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Le singulier rapport que voilà

Commence à circuler, notamment dans la bureaucratie européenne concernée, un rapport que nous qualifions de “singulier”, au moins pour le distinguer du courant.

Le sujet (“Global Governance 2025 – At a Critical Juncture”) ne fait pas la singularité principale de la chose... (Quoi qu'il serait intéressant de s'interroger sur la prolifération actuelle de rapports sur la situation dans 15, 20, 30 ans, etc., alors qu'on ne s'attarde pas trop sur celle de demain matin) ... Ce qui fait la singularité principale de la chose, c'est qu'il s'agit d'un rapport co-signé par l'Institut d'Etudes de Sécurité (IES) , rattaché à l'Union Européenne, et par le National Intelligence Council (NIC), organisme contrôlé par la CIA et faisant partie intégrante de la structure du système de sécurité nationale américain.

L'IES (ou IESUE), ex-Institut officiel de l'UEO, rattaché en 2001 à l'UE et qui passera sous l'autorité des services de la très officielle “super-ministre des affaires étrangères et de sécurité” de l'UE, Lady Ashton, en janvier prochain, est un organisme européen officiel. En tant que tel, il est normal d'attendre de lui qu'il donne des analyses européennes portant sur de grands problèmes de sécurité, en toute indépendance des influences extérieures à l'Europe. Il peut évidemment choisir également des projets en coopération avec des partenaires non-européens, mais il doit le faire en s'assurant que sa signature ne recouvre pas un contenu déséquilibré par l'influence du partenaire...

Voici donc un rapport que l'Institut co-signe avec le NIC et qui apparaît, notamment dans sa présentation, comme un rapport qui pourrait aussi bien être un rapport directement issu du NIC. On peut d'ores et déjà consulter ce rapport sur le site du NIC  et on y peut voir la présentation, telle qu'elle apparaît également pour les fonctionnaires européens : la page intérieure de titre est ornée du blason du NIC, qui est une variation autour de l'aigle fameux, symbole des Etats-Unis d'Amérique ; les références de contact sont : «Inquiries regarding this report may be made to Mathew Burrows, Counselor to the National Intelligence Council, n°..and to the EU Institute of Security Studies n°..L a référence du document est «NIC 2010-08, September 2010», comme s'il s'agissait d'un rapport du seul National Intelligence Council des USA.

On répètera sous une autre forme que peu importe ici le contenu, puisqu'il c'est le principe de la chose qui nous importe. Il est étrange qu'un document présenté comme européen de source officielle, s'avère être un document euro-américain, sans autre forme de procès. Le déséquilibre des moyens et des structures entre le NIC et l'Institut devrait conduire à des conclusions assez nettes sur le fait de savoir qui a influencé qui dans cette prospective, jusqu'à faire penser qu'il s'agit de la dernière trouvaille pour faire circuler un rapport au contenu essentiellement, voire exclusivement américaniste, comme s'il s'agissait d'un document européen.

Il est essentiel d'avoir à l'esprit la situation et la généalogie du NIC (voir son autodescription à http://www.dni.gov/nic/NIC_history.html); qu'il s'agit d'une création de la CIA (dès 1950, création par le directeur de la CIA, sous un autre nom, avec évolution depuis) ; qu'il est sous le contrôle de la CIA et qu'il est placé sous l'autorité du DNI (Director of National Intelligence), c'est-à-dire l'autorité qui contrôle et tente de coordonner tous les nombreux services de renseignement US. (On notera d'ailleurs avec intérêt que le lien précité donnant accès au rapport sur le site du NIC indique son classement dans le matériel de celle-ci) On comprend que l'IES, de son côté, n'a ni ce soutien, ni ce contrôle, ni les ressources et l'autorité qui vont avec, et qu'il évolue dans une catégorie tout à fait différente, – différence entre le monde de l'expertise et le monde du renseignement, – qui ne le place pas dans une position de force.

La présentation du rapport est idyllique. Elle n'en mentionne pas moins la participation, comme organisations “de soutien” des deux “partenaires” principaux dans ce projet, deux organisations qui font partie du réseau classique d'influence US, ou des “organisations frontistes” selon le langage de la Guerre froide : un Institut  transatlantique d'influence US à Bruxelles, The Atlantic Council of the US ; une organisation de lobbying US auprès de l'UE, rassemblant un nombre impressionnant d'entreprises US, autrement dit le délégué du corporate power dans le projet, le Transatlantic Policy Network... On peut voir dans le dernier paragraphe de la page de présentation du rapport combien leur coopération a été appréciée. La chose se termine par l'assurance que le travail a déterminé «a largely shared perspective». Personne ne se sentira autorisé à en douter, non plus qu'on ne doutera de l'accueil enthousiaste que les analystes européens feront aux suggestions américaines  sur la manière dont il faut penser.

L'article ci-dessus reprend avec quelques allégements l'article original publié par DeDefensa que nous remercions http://www.dedefensa.org/article-le_singulier_rapport_que_voila_23_10_2010.html
Europe Solidaire

23/10/2010
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