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Rapidement un fédéralisme européen

Les trois semaines qui viennent de s'écouler, du 26 avril au 14 mai, ont été très agitées pour l'Union européenne et plusieurs Etats membres. Les médias, manipulés ou non par les intérêts pouvant souhaiter l'effondrement de l'Union et, dans un premier temps, ce qui reviendrait au même, celui de l'euro, ont fait grandir les inquiétudes.

 Il faut rappeler que pour les spéculateurs les situations à risques sont les plus favorables. Quant aux Etats non européens, à commencer par les Etats-Unis, nombreux continuent à ne pas souhaiter particulièrement voir s'établir une puissance européenne rivale de la leur. Paul Volker, il est vrai mollement rappelé à l'ordre par Barack Obama, vient de nous en faire souvenir.

Nous sommes de ceux pour qui la crainte de voir se dissoudre l'Union européenne ou simplement l'union monétaire établie autour de l'euro relève du fantasme. Trop de choses ont été investies dans ces deux institutions, quelles que soient leurs faiblesses actuelles, pour que le risque soit sérieux.  Au reste d'ailleurs, comme le rappelle notre ami Joseph Leddet dans sa brève d'actualité (sauvetage grec, mieux vaut tard que jamais) les Etats ont décidé il y a déjà une semaine de faire un geste, dans un premier temps, pour soutenir la zone euro. On objecte aujourd'hui que ce plan de sauvetage est insuffisant pour « rassurer les marchés». Ceux-ci en effet ne craindraient plus que les Etats les plus endettés ne puissent faire face à leur dette souveraine. Ils craindrait l'atonie économique voire d'éventuels troubles sociaux pouvant résulter des mesures de réduction des dépenses publiques envisagées à l'unisson. Celles-ci engageraient en effet l'Europe toute entière dans des années de croissance molle, sinon de stagflation. La perspective ne serait pas encourageante pour les investisseurs. D'où parait-il les chutes enregistrées par les Bourses ces derniers jours.

Sans raisonner nécessairement comme les marchés, nous ne pouvons pour notre part que rejoindre la crainte de voir l'économie européenne et avec elle ce qu'il faut bien appeler la civilisation européenne,  entrer dans des périodes durables de perte de puissance. Les gouvernements européens qui hésitent encore à prendre de véritables mesures positives de redressement, dans un monde où les  grands Etats et super-Etats investissent pour se donner les technologies et les connaissances nécessaires à leur affirmation géo-stratégique, prennent des responsabilités telles qu'ils mériteraient un remplacement immédiat par des dirigeants plus offensifs.

Nous avons plusieurs fois répété sur ce site ce que disent de plus en plus de bons esprits, sans être entendus. La question à résoudre par l'Europe ne tient pas à l'ampleur de la dette mais à l'inexistence de plans massifs d'investissements à court, moyen et long terme,  dans les domaines d'avenirs. Ceux-ci sont archi-connus, de plus en plus explorés par nos rivaux non-européens: technologies de substitution aux vieilles énergies et aux  vielles industries, recherches avancées, généralisation de la formation universitaire de 3e cycle, etc. Nous y ajoutons pour notre part la relance de grands programmes plus que jamais mobilisateurs, tels ceux relatifs à la toujours d'actualité « conquète spatiale ».

Ceci ne pose pas de problèmes de financement, mais seulement de volonté politique. Dans notre article plaidant pour la mise en place d'un fonds stratégique européen (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=446&r_id=) nous avions indiqué que le mille milliards d'euros annuels à mobiliser pour ce faire devrait être collectés non auprès des fonds souverains ou des investisseurs internationaux non européens, mais auprès des citoyens de l'Europe qui en auraient largement les moyens, si les gouvernements se montraient capables de leur offrir des modalités sécurisés de placement.

Ceci ne devrait pas dire que les gouvernements ne devraient pas, pour compenser de tels investissements, rechercher les moyens de lutter contre des dépenses inutiles. Rappelons cependant que si certaines économies peuvent prendre la forme d'une petite réduction des dépenses liées aux salaires et pensions de la fonction publique, elles devraient pour l'essentiel consister à faire disparaître les quelques 40% (sinon d'avantages) d'activités économiques prenant une forme souterraine et souvent maffieuse sinon criminelle. Mais pour cela, il ne faudrait pas réduire le nombre des fonctionnaires attachés au contrôle et à la répression. Il faudrait au contraire l'augmenter, en donnant à ces agents les possibilités légales et pratiques de faire leur métier.  

Plus généralement, comme le laisse entendre le titre du présent éditorial, permettre à l'Europe d'exister vraiment au 21e siècle ne sera pas possible sans la mise en place d'un véritable pouvoir fédéral. Ceci ne se fera pas en un jour ni sans résistances, mais la chose  on peut l'espérer, apparaîtra de plus en plus inéluctable. Les quelques amorces de gouvernement économique de la zone euro actuellement engagées sont bien insuffisantes à cet égard. Il faudra nécessairement, soit par la voie des traités soit à défaut et en attendant par celles de coopérations vraiment renforcées et structurées, créer un budget européen regroupant au moins la moitié des dépenses publiques actuelles, sans mentionner le fonds stratégique évoqué ci-dessus. Il faudra instituer un véritable pouvoir parlementaire européen face à un véritable exécutif. Il faudra enfin prendre les textes d'harmonisation rendant possible la gestion économique, financière et sociale de l'ensemble ainsi institué, sur une base harmonisée entre les Etats.

Si la situation de l'Europe continuait à se détériorer face aux autres grandes puissances, ces mesures finiraient peut-être par être jugées indispensables. Mais il serait dommage d'en arriver là pour s'y résoudre. L'avenir de l'Europe serait changé si les dirigeants politiques, les oppositions et les média  proposaient  rapidement de s'entendre sur les perspectives indiquées ci-dessus. Alors les opinions européennes, trop vite qualifiées d'irresponsables, du fait du poids de « retraités » supposés égoïstes ou de jeunes générations prétendues irresponsables, changeraient-elles vite. Une véritable mobilisation de salut public autour de grands projets serait alors envisageable. Il est très triste que les responsables actuels, dépassant leurs petits intérêts et égoïsmes, ne l'aient pas encore compris.
15/05/2010
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Nombre de réaction(s) : 1
Merci de cette remise en perspective
15/05/2010 15:05:16 | Par : Daniel Lenain
Il est toujours étonnant de voir qu'en dehors de quelques rares personnes dotées de sens européen et simplement de bon sens, vous soyez les seuls à tenir un tel discours. En tous cas, merci.
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