Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

La Chancelière Merkel donne une leçon de courage aux Européens

Devançant tous ses homologues, notamment Nicolas Sarkozy, qui parlait à tout va de réglementer les marchés financiers spéculatifs sans rien faire jusqu'à présent de précis, Madame Merkel a donné au monde et à l'Europe une double leçon: affirmer que l'Allemagne croyait en l'euro et en l'Europe, montrer qu'elle était décidée seule, si les autres ne s'engageaient pas, à lutter contre les formes les plus destructrices de spéculation.

Le Bafin, le gendarme de la Bourse allemande, a interdit, à partir de mercredi 19 mai et jusqu'au 31 mars 2011, les ventes à découvert "à nu" sur les emprunts d'Etat de la zone euro et sur certains types de CDS ("redit default swaps", soit des titres de couverture contre le risque de faillite d'un pays ou d'une entreprise).

Les ventes à découvert sont des mécanismes financiers très pratiqués qui permettent de parier sur les variations de valeur d'un titre, avant que celles-ci ne se soient produites. La vente à découvert "simple" permet à des opérateurs de vendre des titres qu'ils ont empruntés avec l'espoir de les racheter plus tard à un moindre prix. La deuxième pratique dite "vente à découvert 'à nu'", permet de vendre des titres sans même les avoir empruntés auparavant. Lorsque les spéculateurs, comme ils le font actuellement, parient sur la baisse des emprunts des Etats, ils encouragent sinon provoquent directement cette baisse.

Plusieurs pays européens encadraient déjà la vente à découvert "simple" d'actions. Nous sommes de ceux qui pensent que cette mesure devrait être généralisée. Mais elle s'impose encore plus dans le cas des emprunts d'Etat et des CDS associés. Il suffit en effet que de grands opérateurs vendent des obligations d'Etat en nombre suffisant, dans l'espoir de provoquer leur baisse afin d'en profiter, pour que le mouvement se généralise. L'opinion en déduit que la crédibilité des Etats concernés est de plus en plus contestée, ce qui ne fait que renforcer les difficultés de ces Etats à se procurer des crédits. Dans les cas extrêmes de tels mouvements pourraient devenir si importants que le fond d'intervention de 750 milliards mis en place au niveau européen ne pourrait pas intervenir comme prévu afin de sauver la stabilité de la zone euro.

Angela Merkel a voulu montrer à ses électeurs qu'après avoir été réticente face à la création de ce fonds, elle jouait finalement le jeu, mais en faisant en sorte que le plan soit suffisamment efficace – ce qui n'aurait pas été le cas si l'on avait laissé la spéculation proliférer. Il est tout à fait anormal que le gouvernement français n'ait pas eu lui même cette initiative, en accord avec l'Allemagne. Il est encore plus anormal qu'aujourd'hui mercredi soir, alors que la décision allemande a été annoncée dans la journée, qu'il n'ait pas rejoint la position allemande, en exhortant les autres Etats à faire de même. Laisser l'Allemagne s'engager seule a pour effet d'encourager la spéculation à partir des autres places et donne par ailleurs une triste image de la coopération entre les grands Etats de la zone euro. 

Devant le Bundestag ce jour, Angela Merkel  a eu des propos que nous aurions aimer entendre non pas à l'Assemblée nationale française, qui regarde ailleurs, mais au moins à l'Elysée: « l'Europe doit imiter l'Allemagne pour "sauver l'euro". "L'euro est en danger, et si nous ne nous prémunissons pas contre ce danger, les conséquences pour l'Europe seront incalculables et les conséquences au-delà de l'Europe seront incalculables", a-t-elle déclaré. "Si l'euro échoue, l'Europe échoue".

Madame Merkel  a également appelé l'Union à introduire sa propre taxe sur les transactions financières si le  G20 ne parvenait pas à s'entendre en juin sur le sujet. "Si nous n'obtenons pas un accord là-bas (...) nous aborderons l'organisation au niveau européen d'une contribution du secteur financier, afin que les gens aient le sentiment d'une certaine justice".
19/05/2010
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 1
L'ouvrier de la 11e heure
20/05/2010 11:05:06 | Par : Alain
" Lorsque l'Allemagne s'éveillera, l'Europe existera " pourrait-on paraphraser. Sauf que si la mesure est juste, la méthode ne l'est pas. L'Europe ne peut se faire que dans la concertation permanente entre les Etats membres, et prioritairement entre l'Allemagne et la France. Tel n'a pas été le cas.
N'oublions pas trop vite aussi que la crise financière et monétaire de l'Euroland s'est considérablement aggravée du fait des tergiversations germaniques pendant près de trois mois.
Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire pour un ouvrier de la onzième heure.
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire