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Financer de grands équipements européens par de la dette publique

Les tenants de l'orthodoxie budgétaire, c'est-à-dire notamment la quasi totalité de la classe politico-médiatique, s'alarmeront quand ils entendront parler d'augmenter la dette. Quant aux décroissantistes (partisans de la décroissance), ils s'alarmeront de leur côté en entendant parler de grands équipements européens, où ils verront encore plus d'autoroutes, d'aéroports et de bétons urbains.

Cependant le terme de  grands équipements peut – et devrait - désigner au contraire des investissements protecteurs de l'environnement et générateurs d'économies: transports en commun, grandes liaisons ferrées, sites producteurs d'énergies renouvelables, réhabilitation des quartiers en déshérence, etc. Mentionnons aussi les équipements universitaires et de recherche indispensables. Plus tard viendra certainement la nécessité de protéger les villes littorales contre le rehaussement du niveau des mers. Pour ce faire, les besoins pourraient se chiffrer en centaines de milliards par an. Il en résulterait nécessairement une relance « vertueuse », créatrice d'emplois et de qualifications, notamment au profit des jeunes générations actuellement sans avenir professionnel.

Dans ce cas, augmenter la dette s'impose. L'Union européenne, conjointement sans doute avec certains Etats nationaux, devrait emprunter ces sommes sur 10 à 15 ans, en attendant qu'elles produisent de l'intérêt et puissent être remboursées. Impossible, diront les défenseurs  du libéralisme financier (autrement dit les porte-voix des fonds d'investissements non européens), les « marchés » ne le permettront pas. Faut-il cependant sacrifier l'avenir de l'Europe au profit de ceux pour qui l'Europe doit absolument rester soumise à une concurrence extérieure contre laquelle elle ne peut lutter, faute des investissements nécessaires?  Faut-il aussi refuser que l'Union, en l'espèce dans un premier temps la Banque européenne d'investissement et la Banque centrale européenne, interviennent pour recueillir (ou créer) les fonds nécessaires, amorçant ainsi le gouvernement économique, financier et finalement stratégique de l'Union sous prétexte que certains Etats, notamment l'Allemagne,  ne le veulent toujours pas?

Il semble cependant que certains frémissements se fassent actuellement sentir  au  plan européen  Le président de la Commission Jose Luis Barroso a le 7 septembre proposé  la création d'emprunts obligataires européens pour financer de grands projets d'infrastructure. Il a développé pour défendre cette initiative un langage  que le plus interventionniste des défenseurs de l'idée européenne ne renierait pas. "Mettre en commun son argent au niveau européen permet aux Etats membres de partager leurs coûts afin d'éviter des doublons et d'obtenir un meilleur retour sur investissement", a-t-il déclaré dans son premier « discours sur  l'état de l'Union"  devant le Parlement européen à Strasbourg. "C'est la raison pour laquelle nous devrions examiner de nouvelles sources de financement pour des projets d'infrastructure très importants. Par exemple, je vais proposer la création d'emprunts obligataires pour des projets, en coopération avec la Banque européenne d'investissement. Un euro dépensé au niveau européen rapporte plus qu'un euro dépensé au niveau national".

On ne reconnaît plus le très libéral Barroso, qui par ailleurs s'était toujours montré soucieux de ne pas déplaire à Wall Street en paraissant vouloir faire de l'Europe une puissance indépendante des intérêts américains. Mais il est vrai que le vent tourne aussi de l'autre côté de l'atlantique. Barack Obama confronté au maintien de la stagnation  prévoit d'injecter dans l'économie 150 nouveaux milliards de dollars via un mini-plan de relance additionnel.  Ce montant ne représente que 1% de la richesse nationale. Il est donc relativement modeste mais il est ciblé sur la reconstruction des infrastructures, de plus en plus délaissées aux Etats-Unis.  Il devrait servir à construire 240.000 kilomètres de routes, 7.000 kilomètres de voies ferrées et réaménager les infrastructures aériennes du pays. Ces grands travaux ne font pas appel aux importations et  utilisent beaucoup de main d'œuvre. Au plan budgétaire, la mesure ne va pas aggraver le déficit puisqu'elle sera financée par la suppression de certains avantages fiscaux accordés aux plus riches par G.W. Bush et la diminution des niches fiscales dont bénéficient notamment les compagnies pétrolières et gazières (eh oui, Nicolas Sarkozy...). 

Aux Etats-Unis,  les républicains et les populistes du Tea Party vont crier au scandale, mais la mesure, pour un économiste démocrate comme le prix Nobel et distingué chroniqueur au New York Times Paul Krugman, est encore bien en dessous de ce qu'il faudrait faire. Dans l'article référencé ci-dessous, il rappelle que F.D. Roosevelt, après avoir longtemps reculé devant une relance financée par de la création monétaire, s'y était résolu devant la nécessité de supporter  l'effort de guerre. La dette publique  avait atteint en 1945 deux  années de PIB de l'époque. Mais elle a été résorbée sans entraîner une forte inflation, du fait de l'explosion des investissements productifs liés aux dépenses d'armements et à leur retombées civiles. Pour Paul Krugman, l'Etat doit emprunter – ou créer autant de monnaie - que nécessaire s'il s'agit de financer des investissements productifs et non des dépenses de consommation. Il estime que le mini-plan de relance de Obama est encore très inférieur aux besoins.

Les Chinois, semble-t-il,  ne s'embarrassent pas de l'opinion des marchés quand il s'agit de financer leurs investissements. Si l'Europe veut survivre, elle doit faire de même. On lira prochainement sur ce site un entretien avec l'économiste français Yann Moulier Boutang. Cette perspective y est argumentée, à l'occasion de la réflexion sur ce que devrait être une géopolitique européenne de développement.
08/09/2010
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Nombre de réaction(s) : 1
Pleinement d'accord
08/09/2010 12:16:29 | Par : Yann Moulier Boutang
Pleinement d'accord avec vous.
Le mouvement de Barroso est TRES significatif. C'est un véritable pas en avant qui tire les leçons de la crise grecque. C'est au reste une façon détournée de briser le dogme de l'interdiction de déficit dans le budget européen et d'ouvrir la porte à la création d'un Trésor européen qui de saisirait vite de la fiscalité, etc.
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