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Le FMI en Europe, non merci

Le prix Nobel d'Economie Paul Krugman n'est pas un dangereux révolutionnaire, ni le New York Times dont il est un des top columnist un repaire de trotskystes. Néanmoins, ce jour encore 18 juin il reprend sa mise en garde : condamner les deficits et surtout lutter contre eux en refusant d'aider ceux qui dans l'économie auraient le plus besoin de soutiens, individus comme entreprises, est suicidaire.

Dans cet article (voir http://nyti.ms/aFnSBX ), il condamne ainsi, outre la politique d'austérité lancée par Barack Obama, celle désormais appliquée en Allemagne à l'instigation de ceux qu'il nomme les faucons de la lutte contre les déficits. Il rappelle les exemples historiques où des gouvernements, après une sortie de crise marquée par des budgets en déficit, ont voulu trop vite rétablir les équilibres budgétaires et ont replongé leurs économies dans la récession. 

Pour lui, les intérêts à payer pour la dette ne seront jamais très importants au regard du produit national brut, surtout si celui-ci, au lieu de diminuer régulièrement du fait de la récession, peut s'élever à nouveau. Les faucons allemands de la lutte contre les déficits n'ont en fait aucun argument sérieux à proposer. Il s'agit seulement d'adopter, et de faire adopter par leur gouvernement, une attitude de rigidité morale supposée impressionner les marchés mais qui répondrait en profondeur à un obscure besoin de sérieux hérité des excès de l'Allemagne d'avant la 2e Guerre mondiale. Ce faisant, l'Allemagne se condamne, et condamne l'Europe toute entière avec elle, sans parler de l'Amérique, à une récession économique dont rien de bon ne peut sortir.

Paul Krugman évoque à mots couverts l'hypothèse qu'en fait,  derrière des mesures visant finalement à faire supporter les économies par les pauvres, se mène une politique visant non seulement à sauvegarder les profits des riches mais à retirer aux Etats les moyens d'intervenir de façon régulatrice dans la vie économique.

Pour nous, c'est bien évident. Il est significatif de voir que les mesures d'austérité mises en oeuvre par les gouvernements européens prétendus en difficulté vont exactement  dans ce sens: d'une part tailler dans les dépenses publiques, dépenses sociales et dépenses d'administration, d'autre part supprimer les investissements productifs, le tout  que ce soit au niveau des Etats ou des collectivités locales. A l'inverse ne sont envisagées que des mesures totalement insignifiantes de taxation des hauts revenus et des profits financiers. Leur objet n'est pas d'équilibrer les budgets, mais de calmer l'opinion.  Si le terme avait encore cours, on pourrait parler d'une politique de classe caractérisée. La France ne se distingue pas du lot à cet égard, au contraire.

Mais il y a pire. Dorénavant le FMI et les Etats-Unis s'intéressent de près aux affaires internes de l'Europe. On sait que les ministres des finances des pays européens ont accepté l'obligation de soumettre leur budgets nationaux à un examen préalable devant les instances européennes. Le FMI, lui, trouve ces mesures trop timorées et il presse l'Europe de créer une autorité commune qui soit chargée de déterminer le niveau de déficit budgétaire admissible pays par pays. Il réclame également que chaque pays membre adopte des règles internes contraignantes qui forcent à limiter le déficit. Ainsi, la stimulation keynésienne de l'économie par l'investissement public est en train de devenir de facto une politique interdite en Europe.

Cette "austérité"  que le FMI continue à imposer aux gouvernements latino-américains   – ceux du moins qui comme Chavez et Morales n'ont pas décidé de résister, ne fait que renforcer la mise en tutelle de ces pays  par la corporatocratie américaine. La formule "There Is No Alternative" semble avoir de beaux jours devant elle. Si les Européens ne se défendent pas de façon concertée, il est probable que l'irruption du FMI sur la scène européenne ne fera qu'aggraver l'exploitation coloniale de l'Europe par « les marchés ».

On peut s'étonner dans ces conditions de l'aveuglement des socialistes européens, et notamment du PS français (à supposer que ses membres  aient conservé quelque indépendance de jugement face au dollar). Comment supposer que l'accession d'un Dominique Strauss Kahn à la présidence de la République française puisse faire quelque bien à la cause du redressement de l'Europe, alors que derrière lui ce sera toute la mécanique des intérêts américains qui confirmera la main-mise de ceux-ci sur la France.
18/06/2010
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