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Quand l'Europe commence à percevoir la « paralysie » de Amérique.

Les appréciations que nous développons ci-dessous nous viennent de conversations conduites ces dernières semaines avec des sources indépendantes proches des milieux institutionnels européens. Elles concernent l'évolution, importante et significative, du sentiment de la bureaucratie des institutions européennes, notamment de la Commission européenne, vis-à-vis des USA, - dans ce cas, précisément le sentiment de la bureaucratie la plus concernée, celle des services qui traitent avec les USA.

Il nous paraît évident que ce cas précis fait partie d'un phénomène psychologique important affectant l'ensemble des institutions européennes: la prise de conscience que les Etats-Unis sont de plus en plus “paralysés”. On peut admettre que cette prise de conscience, qui s'était  sans doute préparée souterrainement et inconsciemment, est venue à maturité durant les deux derniers mois, après un hiver et un printemps marqués par les premières et précoces péripéties pré-électorales (élections mid-term de novembre), à commencer par l'élection partielle du Massachusetts ayant vu le succès d'un candidat républicain.  L'impression aujourd'hui prévalente est celle d'une paralysie complète affectant les institutions de Washington.

« La déception produite par Barack Obama est immense, dit une de nos sources. Il était vraiment attendu comme l'événement crucial qui allait tout débloquer. Le constat est aujourd'hui très pessimiste. Obama est perçu très paradoxalement comme un “électron libre”, qui fait ce qu'il veut et qu'on ne contrôle guère mais qui ne sait pas vraiment ce qu'il veut, et cela dans une situation générale qui l'enferme dans une marge de manœuvre extraordinairement étroite et où il n'a plus aucun contrôle de l'appareil ».  Ainsi Obama est-il perçu comme un président qui n'a pas l'expérience ni l'autorité des hommes complètement intégrés dans le système, mais qui est incapable d'user de cette position pour le réformer de l'extérieur, comme Gorbatchev en son temps avait tenté de le faire de l'URSS.

Un deuxième point concerne la situation politique à Washington. Elle est perçue comme complètement bloquée. Concernant les élections de novembre, la perspective la plus admise étant qu'Obama et les démocrates vont perdre ces élections, nos interlocuteurs  semblent considérer qu'au mieux elles ne changeront rien, la paralysie se poursuivant, et qu'au pire, si les républicains remportaient  une victoire importante, en découleraient des pressions brutales et incontrôlables.  La seule question qui demeure donc concerne l'importance de cette défaite. De toutes façons, dans ce contexte, la position d'Obama sera encore plus qu'aujourd'hui celle d'un “président à la dérive” , incapable de maîtriser la situation.

Il s'agit d'un changement important pour la bureaucratie européenne. Jusqu'alors, y compris durant les années Bush, la consigne et le penchant irrésistible étaient l'alignement sur les USA, perçus comme la référence impérative. Aujourd'hui, les bureaucraties européennes « perçoivent plutôt les USA comme un bateau sans propulsion,  qui roule et tangue dans tous les sens, au gré des agitations de la mer. Par comparaison, elles se voient comme beaucoup plus stables, alors que jusqu'ici le “navire USA” était leur référence...».  Cette perception (quoi qu'on puisse penser d'une  Europe perçue comme un “navire stable” et assuré de sa route), est extrêmement significative du changement que nous évoquons ici.

Concrètement, ce changement reste psychologique, très évident dans les conversations de couloir, mais ne se manifestant encore que d'une façon très prudente et extrêmement retenue, à peine visible,  dans les documents internes. C'est un processus lent, normal pour une bureaucratie. On peut néanmoins signaler la diffusion en interne, au cours d'une réunion tenue à la fin juillet, d'un film documentaire de provenance extérieure montrant l'Amérique confrontée à une situation très préoccupante,  avec la possibilité d'événements financiers ou économiques dramatiques. Cette projection à l'initiative des services en relation avec les USA, était destinée à la bureaucratie de la Commission en général, et elle ne s'est heurtée à aucune entrave de la hiérarchie de la Commission, – autre fait significatif.

Nous parlons là de la façon dont la bureaucratie européenne perçoit la situation à Washington, nullement de la situation objective à Washington, qui évolue selon son propre rythme. Il nous paraît évident, comme nous l'écrivons souvent, que la “paralysie” washingtonienne est un fait de plus en plus massif, éclatant depuis 2-3 ans. Son origine se situe en novembre 2006: défaite des républicains, paralysie de l'administration Bush, pusillanimité des démocrates majoritaires au Congrès. Elle a été aggravée par la crise du 15 septembre 2008 ; aggravée encore, sans doute renforcée, par l'arrivée d'Obama qui s'est avéré absolument incapable de briser cette paralysie, qui l'a au contraire laissée s'aggraver, d'une façon sans doute décisive.

Le fait important que nous soulignons ici est la prise en compte de facto de cette réalité par une collectivité bureaucratique qui a toujours été extrêmement pro-américaine et atlantiste, solidaire bureaucratiquement de l'entité américaine, en tant que membre actif du “bloc” américano-occidental conduit par les USA. Nous devons donc constater ici la puissance de cette situation de “paralysie” , telle qu'elle ait provoqué un tel changement de perception dans une collectivité si peu encline à un tel changement.

Il n'en découlera sans doute pas dans l'immédiat de changements politiques importants dans les relations entre l'Europe et les Etats-Unis. Ce sera dans l'avenir, face aux évènements graves et déstabilisants pour pour le monde entier qui se préparent, que la perception de la paralysie de l'Amérique entrainera des conséquences.  Cette paralysie est devenue une réalité politique si puissante qu'elle commence à être reconnue comme un facteur politique majeur de la situation générale du monde. Il est temps que l'Europe commence à s'en rendre compte et se détermine en conséquence.
30/08/2010
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