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Sommet Union européenne - Amérique latine

sur fond de mobilisation militaire américaine
On peut craindre que le sommet Union Européenne - Amérique latine et Caraïbes ne soulève pas les véritables questions qui permettraient à l'Europe d'affirmer un rôle diplomatique dans cette région. Dans le même temps, la IV Flotte américaine se prépare à reprendre la mer, après des décennies de mise en sommeil.

Le sommet UE- Amérique latine et Caraïbes, qui se déroule tous les deux ans alternativement en Europe et en Amérique latine, a lieu cette année à Lima (Pérou) du 15 au 17 mai, c'est-à-dire durant la présidence slovène de l'UE. Il rassemble 60 Chefs d'Etat ou de Gouvernement des deux régions. L'objet affiché, comme précédemment, est de poursuivre le partenariat stratégique entre les deux régions, celui-ci se fondant, selon le langage diplomatique, « sur le respect réciproque et des valeurs communes ainsi que sur des liens économiques, politiques, culturels, historiques et humains. On cherchera aussi à renforcer la coopération économique en vue d'intensifier les échanges commerciaux » .

Deux thèmes d'intérêt commun seront à l'ordre du jour du sommet de Lima : le premier portera sur les questions sociales (« Pauvreté, inégalité et intégration ») et le deuxième sur l'environnement (« Développement durable : environnement, changement climatique, énergie »). Ces thèmes, notamment le second, permettront-ils d'aborder les questions controversées tels que l'encouragement aux cultures vivrières locales contribuant à diminuer le prix des produits agricoles ou la protection des patrimoines forestiers contre la surexploitation ? On peut en douter, si forte est l'influence du Brésil qui n'entend pas voir mis en question son plan de production d'agrocarburants et de déforestation. Celui-ci est pourtant de plus en plus critiqué, comme le montre la démission de la charismatique ministre de l'environnement du président Lula, Marina Silva. Elle a du céder aux représentants de plus en plus agressifs de l'agrobusiness d'exportation. Au Pérou même sera évoquée le problème de la fonte des glaciers andins, qui menace de pénurie d'eau de nombreuses populations locales, selon des études menées par l'Institut français de recherche pour le développement (IRD) et l'Institut péruvien des ressources naturelles.

Les questions liées à l'énergie, notamment à l'exploitation des ressources actuelles ou des réserves en gaz et pétrole ne seront sans doute pas évoquées, du fait du verrouillage que font peser le président Chavez pour ce qui le concerne et les intérêts nord-américains s'exerçant à travers les autres gouvernements. On ne parlera sans doute pas non plus des questions militaires. Celles-ci mériteraient pourtant d'être évoquées, même si l'Europe apparaît fort lointaine et désarmée dans cette partie du monde.

Mobilisation américaine

Quelques semaines avant le sommet, en effet, les Chancelleries ont appris   qu'en  juillet prochain, le Pentagone réactivera la Quatrième Flotte, avec l'intention « de combattre le terrorisme », les « activités illégales » et d'envoyer un « message » au Venezuela et au reste de la région. Il s'agit là de la première réaction par une projection de longue haleine de la part de Washington, après l'attaque au campement des FARC (en Équateur) au mois de mars dernier, qui a mis en évidence la faiblesse américaine  dans la région.

Un communiqué du Pentagone datant du 25 avril a fait valoir que la réactivation de la Quatrième Flotte - créée en 1943 pour faire face à la menace des sous-marins nazis dans les Caraïbes et l'Amérique du Sud et dissoute en 1950 - servira à « démontrer l'engagement des USA auprès de leurs partenaires régionaux ». La flotte sera commandée par le contre-amiral Joseph D. Kernan, actuel chef du Commandement de la Guerre spéciale navale, et aura sa base à Mayport, en Floride ; elle dépendra du Commandement Sud basé à Miami. Onze navires, dont un porte-avions et un sous-marin nucléaire, constitueront le noyau initial de la flotte. La mobilisation de la Quatrième Flotte signifie que les USA misent sur un interventionnisme de type aéronaval. Le Pentagone ne dispose pas de forces terrestres à distraire dans d'autres théâtres d'opérations.

La décision du Pentagone intervient à un moment de tension particulière en Amérique du Sud et d'extrême volatilité sur les marchés de matières premières. On ne doit pas oublier qu'un tiers des importations de pétrole des USA proviennent le Venezuela, du Mexique et de l'Équateur, ce qui fait de la région un espace stratégique pour maintenir la suprématie économique et militaire du principal pays de la planète.

On peut penser aussi que les Etats-Unis veulent rappeler aux gouvernements tentés par une prise de distance à leur égard qu'ils sont toujours là. Ils s'inquiètent en effet de plusieurs évènements récents ou prévus : succès de Fernando Lugo au Paraguay, création imminente du Conseil sud-américain de la Défense à la demande du Brésil et du Venezuela, consolidation du processus conduit par Rafaël Correa en Équateur, volonté croissante d'indépendance économique de pays comme le Brésil, qui visent à renforcer un Mercosur de plus en plus désireux de s'affranchir de l'influence américaine. Le message est clair, notamment à l'intention du patronat latino-américain qui, comme en Argentine, menace de plus en plus les gouvernements de centre-gauche.

Il n'est pas exclu que Washington décide de  « fabriquer des crises »  pour justifier des interventions directes. Certains pensent qu'un tel processus couve actuellement en Bolivie. Face à cette situation, l'Europe, si elle disposait d'une politique étrangère échappant à l'influence des Etats-Unis, pourrait jouer un rôle d'apaisement. Mais ce ne sera pas le retour complet de la France dans l'Otan, voulu par Nicolas Sarkozy (au reste absent du sommet)  qui permettra à notre délégation de jouer le moindre rôle à cet égard, malgré les attentes que mettent encore en elle certains intellectuels latino-américains.
16/05/2008
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Nombre de réaction(s) : 1
Une absence regrettée
18/05/2008 10:50:01 | Par : jp.baquiast
Les participants au Sommet ont tous noté l'amertume des représentants des gouvernements latino-américains face à l'absence non justifiée de Nicolas Sarkozy. Au moment où la France va présider l'Union et s'investit beaucoup dans la coopération transméditerranéenne, la non présence du président français semble indiquer le peu d'intérêt que la France porte à ses partenaires sud-américains. Il s'agit d'une image que déplorent aussi vivement les diplomaties espagnoles, portuguaises et italiennes. Nos diplomates ont beau expliquer que les "foucades" de Nicolas Sarkozy ne représentent pas toute la politique extérieure de la France, ils ont du mal à convaincre.
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