Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser
Les mots clés

01/04/2021 Le Déclic de l'humanisation LA BIPEDIE et… Pourquoi Henri Laborit avait-il raison ?

Nous sommes heureux de republier ici cet article scientifique de notre ami Frédéric Paulus, bien connu de nos lecteurs. Avec nos remerciements. JPB pour Europe Solidaire

Le Déclic de l'humanisation

LA BIPEDIE et... Pourquoi Henri Laborit avait-il raison ?

 

Nous sommes le seul des mammifères à avoir adopté de manière pérenne la bipédie. Et notre organisme se serait codifié génétiquement en fonction  de la pesanteur , c'est-à-dire en fonction des forces gravitationnelles terrestres qui nous plaquent  au sol. L'évolution n'avait pas prévu que des cosmonautes séjourneraient de longues périodes en état d'impesanteur (mot accepté maintenant) comme le fait remarquer fort opportunément le paléoanthropologue Daniel Eric Lieberman, (1) :

« Dans la microgravité de l'environnement spatial qui impose peu de contraintes au squelette, les astronautes perdent de l'os à une cadence rapide et rentrent d'une longue mission avec des os dangereusement affaiblis. Une fois qu'ils ont atterri, il faut souvent les porter pour empêcher les os de leurs jambes de se briser en marchant. La sélection naturelle n'a manifestement pas adapté les humains pour qu'ils vivent dans l'espace...», page 368, (1).

Notre organisme en émergeant « d'une soupe originelle » voici trois milliards cinq cent millions d'année « par hasard et nécessité » se serait différencié jusqu'aux mammifères, ce que nous sommes. Le « déclic » serait que nous, humains, expérimentions la bipédie. On lira avec émotion l'argumentaire plus que plausible du paléoanthropologue Lieberman pour comprendre ce qui nous différencia des grands singes. Ce faisant cet auteur, indirectement, sans connaître les travaux du Professeur Henri Laborit (ses références ne figurent pas dans sa bibliographie, sauf omission de ma part), ce grand chercheur,  récompensé d'un Nobel, donne indirectement raison au Professeur Henri Laborit concernant l'inhibition de l'action, lorsque inlassablement celui-ci disait : « Le cerveau était fait d'abord pour agir ». Les cosmonautes vivent une expérience de confinement, et donc d'inhibition de l'action que nous sommes capables, par ces temps de pandémies, de reconnaître...

Les septiques rétorqueront que la désorganisation du corps se fait en état d'impesanteur et que cette causalité n'est nullement transposable aux préjudices sanitaires engendrés par  l'inhibition de l'action telle que Laborit l'expose dans ses travaux.

Avant de citer une jeune chercheuse (doctorante), Camille Guillermin, qui devrait apporter - voir plus bas - une réponse sans doute définitive, rappelons avec l'expérience de Drachmann relatée par Jean-Pierre Changeux ou Nicole Le Douarin qu'avec la curarisation des muscles, l'on constate  l'atrophie de commandes motrices cérébrales correspondantes jusqu'à interrompre une embryogénèse chez le poulet. La déduction logique en biologie du développement, et de nos jours scientifiquement admise, fut de considérer que les muscles avaient besoin des nerfs et que les nerfs avaient besoin des muscles. (Déjà F. Paulus en 1987).

Cette généralité n'est visiblement pas suffisante pour Camille Guillemin (récompensée par le prix « Impulsion » de la Société Française de Myologie en 2019). Elle cherche à élucider le phénomène de reconnaissance entre les motoneurones et les muscles et leur régénérescence (2). Elle nous donne la réponse qui pouvait être déduite des travaux de Laborit sur l'inhibition de l'action, et donc les inhibitions massives des motoneurones en état d'impesanteur provoquées rapidement et spectaculairement avec les cosmonautes en état d'impesanteur.

La découverte est tellement évidente qu'un esprit engourdi risquerait de ne pas imaginer les conséquences d'une telle logique intime entre nerfs et muscles. Nous avions déjà fait remarquer qu'intuitivement la culture réunionnaise - qui a enduré une période contraignant certains à mettre genoux à terre aux temps de l'esclavage – a forgé une expression codifiée culturellement évoquant un vitalisme évident, en ces termes  : « Quand mi tombe mi lève » (3).

Références :

  1. Daniel E Lieberman, L'histoire du corps humain, évolution, dysévolution et nouvelles maladies, Jean-Claude Lattès, 2015. 
  2. Camille Gullermin Matilde Bouchet, Alain Garcès, Jonathan Enriquez, « Développement et maintenance du système neuromusculaire », pp. 13 à 16, M/S médecine/sciences, décembre 2020, Hors série 2 « Les cahiers de myologie ».
  3. Frédéric Paulus, Une vieille idée neuve : le vitalisme ou « Quand mi tombe, mi lève ! », Frédéric Paulus, Témoignages du 17 août 2018, https://www.temoignages.re/chroniques/di-sak-na-pou-di/une-vieille-idee-neuve-le-vitalisme-ou-quand-mi-tombe-mi-leve,93705

Frédéric Paulus, CEVE (Centre d'études du Vivant Europe), le 01/04/2021.

01/04/2021
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire