Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

La France critiquée de toute part. Quelles conséquences pour l'Europe?

Il suffit de lire, non seulement les blogs mais les journaux européens: la France est aujourd'hui, du fait de ce que nos voisins appelle désormais à tort ou à raison la Sarkogate, l'objet de multiples et virulentes critiques.

Il ne s'agit pas seulement d'ironie facile mais d'analyses virulentes. Nos voisins, même les plus pondérés, soulignent à l'envie ce que révèle le scandale actuel. Ce n'est pas seulement le président de la République, ni le gouvernement, qui sont critiqués, mais l'Etat dans son ensemble et au delà, la société sinon la nation française.

Les « columnists » insistent sur ce qu'il faut bien nommer des vices fondamentaux de notre système politique et social, que nous cherchons à nous cacher en affirmant que « cela a toujours été » et que «  le monde fonctionne  ainsi ». Ils évoquent le plus évident de ces vices: l'imbrication étroite de l'argent, du politique et de l'administratif. Ceci veut dire que derrière les apparences de la neutralité de l'Etat, autrement dit de l'indépendance du pouvoir, de l'administration et de la justice, jouent des relations et complicités visant à mettre les institutions au service de ceux qui grâce à l'argent, ont accédé à ce pouvoir et tentent  de mettre la main sur ces institutions. Cet argent lui-même n'est pas honnêtement gagné, par le légitime exercice des activités industrielles et commerciales. Il résulte pour l'essentiel de passe-droits et facilités extorqués à des responsables politiques complices. On est dans un système qui, comme le dénonçait le magistrat Jean de Maillard (Voir http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=458) s'entretient de lui-même en tournant en boucle.

Les vertus républicaines dont nous nous gargarisons: autonomie de l'administration, de la justice, de la presse, à l'égard tant des pressions de l'argent que de celles d'un exécutif  élu grâce à l'argent, sont  mises en doute. Il est inquiétant de voir nos voisins s'interroger sur ce qu'il adviendra des enquêtes de police et des actions judiciaires aujourd'hui entamées. Beaucoup pensent qu'elles n'aboutiront pas et que les voix dénonciatrices seront étouffées. Certains s'interrogent même sur les risques physiques courus par les dénonciateurs (trices) eux-mêmes, comme si la France n'était qu'une vulgaire république bananiéro-maffieuse. Mais plus grave encore, le sentiment anti-français suscité par cette affaire est tel que c'est l'ensemble des citoyens de ce pays qui sont englobés dans l'ironie et plus encore le mépris. Pourquoi les Français acceptent-ils de tomber si bas? Les Français, nous explique-t-on, s'accommodent de ce système car ils n'ont jamais eu malgré leurs prétentions le moindre sens civique.

Personne n'imagine aujourd'hui que le système politique puisse s'en sortir par le haut, comme le système politique américain l'avait fait du temps du Watergate. Ni le président ni le gouvernement ne démissionneront, même si leur impopularité continuait à baisser. Jamais la majorité ne provoquera l'équivalent d'une procédure d' « empeachment ». L'opposition elle-même, par  crainte de contre-feux, n'exigera rien. Ceci contribue à répandre dans l'opinion l'image du "tous complices" . La plupart des commentateurs nous prédisent un avenir peu glorieux: soit un retour en force du Front National sous une forme renouvelée mais qui ne dissimulera pas son caractère profondément mussolinien, soit un coup d'Etat militaire, bien dans la tradition française et que la « prise de parole » récente du général Desportes pourrait préfigurer. N'a-t-il pas écrit dans un de ses livres ce que beaucoup de Français, confrontés aux turpitudes et à la lâcheté des autres corps, commencent à penser: « " L'armée, dernier grand corps de l'État parfaitement discipliné, autonome, polyvalent, constitue l'ultima ratio, disponible et efficace à tout moment quand bien même plus rien d'autre ne fonctionnerait. Nous devons donc nous inscrire dans une logique duale, être capable d'efficacité au service de la population et de sa défense, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de nos frontières."  Si l'armée prenait le pouvoir afin de remplacer un Sarkozy défaillant, ce ne serait sans doute pas pour imposer un De Gaulle, mais un quelconque Videla.

Conséquences pour l'Europe


Que peuvent être les conséquences de l'effondrement moral et politique des institutions françaises sur l'avenir de la construction européenne, sur la crédibilité du projet d'Europe puissance qui mobilisait beaucoup de citoyens. Elles ne peuvent être que désastreuses. La première est que chacun des pays voisins, face à l'exemple français, est tenté d'exalter sa propre probité, sa propre rigueur: «  nous ne sommes pas comme ces Français... ». Ce n'est pas toujours vrai. L'Italie et quelques autres ne sont pas des exemples de démocratie participative. Mais les citoyens de ces pays l'oublient. Par réflexe, ils valorisent leur vertu et refusent toute perspective qui les conduiraient à se rapprocher soit de la France soit d'institutions européennes où la France jouerait le moindre rôle. Ils ne voient malheureusement pas que l'Europe divisée est impuissante.

La seconde conséquence de la crise de régime et de société que subit la France se répercute sur la capacité, non seulement de la France mais de l'Union européenne, à être prise au sérieux par les super-pouvoirs auxquels la France est confrontée. Il suffit de lire, dans la presse internationale cette fois-ci, les jugements prétendument inquiets mais en fait triomphants, que formulent les Américains, les Russes, les Chinois. Pour eux, les vices de fonctionnement manifestés par le système politique à la française touchent l'ensemble du fonctionnement européen. Ils ne rentrent pas dans les détails. Les difficultés que rencontrent les Etats-Unis, la Russie, la Chine sont oubliés par leurs chroniqueurs quand ceux-ci mentionnent  le cas français. C'est en fait une paralysie de l'Europe toute entière qu'ils évoquent. Si dans l'avenir certains des gouvernements de ces pays ne renonçaient pas à quelques alliances stratégiques avec les européens, ils ne le feraient plus à travers l'Union européenne, encore à leurs yeux trop marquée par l'influence française. Ils le feront à travers quelques pays, l'Allemagne ou la Grande Bretagne notamment, qui leur paraissent plus solides.  Ainsi tels les Curiaces, par la faute de la France qui ne tient plus son rang, les Européens seront instrumentalisés les uns après les autres.
08/07/2010
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 2
Ce jeudi soir 8, l'Elysée s'estimerait "blanchi", selon un communiqué diffusé par les chaïnes
08/07/2010 22:17:15 | Par : Carolus
Blanchi parce que la malheureuse comptable aurait "reconnu" quelques confusions de date, sans d'ailleurs rien retirer au fond de son témoignage. En fait le mal que vous dénoncez vient de beaucoup plus loin. Si blanchiment il y a, il est ailleurs.

Chasse aux journalisme, en Italie comme en France
10/07/2010 10:20:37 | Par : Marcellin B
On vient de voir que les journalistes italiens protestent contre l'offensive actuellement menés contre eux par Berlusconi. Comme quoi les deux gouvernements, français et italiens, se valent bien. Lire le communiqué du Syndicat national des journalistes http://anticor.org/2010/07/09/soutien-a-la-liberte-de-la-presse/
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire