Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Possible émergence à Deauville de la Forteresse Grande Europe

En termes de métahistoire, comme dit Philippe Grasset, la réunion de Deauville les 18 et 19 octobre a marqué sans doute l'apparition de la Forteresse Grande Europe. Ce concept complèterait utilement celui de forteresse Europe que nous développons par ailleurs. Crise aidant, la Russie, l'Allemagne et même la France, sans parler de la Pologne, pourront sans doute y voir la seule perspective possible géopolitique envisageable à terme. Les problèmes à résoudre seront nombreux, mais pas moins que ceux qui résulteraient de notre soumission aux marchés et aux agences de notation Le quasi silence des trois participants pourrait être interprété, paradoxalement, par l'importance qu'ils ont attribué à cette réunion.

Philippe Grasset, dans un article daté du 20 octobre 2010 (http://www.dedefensa.org/forum-escapade_a_deauville_20_10_2010.html) avait signalé l'importance subliminale, si l'on peut dire, de la réunion entre la France, l'Allemagne et la Russie à Deauville les 18 et 19 octobre. Nous reprenons ce thème aujourd'hui, après l'avoir laissé, comme l'on dit, décanter. Il nous paraît porteur  de ce que l'on pourrait appeler, pour une fois, de bons présages.

Officiellement, il ne s'est rien dit de très nouveau à Deauville. La presse et les médias ont surtout commenté le fait que Dmitri Medvedev acceptait de participer au sommet de l'OTAN à Lisbonne. Des monstres diplomatiques chers à l'Otan, comme le “nouveau concept stratégique” ou la mise en place du réseau anti-missiles (BMDE Ballistic Missile Defense Europe) devraient y être discutés. La Russie serait appelée à y coopérer. L'idée était dans l'air depuis longtemps. La discrétion subséquente des trois protagonistes, sur le mode du « circulez, il n'y a rien à voir », semble devoir confirmer le caractère aimable mais sans conséquences de ce petit séjour à la mer. Les Etats-Unis n'auront donc pas à s'inquiéter de voir Dmitri Medvedev, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy se réunir seuls comme des Grands à Deauville. Rien ne se fera sans Washington. 

En fait, on peut penser que sans doute à l'insu du plein gré (selon une formule célèbre) de ces trois personnages, une nouvelle entité géostratégique s'est faite jour à Deauville, que nous pourrions nommer la Forteresse Grande Europe.  Nous sommes là dans un monde biologique. De nouvelles symbioses se forment entre espèces au gré des évènements. Les unes réussissent et prospèrent, en s'imposant aux autres espèces. D'autres périclitent. Qu'en sera-t-il de l'entité ayant émergé dans une semi-lumière à Deauville, après s'être jusqu'ici fortifiée dans l'ombre grâce à divers échanges dont on a moins parlé?

Par Forteresse Grande Europe,  nous n'entendons pas le projet, qui serait effectivement assez déstabilisateur sur le court terme, de faire entrer la Russie dans l'Union européenne (à supposer qu'elle le souhaite). Il s'agirait cependant de beaucoup plus qu'un vague partenariat stratégique ne débouchant pas sur grand chose. L'Europe a ses faiblesses que tout le monde connait. La Russie a les siennes, notamment une population vieillissante, en mauvaise état sanitaire et n'ayant guère repris l'habitude du débat démocratique à l'européenne. Mais l'une et l'autre, en s'unissant, disposeraient de potentiels considérables. Inutile de les énumérer. Citons seulement ce qui sera précieux dans les crises à venir: outre un vaste espace géographique, un fort potentiel agricole et industriel.

Pour valoriser ces potentiels et concrétiser des rapprochements et coopérations, il faudrait que se crée au sein de nos populations ce que nous appelons dans d'autres articles un « global mood » commun, la conscience « inconsciente » d'appartenir à un même ensemble qui pourrait, malgré les différences culturelles et de langage, inciter sans même parfois qu'ils s'en rendent compte, décideurs et plus généralement citoyens à réagir en convergence, sur tous les points où cette convergence serait un gage de puissance.

Des décisions politiques concrètes devraient évidemment accélérer cette prise de conscience. Nous avons souvent cité ici une coopération plus marquée qu'aujourd'hui dans le domaine spatial ou dans d'autres secteurs technoscientifiques essentiels. Mais on pourrait penser à des actions beaucoup plus diffuses, telles que la mise en place de chaînes de télévision sur le modèle de la chaine franco-allemande Arte, des coproductions et autres manifestations culturelles communes, une incitation accrue au tourisme...Le développement de l'Internet, avec la création  d'outils d'aide à la traduction efficace, jouera aussi certainement un rôle essentiel.

La quasi-paralysie qui va sans doute gagner dans les années à venir les représentants de l'American Dream laissera un grand espace à emplir, dont les jeunesses russo-européennes devraient pouvoir se saisir, si elles recevaient quelques encouragements. Ce serait à elles, et à nous avec elles, de concrétiser un vaste courant de rapprochement (nous pourrions utiliser le terme de "champ" courant en sciences physiques) qui ressusciterait l'Europe sans frontières des Cours du 18e siècle, de Paris à Berlin et à Saint Petersbourg.



30/10/2010
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 2
Oui à la Grande Europe
30/10/2010 22:55:08 | Par : Joseph Leddet
La notion de Forteresse Europe, de l'Atlantique à l'Oural, comme disait De Gaulle, ou Forteresse Grande Europe, a un poids symbolique, tout à fait exceptionnel, que j'avais pour ma part exposée dans un article dès 2003. Le thème fera s'étrangler les Think Tanks atlantistes et capitulationnistes qui gouvernent les médias, mais il sera peut-être susceptible d'avoir un écho auprès de certains responsables non totalement dévoués à l'étranger, aux marchés libres et à l'idée qu'il faut absolument empêcher l'Europe de se renforcer et d'exister …

Deauville, première prise de conscience
02/11/2010 17:17:42 | Par : Général (2s) Jacques Favin Lévêque
Deauville est à mes yeux la première prise de conscience officielle des erreurs accumulées par l'UE dans le sillage des USA en ce qui concerne la relation qu'il aurait fallu établir avec la Russie dès le début des années 90. Certes le rapprochement Russo-Polonais intervenu à la suite de l'accident de Katin permet une relation plus apaisée entre l'UE et la Fédération de Russie. Mais si l'UE avait été moins soucieuse d'appuyer l'émancipation de l'Ukraine ou de la Géorgie hors de la mouvance russe - ce qui constitue un contre-sens historique évident - la Russie se serait probablement rapprochée de l'UE dès les années 90 pour le plus grand bienfait des deux parties
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire