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L'Europe est-elle agonisante?

C'est ce que pense un de nos lecteurs, dans une « réaction » à l'article de Philippe Grasset sur notre site, intitulé " Anatomie de l'effondrement des Etats-Unis ". Il reproche à ce dernier de porter son attention sur un supposé déclin des Etats-Unis, sans indiquer que l'Europe se trouve dans une situation bien plus grave.

Il n'est pas certain cependant que les Européens ne commencent pas à percevoir les dangers de rester inféodés à un empire en grande difficulté. C'est ce que suggère le dernier article, repris de Dedensa,  que vient de nous confier Philippe Grasset pour notre rubrique Evènements, sous le titre de  Quand l'Europe commence à percevoir la paralysie de l'Amérique.

Dans ce  texte, Philippe Grasset souligne un phénomène qui nous paraît lourd de conséquences (favorables) pour l'avenir de l'Europe: le fait que les milieux politiques européens, notamment ceux représentés au sein de la bureaucratie de l'Union, commencent à perdre leur  conviction  historique selon laquelle  l'Amérique est et doit rester le tuteur incontournable de l'Europe. Pour eux jusque là, instrumentalisés en permanence par le « soft power » américain, relayé notamment à Londres,  l'Europe ne peut exister et se développer que dans l'ombre et au service de sa puissante « alliée ». Si la protection militaire, le développement économique, les progrès scientifiques, les messages civilisationnels ne viennent plus d'outre-Atlantique, que deviendront les Européens? Or on pourrait espérer, en lisant Philippe Grasset, que les représentants de l'euro-atlantisme, au lieu de se désoler comme on pourrait s'y attendre de la perte d'influence de leur tutelle, sembleraient commencer à y voir une évolution plutôt favorable. L''Europe se trouveraient  ainsi obligée à puiser dans ses propres ressources pour affronter les grandes crises qui s'annoncent.

Ceux qui réagissent comme notre lecteur précité, ne seront pas davantage convaincus par ce second article que par le premier. Pour eux, l'Amérique, si elle traverse une crise d'adaptation passagère, trouvera en sa force interne les ressorts nécessaires pour réagir. Quant aux causes réelles ou plus ou moins grossies par l'imagination qu'ils attribuent au déclin européen, aucun signe objectif ne montrerait que l'Europe, avec ou sans l'alliance américaine, pourrait sortir de son état actuel d'agonisante.

Nous sommes pour notre part trop persuadés que l'Europe ne cesse actuellement d'accumuler les pertes de puissance pour ne pas être sensibles à l'argument de notre lecteur, même s'il parait emprunt d'un atlantisme archaïque. Nous nous efforçons d'ailleurs  jour après jour de signaler chaque fois que possible les batailles perdues.   Il nous paraît cependant nécessaire de raison garder. L'histoire n'est jamais écrite d'avance, surtout lorsqu'elle résulte de la compétition de grands ensembles complexes comme le sont l'Europe, l'Amérique, la Chine et bien d'autres parmi lesquels ce qu'il faudra sans doute se résoudre à nommer le monde musulman. Intuitivement, mais il ne s'agit peut-être que d'une illusion, nous continuons à espérer que l'Europe est trop riche de potentiels et trop diverse pour se laisser purement et simplement diluer sous l'influence  de  prédateurs intérieurs ou extérieurs. A cet égard, le fait de n'avoir plus l'espoir de voir l'alliance américaine lui servir de recours pour éviter de prendre son destin en mains devrait lui être très bénéfique.

On ne voit pas encore il est vrai s'amorcer les signes d'une véritable réaction de survie émanant de l'Europe. Cette réaction devrait pensons-nous prendre la forme d'un véritable gouvernement de guerre commun, au service de ce qu'il faudra bien appeler la civilisation européenne. Ce terme ne signifierait pas que l'Europe devrait s'opposer au reste du monde, pour tenter de conserver ce qui lui reste d'avantages matériels ou d'une prétendue supériorité humaniste. Il devrait seulement signifier  que l'Europe s'est faite et continue à se reconnaitre dans des valeurs que pour diverses raisons les autres civilisations semblent ignorer:  vocation de tous les citoyens à la liberté et à l'égalité, notamment entre les femmes et les hommes, supériorité que doivent avoir des constitutions républicaine et des droits laïcs sur de prétendues lois religieuses visant à organiser la société selon leurs normes, croyance dans les capacités de la science à condition que celle-ci soit convenablement insérée dans l'éducation et le dialogue social.

Si ces valeurs paraissaient de plus en plus compromises par l'évolution du monde, elles devraient  être réaffirmées et confirmées non pas par l'appel aux solutions du marché comme continuent à le croire dans leur majorité aujourd'hui les Américains, non pas non plus par l'appel à des religions ou superstitions  toujours prêtes à profiter du recul du rationalisme, mais par de nouvelles formes de gouvernement politique et économique, nouvelles formes  que les Européens devraient être parfaitement capables de mettre en oeuvre. En fait, depuis quelques mois,  ils ne cessent d'en discuter à divers niveaux. Encore leur faudrait-il passer de discours isolés à des actes politiques mobilisateurs.

Que pourra être l'élément déclencheur d'une telle réaction salvatrice? C'est là que la dynamique des systèmes complexes nous laisse sans perspectives fiables pour le moment. On peut espérer  cependant  que l'accroissement des agressions contre ce que nous avons nommé la civilisation européenne, contre ce que d'autres nommeront moins emphatiquement l'esprit européen, fera naître des solutions là où d'autres, comme notre lecteur, ne voient qu'une lente agonie.
30/08/2010
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