Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Le Japon entre plusieurs chaises.

Quelle que soit la personnalité finalement choisie par le parti Démocrate du Japon comme Premier ministre, il ne semble pas que la politique japonaise puisse maintenant se distinguer nettement de celle de l'ancienne majorité: soumission à l'égard des Etats-Unis, réserve à l'égard des grands voisins, conservatisme social.

Nous avions salué en septembre dernier (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=349&r_id=1) la venue au pouvoir à Tokyo d'un nouveau Premier ministre, Mr Yukio Hatoyama, issu du parti Démocrate du Japon, susceptible de revenir sur un demi-siècle de conservatisme et de dépendance à l'égard des Etats-Unis.   Mais très vite, nous avions noté, comme tous les observateurs (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=476&r_id=1 ) que la question de la relocalisation de la base militaire américaine de Futenma à Okinawa, voire de sa suppression pure et simple, demandée massivement par les habitants de l'ile concernée, se heurtait au refus catégorique du Pentagone. Il s'est produit ce qui risquait de se produire. Mr Hatoyama, après avoir adopté une position de fermeté à l'égard des Etats-Unis, est revenu en arrière et a tergiversé. Les électeurs du parti Démocrate en ont conçu un vif mécontentement. Le Premier ministre, au lieu de se battre, a préféré démissionné.

Il était sans doute prématuré de penser que le Japon allait pouvoir s'affranchir rapidement de la " protection " américaine. Les Etats-Unis dispose dans l'Archipel d'un précieux « porte-avions » dont ils n'entendent pas se priver. Ils mettent beaucoup l 'accent sur les risques potentiels (sans doute très grossis par eux) pouvant venir d'une Corée du Nord éventuellement dotée de l'arme atomique. Mais en fait, c'est vis-à-vis de la Chine voire de la Russie qu'ils veulent continuer a assurer une forte présence militaire, par l'intermédiaire d'une alliance avec un Japon toujours plus ou moins démilitarisée et sous leur contrôle. 

Contrairement à leurs prédécesseurs du Parti Libéral Démocrate, complètement acquis à l'alliance américaine, les Démocrates avaient commencé à envisager de diversifier leurs systèmes d'alliances. Outre la renégociation du Traité de sécurité américano-japonais, ils entendaient se tourner davantage vers la Chine qui devient le premier partenaire commercial du Japon. Mais en dehors de l'économie, l'amitié n'est pas encore au rendez-vous, car le souvenir des massacres commis en Chine et en Mandchourie par le Japon impérial pendant la seconde guerre mondiale ne s'est pas encore effacé, - ceci d'autant plus que le Japon a toujours refusé de s'en excuser officiellement.

Dans le même temps, le Japon s'était rapproché de l'Inde en vue d'un « partenariat stratégique ». Il a fait de même et bien plus concrètement à l'égard  de la Corée du Sud. L'hypothèse d'un « axe Corée-Japon » est dorénavant évoquée. Cet axe serait très logique vu les points de convergence entre ces deux grandes puissances économiques, mais là encore les contentieux historiques restent pesants. En ce qui concerne enfin un éventuel rapprochement entre le Japon et l'Union européenne, sur lequel certains Européens avaient fondé quelques espoirs, à notre connaissance, il ne s'est rien passé.

Aujourd'hui, l'accroissement de tension entre les deux Corées et la façon martiale avec laquelle réagit Washington conduit un nombre croissant de Japonais à vouloir, en l'absence d'une défense autonome dont le pays n'a pas encore les moyens militaires et diplomatiques,  rentrer de nouveau dans le giron américain. Les Démocrates, pour ne pas laisser durer un vide de pouvoir, ont décidé de présenter très vite un remplaçant à Yukio Hatoyama. En cette fin de semaine (3 juin), ce devrait être le ministre des finances, Mr Naoto Kan (photo), qui aurait les meilleures chances. D'autres candidats sont plus discutés. Naoto Kan n'a pas hésité à critiquer sévèrement Yukio Hatoyama, pour son indécision et aussi les rumeurs de corruption ayant touché certains de ses collaborateurs.

Quoiqu'il en soit, et quelle que soit la personnalité finalement choisie, il ne semble pas que la politique japonaise puisse maintenant se distinguer nettement de celle de l'ancienne majorité: soumission à l'égard des Etats-Unis, réserve à l'égard des grands voisins, conservatisme social. Le seul point qui méritera d'être suivi de près, notamment dans la perspective du G20, sera la politique économique et financière du gouvernement et de la banque du Japon. Le Japon persistera-t-il à se tenir prudemment à l'écart des mauvaises habitudes que continuent à imposer au système bancaire international les patrons de  Wall Street et de la City?  Jusqu'à présent, il avait clairement indiqué qu'il se sentait capable de faire face à la crise par ses propres moyens. Qu'en sera-t-il si la crise s'aggrave?
03/06/2010
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire