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Adieu à l'Ark Royal

La coopération aéro-navale anglo-française dans le cadre d'une défense européenne non soumise aux diktats américains n'a que trop attendu

Nelson doit se retourner dans son baril de whisky. Les conservateurs font ce que les travaillistes n'avaient pas osé faire. Le Telegraph donne la liste des économies qui seront imposées au budget militaire britannique (voir ci-dessous). Les trois armes sont concernées. Mais les sacrifices les plus spectaculaires concerne la Royal Navy. Ils frisent l'absurde.

Le seul porte-avions (PA) opérationnel actuellement, le glorieux HMS Ark Royal, navire amiral de la flotte britannique jusqu'à ce jour, mis en service en 1981,  va être sans délais retiré du service. C'est un porte-aéronef  léger de type STOLV . Il embarque des avions à décollage vertical Harrier lesquels vont eux aussi être retirés du service.
L'autre PA, HMS Illustrious, continuera à servir comme porte hélicoptère sans avions avant d'être désarmé en 2014.
La Navy avait commandé deux nouveaux PA. Le premier, le  HMS Queen Elizabeth destiné à embarquer des hélicoptères entrera en service en 2016. Il sera  désarmé et sans doute vendu  en 2019, à l'arrivée du second nouveau PA, le HMS Prince of Wales. Celui-ci embarquera des avions classiques. Le  HMS Queen Elizabeth n'aura pas eu beaucoup de temps pour se griser du vent du large et des embruns. Pourquoi, quitte à faire de nouvelles économies, ne pas vendre comme bois de chauffage le HMS Victory exposé depuis 200 ans à Portsmouth?

Ces décisions posent plusieurs questions.
1. A l'époque des guerres non conventionnelles, les puissances européennes ont-elles besoin de PA? Notre réponse est affirmative. Ces navires sont si l'on peut dire des plate-formes multifonctions pouvant projeter là où le besoin s'en fait sentir des moyens militaires ou d'assistance aux civils. Encore faut-il qu'ils soient équipés d'aéronefs et qu'ils soient  au moins 2 sinon 3 pour assurer une présence à la mer continue,  compte tenu des périodes de maintenance.  
2. Les puissances européennes peuvent-elles aujourd'hui se doter chacune  pour ce qui les concerne d'un tel arsenal? La Grande Bretagne répond aujourd'hui par la négative. La France a déjà renoncé au 2e PA, alors même que celui actuellement en service  le Charles de Gaulle, est souvent en réparations - comme c'est le cas actuellement
3. Ne faudrait-il donc pas que Grande Bretagne et France se mettent d'accord pour conjuguer leurs efforts?  Comme l'on sait, le bruit d'une interopérabilité entre les deux flottes, avec partage des matériels, avait couru avec persistance. On n'en a plus parlé. Il semblerait que l'on en reparle, tout en faisant valoir la quasi impossibilité de rendre compatibles les modalités d'un commandement commun, compte-tenu notamment de la toujours forte adhérence entre la Grande Bretagne et les Etats Unis en matière de défense.
4. Ne faudrait-il pas, plutôt qu'envisager un partage des ressources  entre les seules Grande Bretagne et France, mettre en place une force navale européenne, associant au moins les puissances maritimes du Continent...le tout bien évidemment en dehors de toute responsabilité de l'Otan puisque celle-ci reste le bras armé des Etats-Unis en Europe. Sans demander non plus la bénédiction de l'Amérique, dont l'Europe pourrait désormais très bien se passer. Ce serait le bon sens le plus élémentaire. L'Europe sera de plus en plus agressée sur ses frontières maritimes. Elle aura aussi besoin en tant que telle et non comme mandataire des Etats-Unis de forces aéronavales de projection.  Refuser de le voir est de l'aveuglement. Par ailleurs, une alliance stratégique avec la Russie, avec emploi de navires modernes tel que le Mistral français, pourrait, mieux qu'à propos du système anti-missiles américain BMDE, se négocier sur cette base.  

Cette dernière solution serait du bon sens. Mais qui fait preuve du moindre bon sens et de la moindre vision stratégique en Europe aujourd'hui?
20/10/2010
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Nombre de réaction(s) : 2
Effectivement ce serait du bon sens
21/10/2010 18:17:42 | Par : Général (2s) Jacques Favin Lévêque
C'est exactement ce qui est sous-entendu dans l'article 46 du traité de l'Union Européenne modifié par le traité de Lisbonne. Il s'agit de la "Coopération Structurée Permanente " que le traité propose à tous les pays de l'UE qui souhaitent ne pas renoncer à la capacité pour l'UE de mener une réelle Politique de Sécurité et de Défense Commune, elle-même affichée dans le traité.
Mais ce serait méconnaître l'incapacité de certains à lire un texte complexe et à ne pas confondre allègrement la Coopération Structurée Permanente, spécifique aux questions de défense, avec les Coopérations Renforcées, plus ponctuelles et moins bien adaptées à ce domaine. Ce serait surtout sans constater l'absence totale de volonté politique , contrairement aux discours toujours plus optimistes sur l'Europe de la Défense alors que celle-ci sombre dans l'inconsistance.
Si nos gouvernants avaient tant soit peu de volonté en la matière, ils exigeraient d'abord de la Grande-Bretagne qu'en échange d'une coopération navale plus étroite, elle renonce au véto que celle-ci met obstinément depuis près d'une décennie ( et contre l'avis des autres pays de l'UE) à la mise sur pied du Quartier Général Européen permanent indispensable à la conduite de la PSDC. Ils exigeraient ensuite que le traité de Lisbonne soit appliqué, permettant ainsi à tous les pays de l'Union de mutualiser leurs moyens dans une perspective d'économies pour chacun et d'efficacité pour tous, qu'il s'agisse de porte-avions ou de toute autre capacité opérationnelle.
Cela suppose que l'on se situe délibérément à la hauteur des défis du 21ème siècle, au moins dans le domaine géostratégique. Apparemment l'Europe n'en est pas encore là.

C'est en route.
02/11/2010 18:45:35 | Par : Dede

http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRPAE6A101P20101102

Nicolas Sarkozy et David Cameron signeront mardi, lors d'un sommet franco-britannique, à Londres, un traité de défense et de sécurité couvrant tous les aspects de cette coopération.

ETC...
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