Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Elections américaines de mi-mandat: alerte générale.

L'économiste Paul Krugman craint que l'effondrement démocrate prévu aux élections mi-mandat de novembre ne déclenche un renforcement de la crise économique dont les Etats-Unis ne peuvent actuellement sortir. Il n'est pas seul à le penser.

Ainsi, dans un de ses articles (http://www.dedefensa.org/article-mid-term_effondrement_et_insurrection_13_09_2010.html) , Philippe Grasset nous met en garde. Le programme républicain implique le maintien, voire le renforcement d'une taxation très réduite des grandes richesses (alors que nombre de démocrates – mais avec un Barack Obama indécis – veulent augmenter cette taxation), et un blocage de toute aide publique pour la réduction du chômage. 

Un certain John Boehner est particulièrement radical à cet égard. Il est réputé pour être l'homme des lobbies, défenseur par ailleurs d'un gouvernement doté de faibles pouvoirs, sans capacité d'intervenir dans l'économie. Sa position a la tête de la Chambre si les républicains l'emportaient sera déterminante, dans la mesure où elle assurera une Chambre extrémiste, dotée à sa tête d'un représentant du corporate power dans le sens le plus large et d'un défenseur de pressions insurrectionnelles pour faire plier le gouvernement. 

Pour Philippe Grasset, dans l'hypothèse d'une victoire républicaine (au moins à la Chambre) aujourd'hui prédite  par tous les sondages, non seulement la politique d'Obama sera complètement contrecarrée, mais elle sera concurrencée en profondeur par un programme du parti républicain qui se rapprochera de plus en plus du Contract with America ayant permis la victoire républicaine au Congrès de novembre 1994. (Contract with America fut notamment élaboré par Newt Gingrich, devenu en novembre 1994 nouveau Speaker de la Chambre, avec notamment la collaboration, déjà à cette époque, de John Boehner.). Bien entendu, les circonstances de 2010 sont plus inquiétantes que celles de 1994, avec une situation économique et financière en crise profonde, et des crises diverses ici et là signalant le développement de l'effondrement du système. Ainsi, à la bataille polémique déjà d'une extrême violence depuis l'élection d'Obama, avec l'apparition de forces nouvelles telles que Tea Party, s'ajouterait une possibilité d'insurrection du Congrès (au moins de la Chambre) contre le gouvernement.

L'attitude habituelle d'Obama, sans grand succès jusqu'ici, consistant à chercher un compromis par une position intermédiaire, apparaîtra alors comme une voie sans issue. La tension intérieure sera telle que le gouvernement et les démocrates seront  placés devant la probable obligation de devoir se battre pour ne pas être complètement étouffés, l'initiative étant passée  aux mains des républicains, avec la possibilité de prolongements économiques dramatiques devant lesquels le président ne pourra rester inactif. Ceci sans mentionner les suites des échecs de la politique extérieure.

D'ores et déjà, on peut envisager la perspective de remous politiques graves, entraînant un possible effondrement de la situation économique. La question de l'ordre public face à un  désordre insurrectionnel  (civil uprising) est désormais évoquée, aussi bien du côté démocrate que du côté républicain, soit en réponse à des tentatives de conquête du pouvoir, soit pour débloquer des affrontements sans issues à l'intérieur de celui-ci. Le Tea Party ne sera certainement pas un élément modérateur dans de telles circonstances. 

Le get-rich-quickism

Ce point de vue est complété, d'une certaine façon, par celui d'un éditorialiste du New York Times, Thomas Friedman. Pour celui-ci , la cause profonde, et de la crise économique et de la crise politique qui s'annoncent, tient au fait que les citoyens américains ont pris depuis des années l'habitude de tout avoir gratuit, au lieu comme les générations précédentes et leurs actuels concurrents chinois et indiens, de chercher dans le travail le recours à leurs maux. Il dénonce deux maladies répandues dans toutes les couches sociales, qu'il nomme drôlement le get-rich-quickism et le  something-for-nothingism (la « devenir-riche-rapidementopathie et la non moins dangereuse « tout-avoir-gratuitementopathie »). Plutôt que se remettre au travail, on préfère rechercher des coupables, intérieurs ou extérieurs.

Friedman pour sa part ne se réconciliera avec le débat politique que lorsque Démocrates et Républicains conviendront de concert qu'il n'est pas possible de diminuer les déficits sans augmenter les impôts ni alléger les dépenses – et que, dans le domaine scolaire, les « mauvais » parents qui (entre autres) encouragent leurs enfants à passer leurs journées avec des jeux vidéos  devraient s'en prendre à eux et non aux professeurs des mauvais résultats desdits enfants.

En rapprochant ces divers points de vue, on est tenté de rechercher plus en profondeur les causes  de la crise politique et sociale qui menace actuellement l'Amérique, et qui nous menace à sa remorque. Certains y verront l'effet d'un néo-libéralisme ayant imprégné dans ses fondements la société américaine. D'autres, allant plus loin, se demanderont si les excès de ce néolibéralisme ne sont pas les conséquences de l'hypertechnologisme ayant formaté les comportements des Américains, avant d'ailleurs de s'en prendre un prochain jour aux Chinois et autres émergents. Dans ce cas les exhortations morales à la Friedman seraient de peu d'influence. Mais les analyses savantes que d'autres pourraient faire sur le thème de l'anthropotechnique n'auraient sans doute pas davantage  d'influence sur la marche inexorable des évènements.
13/09/2010
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire