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La crise de l'euro

Nous publions ici dans l'ordre 3 réactions successives de Joseph Leddet, concernant les scénarios actuels de sortie de crise. Europe Solidaire

1. 10 mai 2010.

Sauvetage grec : mieux vaut tard que jamais ...

Le plan de soutien de la zone « euro », rendu public dans la nuit de dimanche à lundi, prévoit :
-    la mise en place d'un « fonds d'urgence » de stabilisation européen doté de 60 milliards d'euros, complété par des soutiens bilatéraux intra-européens à hauteur de 440 milliards, plus 250 milliards fournis par le FMI (soit 750 milliards au total) ;
-    la réactivation des mécanismes d'échange (swaps) de devises entre banques centrales, tels qu'ils avaient été instaurés en 2007/2008 dans la première phase de la crise financière ;
-    enfin, la BCE s'autorise à acheter en direct de la dette publique dans la zone « euro ».

Cette dernière mesure, en principe interdite par les statuts de la Banque, constitue de fait une arme de défense nucléaire contre les attaques spéculatives ; et si elle avait été prise dès janvier pour la Grèce, nous n'en serions pas là aujourd'hui ...
En tout cas, les marchés boursiers repartent à la hausse ce lundi matin, et le mouvement devrait s'amplifier dans les jours à venir.

En conclusion, à quelque chose malheur est bon : le fonds de stabilisation et les aides bilatérales reviennent à renforcer la solidarité entre pays européens, solidarité sérieusement mise à mal depuis quelques mois ; et c'est certainement là, en définitive, une très heureuse conséquence de ce mélodrame grec : « Europe is back ! ».

2. 12 mai 2010
Rappel du plan de soutien européen

                                        
Deux jours après l'annonce surprise, dans la nuit de dimanche à lundi, du plan massif de soutien financier pour la zone « euro » (750 milliards + action concertée des Banques centrales + intervention de la BCE sur la dette des Etats), quels commentaires nous viennent à l'esprit ?
Dans notre billet de lundi matin (« Sauvetage grec : mieux vaut tard que jamais ») nous nous félicitions et de l'action directe de la BCE sur la dette des Etats, et du retour à une vraie solidarité européenne.
Ces deux points apparaissent essentiels, sachant que -précision utile- la BCE s'autorise à acheter en direct des titres d'Etat (ainsi que des titres privés) européens, mais uniquement sur le marché secondaire ; cela ne change pas grand-chose en fait, dans la mesure où la Banque devient officiellement le prêteur en dernier ressort des Etats et des grandes entreprises.

Impact du plan

Côté impact, ce plan a été très  apprécié par les marchés, le CAC 40 bondissant de près de 10% lundi pour finir en léger recul (-0,70%) hier ; de même, après une hausse lundi, le marché américain clôture plus ou moins à l'équilibre hier, ce qui n'a rien d'anormal.
Et les titres d'Etat grec à 10 ans ont vu leur taux chuter brutalement de 15% (vendredi) à 6% (lundi) : ceux qui ont suivi notre conseil (acheter de la dette grecque) auront gagné + 50% sur le week-end.
Et pour le reste ? Nous restons confiants sur l'orientation haussière des marchés, tant boursiers qu'obligataires, avec bien sûr quelques corrections techniques en cours de route.

L'euro ce héros

Une conclusion évidente de ces péripéties est que l'euro aura joué un rôle extrêmement positif dans cette crise, assumant la fonction de bouclier protecteur pour l'économie et  la finance européennes ; imaginons un seul instant ce qui se serait passé si nous en étions encore à la drachme, à la lire, à la peseta et au franc français : l'Europe volait en éclats, minée par une salve de dévaluations sauvages.
C'est pourquoi il semble curieux d'avoir pu lire, au fil de la crise, à la une de journaux aussi sérieux que « Le Monde », « le Figaro », « La Tribune » ou « Les Echos », des titres du genre  « l'euro menacé », « il faut sauver l'euro »,  « plan de sauvetage de l'euro », « euro, le grand soulagement »...à croire que les journalistes ne comprennent rien au marché des changes.
En fait jamais un seul instant l'euro n'aura été en danger depuis le début de la crise grecque ; il a simplement poursuivi son mouvement de baisse amorcé début décembre 2009, pour se rapprocher de sa valeur économique (parité de pouvoir d'achat) estimée à 1.20 dollar (environ 5.50 francs français, soit sa valeur de naissance en janvier 1999); et c'est une très bonne chose pour les exportations européennes.
Ce qui était en danger, par contre, c'était la solvabilité de l'Etat grec, avec notamment toutes ses répercussions sur le secteur bancaire, et par là-même la confiance envers les marchés boursiers et obligataires : ce point est réglé pour l'instant.

BCE et Bundesbank

En prenant du recul et en analysant la politique de la BCE depuis son démarrage, début 1999, force est de constater que la BCE n'est rien d'autre qu'une Bundesbank européenne, arcboutée sur les vieux principes de rigueur, d'orthodoxie, de restriction et de lutte contre l'inflation ; en fait, son vrai patron n'est pas M. Trichet, mais M. Weber, président de la Bundesbank et représentant de l'Allemagne au Conseil de la Banque centrale.
Cela est apparu clairement lors de la crise grecque, qui a failli -du fait de l'intransigeance allemande relayée par la BCE- déboucher sur une catastrophe totale ; il convient à cet égard de rendre hommage à l'action décisive de M. Sarkozy, qui en ces circonstances exceptionnelles et avec l'appui de M. Obama, a été parfaitement à la hauteur de la situation pour faire évoluer in extremis la position de nos voisins d'outre Rhin.
Malheureusement pour la suite, c'est certainement M. Weber qui remplacera M. Trichet à l'automne 2011 à la tête de la BCE : le gardien du temple germanique risque ainsi d'imposer de plus belle une politique de rigueur en Europe, à la limite du possible.

Malthus contre Keynes

En effet, le hic du plan de soutien est qu'il s'accompagne de sévères mesures de restriction, en vue  principalement de rééquilibrer à un terme rapide les finances publiques des Etats membres, en premier lieu  la Grèce.
Outre les conséquences sociales incontrôlables que peut entraîner une telle politique ( poussée à l'extrême pour la Grèce, du style FMI en Argentine au début des années 2000 ; on se demande à vrai dire pourquoi le FMI a tenu avec l'Allemagne à imposer cette vieille potion  humiliante et inapplicable à nos voisins hellènes), elle nous semble également tout à fait contre-productive sur le plan économique, car pour repartir l'économie occidentale a besoin d'argent ; or le système bancaire, bien qu'arrosé depuis deux ans et demi par les Banques centrales de milliers de milliards d'euros ou de dollars, réduit en pratique son encours de prêts aux agents économiques (entreprises et ménages), et les mesures restrictives sur les budgets publics vont encore accentuer ce phénomène de repli de l'économie réelle.
Nous pensons au contraire qu'il faut faire l'inverse : que les Banques centrales, tout comme elles l'ont fait pour les banques, déversent en direct des masses d'argent sur l'économie de base (entreprises et ménages), par exemple à hauteur de 5% du PIB mondial (soit de l'ordre de 2500 milliards d'euros au niveau mondial). Cet argent, apparenté à un don (ou à un prêt sans intérêt remboursable in fine à une très longue échéance) permettrait à la machine économique planétaire de repartir d'un bon pied, tout comme l'eau que l'on verse dans une pompe manuelle pour l'amorcer.
Et que l'on ne nous rétorque  pas que cela va relancer l'inflation : avec de grosses devises comme l'euro ou le dollar, et le changement de comportement des consommateurs (toujours acheter moins cher) comme des producteurs (toujours offrir de meilleurs biens et  services pour moins cher), elle a aujourd'hui définitivement disparu.
A bas Malthus, vive Keynes ! C'est lui qu'il nous faut suivre aujourd'hui !

Conclusion

Nous sommes à présent à la croisée des chemins : une remarquable avancée s'est opérée grâce au plan européen du 10 mai; il ne faudrait pas qu'elle soit par la suite tuée dans l'œuf par une attitude doctrinaire restrictive et contraire à l'intérêt général.

   
3. 19 mai 2010.  Sortie de crise (acte III)
(les Allemands ne veulent rien entendre ...)

