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Dossier. La géopolitique. Un outil nécessaire à la définition des stratégies européennes

La géopolitique fait partie des sciences humaines. Elle étudie, selon une définition traditionnelle, les conséquences de la géographie sur les relations entre Etats et entre grands intérêts économiques et, inversement, celles de la politique sur la géographie, notamment en ce qui regarde la fixation des frontières et des populations.
Mais il est difficile à l' heure de l'interdisciplinarité, c'est-à-dire des échanges entre les sciences, de considérer la géopolitique comme se suffisant à elle-même, au même titre que l'histoire, la géographie ou la science politique et, a fortiori, au même titre que la chimie ou la biologie. Il s'agit en fait d'une discipline récente qui conjugue plusieurs approches, celle des trois sciences humaines évoquées ci-dessus, mais aussi de plus en plus celles d'autres sciences que nous allons présenter dans la suite de cette étude.

Dire que la géopolitique est une science ne veut pas dire qu'elle doive être réservée à des spécialistes. Chaque citoyen soucieux de participer à l'histoire de son temps fait de la géopolitique, soit sans le savoir, soit sur le mode empirique. Il est donc important, vu les conséquences que peuvent avoir en termes géopolitique les choix proposés par les programmes politiques, de bien identifier les acteurs et les forces s'exprimant dans le champ géopolitique. Ils conditionnent en fait notre vie de tous les jours. Mais pour s'en apercevoir, il faut pouvoir analyser l'actualité et la façon dont les médias – et les hommes politiques - en rendent compte. Ceux-ci dissimulent souvent l'essentiel sous l'accessoire. Nous voudrions que ce dossier apporte au lecteur quelques points de repère.

Nous n'aurons pas cependant la prétention de déchiffrer un terrain vierge. Même si la géopolitique n'est pas un thème très pratiqué en France, il existe un certain nombre d'ouvrages et d'articles en langue française visant à en présenter et illustrer les enjeux. C'est le cas par exemple du livre de Philippe Moreau Defarge, « La géopolitique pour les nuls », paru en 2008 dans la collection Pour les Nuls. Nous ne pouvons que recommander la lecture de cet ouvrage fort bien fait. Nous citerons plus loin d'autres sources en français qu'il est indispensable de consulter. Nous pensons cependant que le texte proposé ici ne fera pas double-emploi, dans la mesure où nous nous efforcerons d'établir, comme indiqué ci-dessus, des ponts entre la géopolitique et différentes façons d'interpréter l'évolution du monde global que nous avons rencontrées en tant qu'éditeur de la revue Automates Intelligents et que nous ne retrouvons pas dans des livres plus classiques.

Rappelons par ailleurs qu'il ne faut pas confondre la géopolitique avec la géostratégie. Celle-ci s'efforce d'appliquer les enseignements de la géopolitique à la définition de stratégies diplomatiques, militaires, économiques mettant en jeu les territoires et les populations qui y vivent. On désigne en général par stratégie une démarche s'efforçant de tenir compte du long terme et des causes agissant en profondeur, tandis que la tactique vise à tirer parti des évènements plus immédiats. On comprend bien que les stratégies des grands organismes, Etats, entreprises, associations, dans la mesure où elles sont réfléchies, doivent tenir compte des facteurs géographiques et humains étudiés par la géopolitique. D'où l'intérêt de mettre au point des géostratégies. Les géostratégies inspirent de façon plus ou moins évidentes la plupart des grandes décisions affectant le monde contemporain. Il s'agit d'une raison de plus justifiant de bien comprendre les éléments essentiels de la géopolitique dont elles cherchent à s'inspirer.

Mais auparavant, tentons de répondre à une question souvent posée: « A quoi peut servir la géopolitique? ». Nous dirons qu'elle doit nous aider à comprendre la vie politique, voire pour certains d'entre nous à y agir, le tout en tenant compte, répétons-le, des contraintes de la géographie. La géographie est divisée classiquement en trois branches, géographie physique, géographie humaine et au sein de cette dernière géographie politique. Au sens large la géographie étudie la Terre et les différents phénomènes naturels et humains qui s'y manifestent. Pour cette étude, elle s'appuie nécessairement sur l'histoire qui permet de mieux comprendre pourquoi les choses et les êtres ont acquis sur la planète la complexité que nous sommes bien obligés de constater. En quoi la géographie est-elle indispensable?

