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Qui a intérêt à la fin du modèle européen de sécurité civile ?

Les violences dans un nombre croissant de villes européennes semblent passivement acceptées par les institutions publiques, Etats et collectivités locales, en charge d'assurer la sécurité civile des citoyens. Celle-ci constitue pourtant un des droit fondamentaux constitutif du modèle européen de civilisation, acquis de haute lutte après des siècles de guerres de rues. Comment expliquer cette complicité entre ceux qui devraient être les gardiens de l'ordre public et ceux qui le troublent ?

Appelons sécurité civile le droit pour chaque citoyen d'habiter et de se déplacer librement dans sa cité, lorsque ce faisant il respecte le droit des autres citoyens à faire de même. On sait que dans un nombre croissant de villes européennes, qu'il s'agisse des banlieues ou des centres-villes, ce droit n'est plus assuré. Les habitants sont agressés de différentes façons, que ce soit physiquement ou par diverses intimidations, leurs voitures souvent brûlées. Quand certains habitants audacieux portent plainte auprès de la police, celle-ci n'intervient pas. En contrepartie, ils subissent des actes de vengeances  pouvant les conduire à déménager – quand ils en ont les moyens – pour échapper aux menaces.

C'est l'histoire que raconte un journaliste du Figaro:  « Insécurité, c'était intenable, nous sommes partis » voir lien en note) . Les faits se passent dans le centre-ville de Perpignan, grande ville française du sud-est, dirigée par un maire UMP. Mais d'autres analogues, d'après les réactions recueillies, caractérisent bien d'autres villes et banlieues, en France et dans les principaux Etats européens.  Qu'en penser?

La première réaction sera qu'un tel article, publié dans un quotidien réputé de droite, grossit des faits sans doute réels mais pas aussi nombreux et dramatiques qu'ils ne sont rapportés. L'objectif pourrait être de donner des arguments à la campagne politique actuellement entreprise par le Président de la République française pour récupérer des électeurs de la droite et de l'extrême droite. Cette hypothèse ne paraît pas crédible. Si de tels faits étaient faux ou au moins  exceptionnels, l'article aurait été démenti immédiatement. Par contre, que le gouvernement puisse espérer tirer profit d'une telle situation constitue une possibilité  que nous allons examiner.

Il est indéniable que les gouvernements de droite, en France comme ailleurs, peuvent espérer recruter  une partie de leurs soutiens chez des électeurs effrayés par l'insécurité civile. Leur première stratégie consistera donc à donner de l'écho à l'insécurité, voire dans certains cas, à la laisser prospérer sinon à l'encourager.  Il y a mille façons pour un gouvernement d'encourager l'insécurité civile sans soutenir directement des actes séditieux, comme cela s'était vu dans d'autres temps et pourrait d'ailleurs se voir à nouveau. Aujourd'hui, plutôt que rémunérer directement des provocateurs, la façon la plus simple consiste à diminuer les moyens de la police et de la justice, sous prétexte de réforme administrative. On déplore bruyamment les attaques ou pertes que subissent les forces de l'ordre, mais on leur retire en même temps les moyens de prévenir de tels faits.

C'est précisément ce que fait actuellement le gouvernement français. Nous joignons en annexe les extraits d'un article que vient de publier dans le Monde du 31 juillet Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère, vice président du groupe socialiste et expert en la matière car secrétaire national du PS chargé de la sécurité. Il signale les réductions d'effectifs survenues depuis 2007, celles qui sont actuellement programmées et aussi les changements de stratégies imposées par le pouvoir,  remplaçant notamment la police de proximité par une concentration et une « projection » des forces  inspirées de l'armée américaine. On en connait les  résultats désastreux obtenus en Afghanistan  d'une telle stratégie: multiplication des bavures et recrutement plus que proportionnel de nouveaux ennemis combattants.

Il est cependant évident qu'une telle politique n'a qu'un temps. Aujourd'hui, même au sein de la police et la gendarmerie, même dans les rangs de la majorité, de plus en plus de voix constatent la contradiction entre les discours  belliqueux,  constitutionnellement inapplicables, d'un Nicolas Sarkozy à Grenoble, et la déshérence où sont laissés la plupart des  commissariats dans les villes dites difficiles. Ceci explique en partie les instructions reçues par la police et la justice: par dessus tout, évitez les affrontements avec les bandes délictueuses, quitte à laisser sans protection, comme à Perpignan et ailleurs, les populations victimes de ces bandes.

