y serait opposé.   

Faut-il pour autant penser que les économies européennes, relativement protégées par l'euro, ne sont pas menacées des mêmes risques de récession voire à terme de crise politique que le Royaume Uni?  Certainement pas. On constate aujourd'hui que malgré l'appartenance à la zone euro et la timide solidarité entre Etats actuellement envisagée, les vrais remèdes à la crise européenne sont loin encore d'être décidés. John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, vient d'affirmer  que les gouvernements européens doivent écouter leurs travailleurs plutôt que les marchés, et que partout le tournant de l'austérité risque de faire basculer une reprise fragile dans la récession ou la stagnation. C'est ce qui va se passer en Espagne, où l'on prévoit un taux de croissance de 0,5 % alors qu'a été adopté un budget qui divise  par deux le déficit sur deux ans. Mais John Monks n'insiste pas assez sur le fait que le plus gros problème de l'économie européenne n'est pas la réduction des dépenses publiques,.C'est l'effondrement des emplois et par suite celui de la demande et des revenus. C'est aussi comme l'on sait le problème de l'économie américaine. Les Démocrates et Barack Obama vont sans doute le payer très cher.

Or les Européens continuent à refuser la mise en place d'un gouvernement économique et social de la zone euro qui pourrait décider les politiques d'investissement industriel et de recherche capables d'organiser les nouvelles formes de croissances nécessaires dans la crise systémique qui menace désormais le monde. La politologue américaine Ariana Huffington vient d'expliquer, dans un livre à succès, « Third World America », tout ce que Barack Obama et les Démocrates auraient du faire et n'ont pas fait pour relancer la croissance américaine sur des bases saines: soutenir les investissements publics, les grands travaux d'infrastructure, l'éducation. Au contraire de cela,  l'Administration a préféré,  cédant aux centaines de milliards dépensés par les lobbies, faire le jeu des riches et des puissants. C'est exactement ce que fait la Grande Bretagne aujourd'hui et ce  n'est pas très différent de ce que font les gouvernements européens, celui de Nicolas Sarkozy compris, sous prétexte de réformes destinées à sauver l'Europe de la faillite.

Les populations ne pourront sans doute pas se laisser abuser longtemps. On ne sait ce qu'il adviendra des grèves et résistances engagées depuis quelques semaines en Grèce, Espagne et France. Les citoyens britanniques pauvres pour leur part semblent résignés à porter seuls le poids des sacrifices. Mais il faut se méfier de l'eau qui dort.  


31/10/2010
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire