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Pourquoi les lycéens français sont-ils dans la rue?

S'étonner de voir des lycéens français dans la rue serait sous-estimer la spécificité de la crise politique qui touche la France depuis quelques mois

Nos voisins européens, parait-il, s'étonnent de voir de plus en plus de lycéens français rejoindre ceux qui manifestent pour le retrait de la loi sur les retraites. Comment à quinze ans peuvent-ils s'intéresser à ce qui leur adviendra dans des dizaines d'années? Pourquoi les syndicats et les partis de gauche encouragent-ils les jeunes manifestants à les rejoindre? N'a-t-on pas là une preuve du caractère définitivement irresponsable des Français. Alors que la crise est mondiale, alors qu'elle va frapper de plus en plus de personnes en France, ne faudrait-il pas appuyer le gouvernement qui propose des économies indispensables, déjà mises en oeuvre par les autres pays européens?

Nous pensons que s'étonner de voir des lycéens dans la rue serait refuser de voir  deux facteurs d'opposition qui sont bien propres à la France. Les autres Etats européens ont réussi jusqu'ici à les éviter. Le premier est l'intransigeance et le mépris du pouvoir. Avoir annoncé d'avance qu'il ne retirerait rien d'une loi particulièrement injuste, ne pas  prendre des mois pour négocier comme ce fut le cas ailleurs, était pousser à l'affrontement. Chacun sait intuitivement, y compris certains représentants de la majorité, que Nicolas Sarkozy a pris là une posture de dur, espérant qu'elle lui servira, non pas seulement aujourd'hui, mais lors des prochaines élections. La montée aux extrêmes étant une constante  de ce type de situation, ne verra-t-on pas des provocations, faciles à organiser, radicaliser encore les affrontements? Le pouvoir pourrait alors espérer recruter  davantage de soutiens parmi ceux qui s'effraieraient d'une insécurité grandissante. Beaucoup pensent  que la manoeuvre se retournerait contre lui.

Mais il y a plus grave. Les lycéens sont certainement capables de regarder au delà de la question des retraites. De plus ils communiquent avec les plus âgés et partagent leurs indignations.  Le propre de la jeunesse étant, espérons-le, la générosité, elle n'hésite pas à s'engager au delà de ses intérêts immédiats,  pas seulement pour s'amuser à chahuter dans la rue.  Or la France ressent dans ses profondeurs bien plus qu'une inquiétude sur les retraites et les revenus. Il s'agit, insistons sur ce point, d'un sentiment diffus d'inquiétude et de refus, mal formalisé, mais puissant, un « global mood », comme le dit le sociologue européen John Casti. Il est relayé par Internet mais il est aussi présent dans les échanges de bouche à oreille. Ce ne sont pas les médias ou de prétendus  instrumentalisateurs de gauche irresponsables qui le génère. Il naît et se répand de lui-même.

Quelle en est la cause? Nous pouvons nous tromper, mais nous pensons que le malaise, l'inquiétude, voire l'indignation, reflétée par les sondages, tiennent  à l'irresponsabilité, aux tergiversations, aux changements de pied permanents de l'exécutif. Ceci dans tous les domaines, y compris les religions, où la faiblesse face à l'islam radical le dispute aux manifestations de foi chrétienne qui ne trompent personne . Face à une crise grandissante, les Français ne se sentent pas dirigés par une équipe capable de prendre en compte non seulement les intérêts des plus riches et des plus mondains, mais de tous. Les seules mesures proposées consistent à réduire les protections jusque là apportées par l'Etat social ou supprimer des effectifs dans l'éducation et la santé. Il n'existe aucune perspective d'investissement dans les secteurs capables de créer de l'emploi qualifié et de développer les investissements dans des sciences et technologies susceptibles de faire rêver un peuple qui a toujours été fier de ses performances techniques et de ses grands réseaux.

Il y a davantage encore sans doute. Un coefficient personnel s'ajoute pour aggraver le divorce entre le pouvoir et le gouvernement. Nous n'en dirons pas trop ici pour ne pas encourir le délit d'offense au chef de l'Etat. Constatons seulement, comme tout le monde, que les Chirac et Villepin en France, Angela Merkel ou Zapatero ailleurs, bien qu'ils aient tenté ou réussi des mesures d'économies impopulaires, n'ont jamais suscité un rejet aussi général que l'actuel président. Ceci même lorsque, comme l'inénarrable et hautement critiquable Berlusconi, ils ont manipulé la magistrature et la presse pour défendre leurs amis.

Allez savoir pourquoi ce rejet. Nous pensons qu'une grande partie  de ceux qui sont dans la rue le savent, eux. Que les futur(e)s candidat(e)s aux élections à la présidence de la République méditent ce qui se joue en ce moment. Ils devront éviter le moment venu de se mettre dans une telle impasse

Ci-dessus, photo empruntée à Libération
15/10/2010
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