Il faut cependant signaler un autre facteur responsable de l'extension du non-droit. Il s'agit de la peur qu'éprouvent un nombre croissant de maires, qu'il soit de droite ou de gauche, à désigner les auteurs de délits et à tenter de les empêcher de nuire. Au prétexte qu'il ne faut pas stigmatiser l'immigration et, plus généralement, les populations musulmanes et noires dont, crise de l'emploi aidant, sont issus la grande majorité des fauteurs de troubles, ils minimisent les faits, même lorsque ceux-ci se traduisent, comme dans la Chicago des années trente du 20e siècle, par l'abandon de certains quartiers aux gangs. A court terme, ils veulent éviter les embrasements désastreux pour l'image de leur ville et de leur mandature. A plus long terme, ils craignent de perdre le soutien des électeurs musulmans, qui constituent parfois, comme à Amsterdam,  le quart des effectifs. En cela ils mésestiment gravement le fait que, comme le montre l'article du Figaro précité, la majorité de ces électeurs musulmans les approuveraient s'ils montraient plus de fermeté. La plupart en effet ne demanderaient qu'à s'intégrer, sans céder aux discours belliqueux  d'agitateurs généralement importés du proche et moyen-orient.

Encore faudrait ils que ces élus locaux aient les moyens, non seulement en terme de police mais plus généralement de politique d'intégration, pour développer des emplois locaux, clés du développement. On sait que ce n'est pas le cas. Dans le même temps que le gouvernement central a renoncé aux politiques générales d'intégration, plan Marshall dit des banlieues ou autres, et qu'il a diminué les effectifs des écoles et des services sociaux, ce même gouvernement  ne leur a pas transféré les ressources correspondantes. Là encore, sous prétexte de lutte contre le déficit budgétaire, les moyens des administrations les plus à même d'agir en profondeur contre la criminalité ont été retirés aux collectivités locales. Ne restent plus que les vigiles et les caméras de surveillance proposées à grand prix par des sociétés privées.

A nouveau alors il faut se demander ce que cherche le pouvoir. Veut-il radicaliser les affrontements entre la partie pauvre et réputée étrangère ou immigrée de la population et les élites? Par élites nous entendons la petite minorité d'ultra-riches, d'affairistes et de politiciens qui dans une étroite connivence se réservent l'exploitation des richesses nationales. Radicaliser les affrontements permettrait à ces élites de justifier la mise en place d'un véritable Etat dictatorial sur le modèle  qu'avaient connu le Chili et l'Argentine il y a 30 ans, et dont semblent rêver actuellement les plus durs des faucons de la droite américaine.

A propos des Etats-Unis, nous avons indiqué dans un article récent qu'un nombre croissant d'éditorialistes américains modérés s'étonnaient de voir que l'administration fédérale et les Etats frontaliers du Mexique n'utilisent même plus aujourd'hui les crédits dégagés précédemment contre l'immigration clandestine et le développement de la criminalité liée à la drogue et aux trafics divers d'origine mexicaine. Tout se passe comme si certains puissants lobbies souhaitaient voir une situation de type pré-guerre civile s'installer. Obama en serait la première victime visée, de par ses tergiversations et sa mollesse. Les républicains durs pourraient alors reprendre la majorité aux prochaines élections.

Un tel dessein diabolique peut-il être le fait de droites européennes? Certains de nos lecteurs doutent qu-il puisse faire en France  l'objet  d'une politique délibérée provenant du pouvoir actuel et des intérêts qui le soutiennent. La droite française,  en ce cas,  ne serait plus ce qu'elle a toujours eu la réputation d'être,  c'est-à-dire la plus bête du monde. La façon dont cette droite s'est récemment embrouillé les pieds dans l' affaire Woerth-Bettancourt ne plaide pas en faveur de son habileté manoeuvrière. Mais serait-ce aussi le cas dans d'autres pays européens? Ne faut-il pas remarquer la façon insistante dont l'actuel premier ministre britannique pousse à l'entrée de la Turquie dans l'Europe, sachant pertinemment que la société civile européenne, dans l'état actuel de crise économique et sociale, ne résisterait pas à la libre circulation d'un nombre un tant soit peu accru de Turcs dans l'espace européen.

