Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Obama noyé dans le pétrole

A l'heure où nous écrivons ceci (27 mai 16h GMT), BP annonce grâce au succès de l'opération dite « Top kill » avoir colmaté la fuite de pétrole ayant suivi l'explosion à bord de la station d'exploitation pétrolière BP Deepwater Horizon. On verra ce qu'il en sera. Il n'empêche que la tactique suivie par l'administration Obama dans cette affaire est et sera de plus en plus critiquée.

Cette tactique consiste à dénier toute responsabilité au gouvernement fédéral et à charger BP de la responsabilité, tant du désastre que de sa réparation. Son efficacité, au départ, dépendait de la rapidité avec laquelle BP réglerait le problème. Cela n'a pas été le cas. Une catastrophe écologique présentée comme sans précédent se développe dans le golfe du Mexique et sur les côtes adjacentes.

L'attitude d'Obama paraîtra logique.  Nous vivons dans un monde privatisé à outrance, aux mains du corporate power. Les catastrophes causées par le corporate power doivent être combattues et résorbées par lui. Cependant, le fait qu'Obama ait refusé de diriger l'action des services publics dans cette affaire  (l' U.S. Coast Guard, l' U.S. Army Engineers Corps notamment ) paraît de moins en moins justifié, même si ces services publics eux-mêmes ont affirmé n'avoir pas les moyens de BP pour intervenir sur le site.

Malheureusement pour Obama, l'attitude de l'administration dans cette affaire constitue un cas assez édifiant de l'abdication de ses responsabilités dans les questions d'intérêt public. Elle  a le mérite d'éclairer une réalité indiscutable qui est la puissance et la pénétration du corporate power dans toutes les actions perçues comme de la responsabilité de l'Etat fédéral et plus généralement des Pouvoirs Publics. Or devant l'ampleur grandissante de la catastrophe,  le public et divers relais d'opinions acceptent de moins en moins cette réalité et en reviennent à la notion traditionnelle selon laquelle  le gouvernement “élu par le peuple et pour le peuple” est responsable du bien-être de ce peuple, de sa protection, de la protection des conditions environnementales où ce peuple évolue... C'est-à-dire que, de plus en plus, aux côtés de BP, c'est désormais l'administration Obama et Obama lui-même qui sont tenus pour responsables des effets de la catastrophe, et cela malgré puis à cause de la volontaire abdication de leurs prérogatives de puissance publique, même si cette abdication répond à la logique de l'organisation actuelle du système.

Le cas est d'autant plus intéressant et d'autant plus grave pour l'administration Obama que la catastrophe a pris des dimensions apocalyptiques qui ne concernent certainement pas le seul BP. Il s'agit de la destruction de l'environnement, d'une pollution colossale, de l'exposition à ciel ouvert des conséquences de l'exploitation sans frein ni la moindre attention pour les conséquences environnementales et sociales d'une ressource aussi explosive que le pétrole. La destruction en cours du Golfe du Mexique et, bientôt, des régions terrestres qui le bordent, est un fait écologique majeur,  d'ampleur systémique.

A mesure que la catastrophe se développe, grandit la question de savoir à quoi sert un gouvernement si ce gouvernement a laissé s'accomplir une telle chose. Qu'il l'ait fait au nom de la logique du système, et donc selon une réelle logique selon son point de vue, ne fait que transférer la question au plus haut niveau qu'on puisse imaginer... Si un système nous conduit à de telles situations de destruction colossale, que vaut ce système ? Et que vaut le gouvernement qui soutient un tel système et abdique ses pouvoirs pour répondre aux règles du même système ? L'administration Obama est désormais en train de nous faire une étrange démonstration sur la monstruosité du système au sein duquel elle se place, et dont elle entend respecter les règles, pour se laver les mains de toute charge de responsabilité publique... Dans de telle circonstances, Obama risque d'apprendre assez vite qu'il est très difficile de “se laver les mains“, donc de garder les mains propres dans une catastrophe pétrolière de cette importance, face à l'opinion et celle-ci instruite et de plus en plus furieuse de son attitude dans cette occurrence.

Les pouvoirs politiques, à force d'être émasculés et privés de toute substance, ont appris à abdiquer devant la charge de leurs responsabilités fondamentales. L'abdication devant les intérêts pétroliers est une chose, mais le système impose aux Etats d'abdiquer devant de nombreux autres intérêts, aussi puissants et meurtriers, que ce soit aux Etats-Unis, en Chine ou en Europe. Les gouvernements ne pourront pas,  face à la colère des populations,  faire comme s'ils n'y pouvaient  rien. 

PS au 30 mai: Finalement BP n'a pas réussi à colmater la fuite. On ne voit pas par qui et comment ceci pourrait être fait, au moins dans les semaines qui viennent.
27/05/2010
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire