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Recul américain sur le contrôle des gaz à effet de serre

Une nouvelle fois, Barack Obama va décevoir ceux qui le voyaient animé d'une inébranlable volonté de réforme. Il s'agit en l'espèce aujourd'hui de la question des mesures contraignantes destinées à limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Sous la pression des sénateurs républicains, suivis en cela par les démocrates, le Sénat va renoncer à voter le système de marchés d'émission dit "cap and trade", même sous la version atténuée qui avait été adoptée. Le poids des lobbies pétroliers et industriels est tel que l'Administration va très probablement décider de s'incliner. Barack Obama devrait alors aborder la conférence des Nations unies sur le climat à Cancun (Mexique), fin novembre, sans pouvoir confirmer  les engagements pris à Copenhague fin 2009 devant les représentants du monde entier.

Cette façon de faire est en permanence celle des Etats-Unis. Le Président, sous la pression des évènements et des opinions publiques, prend des positions conciliatrices que les Représentants et Sénateurs désavouent ensuite. L'Administration généralement s'incline. Ceci introduit un manque de fiabilité dans les engagements diplomatiques américains auquel sont habitués depuis longtemps les partenaires des Etats-Unis. Il n'y a plus guère que les Européens naïfs qui prennent encore au mot les promesses de réforme annoncées par les présidents successifs. L'électoralisme, renforcé par la corruption (n'hésitons pas à employer ce mot) pratiquée par les intérêts industriels à l'égard des élus est tel que la corporatocratie américaine continue imperturbablement à mettre le monde en danger sans que rien ne puisse l'arrêter 1).

L'Administration va donc très probablement devoir renoncer au projet de loi en quatre parties qu'elle avait présenté, portant sur le contrôle des forages pétroliers, le développement des énergies renouvelables, les incitations fiscales pour réduire la consommation d'énergie et l'introduction d'un marché d'émission dit aussi de « droit à polluer ». Même si les écologistes contestent l'efficacité de ce dernier, qu'il préférerait voir remplacer par des systèmes de taxes carbone, même si le "cap and trade" avait été restreint au secteur électrique, il s'agissait pourtant d'une avancée notable. L'obligation pour le secteur énergétique d'utiliser au moins 10 % d'énergie renouvelable sera également abandonnée. On voit qu'il s'agit d'un recul général devant ce qu'il faut bien appeler les pollueurs. L'objectif de réduction  des émissions de Co2 de 17 % d'ici à 2020 par rapport à 2005 et de 80 % d'ici à 205, adoptée en 2009 par la Chambre des représentants, ne pourra donc pas être tenu.

Les écologistes espèrent que Barack Obama va passer par la voie réglementaire : l'EPA, l'agence pour la protection de l'environnement, déciderait de réductions obligatoires par décret. Mais cette solution, à laquelle les républicains s'opposent,  ne pourrait conduire qu'à l'adoption d'un texte dont l'ambition serait de réduire de 14 % au maximum les émissions américaines, sinon même de stabiliser les émissions en l'état actuel. Quand on connait l'importance des émissions américaines au regard de celles du reste du monde, on conçoit que le mauvais exemple donné par les Etats-Unis aura un effet dévastateur à l'égard des contraintes que les Nations Unies voudraient imposer aux autres gros pollueurs. 

Si les Européens (nous employions ce terme par routine sans savoir exactement quel pouvoir politique nous pourrions mettre derrière l'expression) avaient un minimum de réactivité, ils profiteraient de ce recul américain pour combler le vide. Barack Obama avait fait du développement des énergies nouvelles la base d'une "nouvelle croissance durable". Grâce aux centaines de milliards de dollars attendus, la vente des permis d'émission devait lui permettre de financer le développement des énergies alternatives, ainsi que de réduire le déficit budgétaire. L'Europe aurait là une occasion exceptionnelle pour redéfinir sa politique énergétique dans le sens précisément que l'Amérique abandonne, celui d'une nouvelle croissance durable.

Ajoutons un point qui n'est pas que de détail. N'en déplaise aux écologistes radicaux, on ne comprend toujours pas pourquoi la France ne tente  pas de faire reconnaître son industrie électro-nucléaire comme relevant des « énergies renouvelables » dont l'Europe devrait se faire le champion, ceci d'autant plus que d'autres gouvernements européens sont en train de relancer le nucléaire. Cela ne les empêcherait pas, quoique l'on dise, de financer des énergies vertes.

1) Dans le même temps, que l'on nous autorise à ne pas sauter au plafond d'émerveillement devant le paquet de réformes récemment décidées par Washington à l'égard du capitalisme financier. On verra ce qu'il en restera quand elles seront passées à la moulinette de Wall Street.
25/07/2010
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