Par ailleurs, les mouvements sociaux s'exerçant en profondeur ne sont pas toujours explicites. La volonté implicite mais bien arrêtée des classes dirigeantes dures de « monter aux extrêmes » peut se manifester par des signes non immédiatement explicites. N'est-il pas surprenant de voir, dès qu'un journaliste ou responsable politique de gauche ose constater à haute voix ce qui est une évidence pour tous, c'est-à-dire l'origine d'un certain nombre de jeunes ou moins jeunes fauteurs de troubles, il se fait immédiatement accuser de « stigmatiser » (grand mot à la mode) telle ou telle minorité,  d'encourager la xénophobie et finalement de participer à une forme virulente de « lepénisation des esprits ». Qui sont les accusateurs? Souvent les ténors répandus dans tous les médias et provenant d'ONG dont le financement provient en partie du gouvernement.  Ainsi, empêchée de s'exprimer, et donc de rechercher des remèdes aux faits que chacun de ses militants constate, la gauche se trouve piégée dans un discours angélique qui permettra ensuite de dénoncer son laxisme face aux discours musclés de la droite.

Appendice. Une politique de sécurité en faillite, par Jean-Jacques Urvoas. Le Monde;  31 juillet 2010 (extraits)

Les événements qui viennent de se dérouler à Grenoble et à Saint-Aignan (Loir-et-Cher) sont malheureusement assez communs. Mais s'ils frappent l'opinion, c'est qu'ils font sens. Ils illustrent l'impasse du discours de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité.

Pour le président, c'est à la cavalerie d'éteindre les incendies. S'il était logique, à Grenoble, de faire appel à l'unité du groupe d'intervention de la police nationale de Lyon, sa vocation étant d'intervenir en relais des autres services de la police chaque fois que la situation l'exige, le recours au RAID, l'unité d'élite de la police nationale, en revanche, peut surprendre. Tout comme l'engagement de quelques moyens du groupe d'intervention de la gendarmerie nationale dans le Loir-et-Cher et l'usage, dans les deux circonstances, d'hélicoptères dotés de projecteurs et de caméras de détection thermique.

Cette volonté de dramatisation était pourtant réfléchie alors même que les unités mobiles n'ont jamais perdu le contrôle de la situation. Pourquoi un tel déploiement ? Depuis plusieurs années, le pouvoir développe en matière de maintien de l'ordre public une doctrine d'emploi des forces de plus en plus influencée par le modèle militaire américain.

On concentre les moyens pour ensuite les « projeter » là où apparaissent les étincelles. Résultat : les forces ne connaissent plus le terrain, mais qu'importe au fond, dans la mesure où ce qui compte pour les promoteurs de cette doctrine, c'est la sécurité de l'Etat, et non la protection des citoyens. Le problème est que, du même coup, tournant le dos au plus élémentaire bon sens, l'Etat renonce à prévenir les prochains embrasements que les élus ne cessent d'annoncer.

C'est l'un des paradoxes du chef de l'Etat. Il proclame inlassablement son soutien aux forces de sécurité alors même que son gouvernement ne cesse de supprimer des postes. Ainsi dans l'agglomération grenobloise, les effectifs des gardiens de la paix sont en diminution constante de l'ordre de 20 % en cinq ans et il ne subsiste plus que 450 policiers pour garantir la tranquillité publique.

Depuis 2007, près de 10 000 postes ont été supprimés dans la police et la gendarmerie. Et au rythme des annonces du président de la République, il y aura d'ailleurs bientôt plus de commissaires dans les préfectures qu'en train de diriger l'action de la police sur la voie publique. En sus, ces destructions massives d'emplois désorganisent les services tandis que leurs missions se multiplient et que leurs moyens se raréfient.

Ainsi, en 2011, le budget de fonctionnement de la police s'établira à 950 millions d'euros contre 1 032 en 2010, et 1 100 en 2007, et celui de la gendarmerie prévoit une baisse des crédits de fonctionnement supérieure à 20 %... En 2012, il ne sera plus abusif de parler d'une clochardisation des forces consacrées à la sécurité des Français.

Mais le pouvoir n'en considère pas moins que sa responsabilité n'est nullement engagée. Fidèle à une habitude éprouvée, son imagination est sans borne quand il s'agit de se défausser. En l'espèce, sont incriminés les Roms, les maires socialistes et un préfet. ...

(- - - )

Il faut souligner que, durant ces quelques jours où le sommet de l'Etat a semblé dépassé par les événements, il a usé et abusé de ses vieilles ficelles. Et d'abord la traditionnelle surenchère verbale. C'est une constante sarkozyste maintenant bien connue. Et bien sûr la pression sur la police pour « faire du chiffre ». Cette obsession a débouché, à Grenoble, sur la diffusion d'instructions insistant sur la nécessité d'interpeller massivement sans tenir compte des réserves des services spécialisés. Il ne faut donc pas s'étonner qu'en dépit de l'énergie déployée, il n'y ait eu aucune mise en examen.

On trouve dans ces événements tous les ingrédients qui expliquent l'échec d'une politique. Au premier plan, des démonstrations de force parfois disproportionnées et des opérations spectacles dites « coups de poing ». En coulisse, un Etat impuissant, la paupérisation des services, la baisse des effectifs, l'absence de vision prospective et plus globalement, de réponse aux problèmes structurels : des banlieues sans espoir, un chômage en hausse, l'étalage du bling-bling et de la cupidité, un fossé qui se creuse entre, d'un côté, ceux qui ne savent pas de quoi demain sera fait et, de l'autre, une caste où l'argent coule à flots.

La réponse du pouvoir, plus angoissé qu'on ne le croit, par la décomposition de sa politique de sécurité, tient en l'organisation d'une riposte-spectacle, rideau dérisoire jeté sur une réalité si dérangeante que même le ronflement des déclarations de matamore ne permet plus de camoufler.

Voir aussi le blog, référencé en note 2
03/08/2010
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Nombre de réaction(s) : 2
Réactions spontanées
06/08/2010 10:42:45 | Par : Whistleblower
Je pense que notre société civile est arrivée à un tel état de décomposition, du fait du renoncement, de l'injustice, de l'incompétence et de la lâcheté des nos dirigeants, que des réactions de type « Action directe », milices de quartier, « halte aux barbares »…, éventuellement soutenues par des policiers et des militaires en rupture de ban, ne vont pas tarder à se manifester ici ou là….

Pour moi, ce serait un moindre mal, et aussi une prise de conscience salutaire pour les décideurs ( car seule la force brutale est respectée au plus haut niveau de l'Etat ; les gentils contestataires ne sont que de pauvres imbéciles, sans intérêt et méprisables).


le droit à l'information
11/08/2010 21:06:11 | Par : la romancière
les gouvernements actuels font barrage à bien des droits, ne pensant qu'à leurs deniers personnels, ce que pense le peuple leur semble indifférent, leurs actuelles réformes mettent en péril tous les pays, j'écris souvent des articles, les censures vont bon train, pourtant, je suis très polie, mais ça les gêne, quand on leur dit, "vous voulez des sous, faites rembourser les cinq dernières années de subventions touchées par les entreprises se délocalisant à l'étranger, chaque députés, sénateurs ou ministre devrait comme nous tous payer leur retraite au lieu de puiser dans une caisse en faillite, la sécurité sociale, finis les paradis fiscaux, ils veulent des travailleurs, qu'ils arrêtent de les licencier à tout va, qui les réembauchent, pour les agriculteurs et produits laitier, instaurez un minimum lorsqu'une firme leur achète le produit de base, exemple pour le lait, au lieu de 25 centimes, 40 centimes et interdit d'imposer en dessous de cette somme et pour tout le reste alimentaire, une augmentation de 15 centimes le kilo, si nous voulons une terre plus propre, diminuer le prix d'accès aux installations solaires, géothermiques et éoliennes.
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