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La sous-évaluation des risques industriels

L'accident survenu à la plateforme Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique est en train de rappeler à tous ceux, entreprises et gouvernements aveuglés par le désir de profit immédiat, que les technologies modernes sont si complexes qu'elles peuvent difficilement être gérées par des humains, surtout en période de compétition exacerbée.

C'est le cas en ce qui concerne les forages et l'exploitation pétrolière et minière, mais aussi l'énergie, l'espace, les transports aériens, les programmes de défense et bien d'autres modes de production ou de recherche modernes. On pourra ajouter les systèmes d'ingénierie financière dont les dérèglements permanents multiplient des risques apparemment mineurs en termes de coûts humains, mais aux conséquences économiques et sociales immenses.

Ceci ne fait qu'illustrer ce que nous avions tenté de monter dans notre essai « Le paradoxe du Sapiens » consacré à l'ingérabilité ou ingouvernabilité de ce que nous nommons les systèmes anthropotechniques.

Il s'avère que les systèmes que nous évoquons sont trop complexes pour être compris et plus encore pour être gérés par des personnes individuelles. Néanmoins c'est à celles-ci que la société demande d'évaluer les risques de défaillance et de prévoir les mesures destinées à les prévenir.

Placés devant de telles responsabilités, les humains en question, fussent-ils très entraînés et motivés, révèlent des faiblesses que nous pourrions dire congénitales. Ils ont d'abord le plus grand mal à imaginer que de petites pannes puissent s'accumuler et survenir simultanément en provoquant des désastres systémiques de grande ampleur. Par ailleurs, ils s'habituent très vite aux risques potentiels pouvant provenir de petits défauts. Si rien ne s'est produit jusqu'à ce jour, pourquoi cela surviendrait-il demain?

De plus, ils accordent une foi illimitée aux systèmes de protection et de back up, même si ceux-ci n'ont jamais été testés en vraie grandeur. Dans le cas de Deepwater Horizon, les équipes d'exploitation ont fait, selon l'enquête, aveuglément confiance au système de vannes automatiques dit Blowout Preventer qui n'avait jamais été testé à de si grandes profondeurs et pour d'aussi fortes pressions (notre image).

Enfin, en cas de catastrophe, il apparaît que les lignes de commandement, déjà confuses en période normale, s'affolent complètement et perdent toute efficacité.

Il résulte de tout ceci que dans les sites ou les situations à risques, avant que les catastrophes ne se produisent, un processus dit de « group thinking » ou de pensée conforme s'installe, si bien qu'aucune voix ne peut se faire entendre pour critiquer les solutions en place ou suggérer des alternatives. La volonté des états-majors de minimiser les coûts et les délais met de toutes façons les ingénieurs et employés exprimant des doutes dans une situation inconfortable.

Pour terminer cette évocation des réactions humaines face aux risques technologiques, il n'est pas inutile de rappeler ici que les biotechnologies se révèlent aujourd'hui de plus en plus dangereuses. Là encore les équipes de chercheurs pourtant de grande qualification et avertis n'acceptent pas volontiers d'en tenir compte. Les laboratoires de recherche sur les germes pathogènes signalent (ou plutôt ne signalent pas) un nombre croissant d'accidents souvent mortels atteignant des personnels travaillant sur des formes hautement virulentes de E.coli, de méningocoques ou de bacilles de Koch.

Il ne s'agit encore que de risques exceptionnels, mais le développement des recherches sur les virus et bacilles artificiels, destinés soit à la guerre bactériologique soit à la production de divers sous-produits économiquement utiles, va multiplier les risques. De l'avis des personnes travaillant dans les laboratoires concernés, on peut constater les mêmes manques de prudence et d'aptitude à l'évaluation des risques signalés sur les grands sites industriels. Il faudra sans doute attendre un désastre du type de celui du golfe du Mexique pour réagir, à supposer que cela soit possible.
29/05/2010
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Nombre de réaction(s) : 1
Relativisons la pollution américaine
01/06/2010 18:23:44 | Par : jp.baquiast
Observons cependant que tout le vacarme fait autour de la pollution provoquée par BP mériterait d'être relativisé. L'estimation de la fuite par BP est de 5000 barils/jour soit 210.000 gallons soit 800.000 litres soit 800 tonnes, si nos calculs sont exacts. En fait elle serait d'au moins 1.000 à 2.000 tonnes. Soit en 30 jours, 30.000 à 60.000 tonnes, autrement dit 1 Erika. Les pétroliers moyens emportent 100.00 à 250.000 tonnes. Si l'on compare la superficie du Golfe du Mexique à celle de la mer d'Iroise, on peut en effet relativiser.
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