Le premier objectif de la science politique consiste à identifier des acteurs et des enjeux de pouvoir. Or il se trouve que la géographie offre, selon le terme d'une émission célèbre, des outils pour faire apparaître le « dessous des cartes ». Les acteurs de la vie politique dont les plus visibles, sinon les plus importants, sont les Etats, se déploient à travers les territoires géographiques, modélisés par des cartes et des statistiques. De même les enjeux ont toujours pris une dimension géographique. La plupart d'entre eux sont liés à la possession des territoires et des ressources qui leur sont attachées. Nous verrons à cet égard que la mondialisation et la dématérialisation n'ont pas changé l'importance du facteur géographique. Elles leur donnent seulement une nouvelle dimension. La géographie dans de nombreux de ses domaines doit dorénavant s'intéresser à ce qui se passe sur l'ensemble du globe terrestre. La géographie n'est pas une science capable de tout expliquer. Nous examinerons plus loin d' autres sciences pouvant permettre de comprendre la vie politique. A ce titre, elles participent au regard géopolitique. Cependant ignorer la dimension géographique des questions politiques conduit à un aveuglement, une véritable naïveté, à laquelle beaucoup d'analystes politiques n'échappent pas, notamment en France.

Ceci veut dire qu'il faudra entendre la géographie au sens large. Elle ne se limite pas à la prise en considération des cartes et de leurs contenus, que ce soit au dessus ou au dessous. Outre l'indispensable appel à l'histoire, elle suppose aussi et sans doute surtout la prise en considération de tout ce que l'on nomme désormais l'environnement: naturel et artificiel, qui détermine et que détermine en retour l'activité des humains.

La géopolitique, ainsi informée par la géographie, impose un regard indispensable pour compléter les analyses juridiques, psychologiques ou purement politiques. Autrement dit elle éclaire les grands événement de la vie politique d'une façon réaliste, ceci au plan international comme au plan national ou local. Pourquoi des conflits, des compétitions, des alliances? Pourquoi des successions d'expansion ou de crise? Comment juger de la pertinence des grands programmes politiques? Quels types de réformes envisager? La géopolitique oblige ainsi à se projeter dans le futur, rejoignant en cela la géostratégie.

On serait tenté de se demander, compte-tenu de ce qui précède, si tout phénomène ou événement ne mériterait pas une analyse géopolitique. De la même façon, dans les décennies précédentes, on pouvait prétendre que tout événement relevait de l'explication politique: « tout est politique! » Il est bien évident que la connaissance scientifique étant une et la vie ne tenant pas compte des barrières académiques crées pour en simplifier l'étude, toute analyse relevant en général des sciences humaines et sociales devrait introduire le facteur géopolitique. Ce sera au chercheur ou à l'analyste de savoir où s'arrêter s'il ne veut pas passer en revue l'ensemble des connaissances.

Ainsi les conflits liés à la volonté d'accéder aux réserves pétrolières et gazières doivent nécessairement être éclairés par la géopolitique: où sont situées ces réserves, quelles sont les peuples qui possèdent le sous-sol où elles se trouvent, quels sont les Etats qui veulent s'en emparer et pour quelles raisons? A l'inverse, on pourra admettre, au moins en première approche, que les politiques de décroissance visant à réduire l'empreinte écologique de la croissance débridée des consommations ne relèvent pas a priori d'une analyse géopolitique, bien qu'elle concernent l'avenir de l'environnement terrestre. Elles relèvent d'analyses climatologiques, biologiques, politiques, économiques et technologiques. Mais très vite, il faut y réintroduire la géopolitique. On sait bien que les programmes de décroissance et de passage aux énergies vertes sont reçues différemment par les pays du Nord et ceux du Sud, compte tenu des contraintes géographiques qui pèsent sur eux, elles-mêmes liées à des histoires différentes.

On lira la suite de ce dossier en utilisant  les liens référencés ci-dessous
24/07/2010
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