Des craintes qui se révèlent fondées

En conclusion de notre deuxième note, nous écrivions qu' « il ne faudrait pas que (cette remarquable avancée) soit par la suite tuée dans l'œuf par une attitude doctrinaire restrictive et contraire à l'intérêt général ». C'est malheureusement ce qui semble de passer dès à présent, avec la position très carrée de l'Allemagne, qui  insiste sur la nécessité de mesures d'accompagnement draconiennes, voire irréalistes, et qui vient de demander l'interdiction de vente à découvert des titres d'Etat européens (ce qui risque de geler le marché). Par ailleurs, M. Weber, président de la Bundesbank et futur président de la BCE, aurait récemment déclaré que, lorsqu'il serait titulaire du poste, il stopperait le rachat d'obligations d'Etat par la Banque (ce qui renforcera automatiquement la méfiance sur la zone « euro »).
En tout cas, le résultat est là, et ces derniers jours, les marchés boursiers sont retombés illico en capilotade ...

La Banque Centrale Européenne n'est ni indépendante ni au service de l'Europe

L'indépendance de la BCE, instituée par le traité de Maastricht et confirmée par la Constitution européenne, est une excellente chose dans son principe ; mais en pratique, elle s'avère plus un inconvénient qu'un avantage, et ce à un double titre : la Banque n'est pas indépendante dans les faits, et elle n'est pas au service de l'Europe.
D'une part en effet la BCE n'est pas indépendante : elle n'est en réalité que le prolongement naturel de la Bundesbank, et son vrai patron n'est pas M. Trichet, mais M. Weber ; ce fait apparaît clair comme de l'eau de roche à la lumière des péripéties  de la crise grecque ; et même si, grâce à l'action énergique de M. Sarkozy soutenu par M. Obama, elle a lâché récemment un peu de lest, ses atavismes traditionnels reprennent vite le dessus (cf. supra).
D'autre part, et c'est dans la même logique, la BCE n'est pas au service de l'Europe ni de la zone « euro », car elle se veut avant tout la gardienne d'une doctrine périmée, éculée, consistant à affirmer le primat de la lutte contre l'inflation et du retour aux stricts équilibres budgétaires. Or, en période de crise de confiance des agents économiques et financiers, et de  pénurie de liquidités, une telle attitude est proprement suicidaire.

Pour une réforme des institutions

Que faire donc ? Tout simplement profiter de ce moment de crise intense pour proposer, au plus haut niveau des instances européennes, une révision des Traités, dans le sens suivant :
*   la BCE est désormais placée sous la tutelle du pouvoir politique communautaire, à savoir le Conseil européen (réunion des chefs d'Etat et du président de la Commission européenne) ;
*   sa mission première est de contribuer au développement économique harmonieux de la zone « euro ».

Ainsi, pourquoi donc la FED dépend-elle de l'Etat américain, de même que la Banque du Japon relève de l'Etat japonais et la Banque d'Angleterre de l'Etat britannique, alors que la BCE, elle, ne dépend officiellement de personne ? C'est une totale aberration !
Par ailleurs, cette lubie de lutter contre l'inflation fait penser au combat pathétique de Don Quichotte contre les moulins à vent ; disons-le une bonne fois pour toutes : avec les grosses devises comme le dollar, l'euro ou le yen (qui représentent les trois quarts de la masse monétaire mondiale) et la mondialisation toujours plus poussée des économies, l'inflation a aujourd'hui définitivement disparu. Il importe donc que la Banque se donne de nouveaux objectifs, à la hauteur de son extrême puissance ; à cet égard, le soutien des économies de la zone « euro », au besoin par l'arrosage systématique des agents économiques et des Etats en monnaie sonnante et trébuchante, nous apparaît comme un objectif digne de ce nom, qui de plus réconciliera l'Europe politique avec ses concitoyens.

Conclusion

M. Sarkozy a joué un rôle très positif et très efficace lors du week-end crucial du 8/9 mai ; mais ce n'était là qu'une première étape. Il lui faut à présent transformer l'essai, en ramenant dans le rang, et ce avec l'appui des autres Etats de bonne volonté, la Banque centrale pour la remettre au service de l'Europe ; ce n'est sans doute pas là une mince affaire, mais c'est par contre un challenge véritablement essentiel.


   
20/05/2010
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