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Siècle bleu, roman, par Jean-Pierre Goux

Editeur JBZ&ie, Paris Avril 2010
Nous avons eu la très agréable surprise, en découvrant le livre de Jean-Pierre Goux, d'y trouver sous une forme romancée une synthèse extrêmement savante et habile d'une grande quantité des connaissances et des problématiques que nous exposons de notre côté sur nos divers sites. Il s'agit de questions souvent difficiles, que nous essayons de présenter de notre mieux, mais sans être toujours certains de pouvoir y intéresser ceux qui nous lisent.

Or tout auteur d'articles scientifiques ou politiques, (plus exactement d'articles politico-géostratégiques) souhaiterait avoir le temps d'en faire connaitre les contenus à des lecteurs que la forme un peu académique qu'il est de mise d'utiliser sur de tels sujets rebuterait. Il rêve donc d'écrire des romans dont le suspense dramatique attirerait un public  jusque là non touché. Mais écrire un roman bien fait, de plus de 430 pages,  comme l'est Siècle bleu (un deuxième tome serait en préparation) nécessite beaucoup de travail. En ce qui me concerne, suivre et commenter l'actualité scientifique et politique, écrire de temps en temps un essai,  suffit largement à employer mon propre temps de cerveau. Je n'ai malheureusement pas de temps pour le roman.

D'autres auteurs prennent ce temps, mais le résultat n'est pas toujours convaincant, même si  les livres ainsi produits obtiennent parfois un fort tirage. Il faut dire que l'art en ce domaine est difficile, en termes tout au moins d'un minimum de respect de la vraisemblance scientifique et de l'objectivité souhaitable de la science. L'auteur doit d'abord éviter, sous prétexte de science-fiction, d'évoquer des thèmes auxquels il n'a pas compris grand chose ou que, pire, il déforme volontairement pour tenter de séduire le lecteur.

Chacun est évidemment libre d'inventer une science qui n'existe pas, ou dont les bases seraient artificiellement déformées, mais dans ce cas, il ne peut pas prétendre porter un message scientifique. En termes de critique scientifique, ou sous l'angle de la philosophie des sciences (épistémologie), lire de tels ouvrages et tenter le cas échéant de rectifier leurs erreurs serait une occupation à plein temps.  Nous en avons eu un exemple récent à propos du film Avatar semblant remettre en cause le darwinisme. Nous avions jugé utile de publier  quelques mises au point, mais un tel travail critique ne peut devenir notre activité principale. Or, avec Siècle Bleu, le besoin ne s'impose pas car dans l'ensemble, les références concernant l'état actuel de la science et de la technologie nous ont paru toujours exactes et précises. L'auteur nous a confié avoir suivi notre site depuis sa fondation en l'an 2000. Ceci explique-t-il en partie cela?
 
Une autre tentation guette l'auteur de romans se présentant comme d'anticipation scientifique. Elle consiste à réécrire la science pour la rendre compatible avec les croyances politico-religieuses dudit auteur (ou de ceux qui financent son travail). Chacun est libre évidemment de croire ce qu'il veut, mais un minimum de déontologie consisterait à ne pas cacher une volonté d'endoctrinement idéologique sous  des arguments pseudo-scientifiques qui seront pris  au pied de la lettre par des lecteurs insuffisamment avertis. Les exemples de telles distorsions abondent. Bornons nous à citer le défunt Michaël Crichton. Le très grand succès populaire de ses livres, fort bien écrit certes, ne peut pas ne pas susciter de malaise vu les distorsions idéologiques de la réalité des sciences sur lesquelles reposent leurs arguments dramatiques.

Ceci ne veut pas dire que l'auteur d'un bon roman scientifique ne devrait pas avoir d'opinions politiques, relatives notamment à l'évolution du monde actuel. Mais, selon nous, là encore, ces opinions ne devraient pas justifier de distorsions trop grandes de la réalité actuelle des sciences et des techniques. Beaucoup d'auteurs de fiction, aujourd'hui, défendent des thèses très honorables en matière de décroissance et de protection de l'environnement. Mais cela ne justifie pas  de faire des sciences émergentes (robotique, infotechnologie, biotechnologie, etc. ), ni des épouvantails propres en à détourner définitivement le public ni à l'inverse, des solutions universelles à tous les problèmes. Procéder ainsi  contribue à l'arriération mentale de ceux qui n'ont pas les moyens  de juger de telles questions par eux-mêmes.

Or là encore, il nous semble que Siècle Bleu échappe à ce défaut. Certes, Jean-Pierre Goux a des idées bien précises sur les reproches que l'on peut faire à la société actuelle et sur la façon dont il faudrait, pour tenter d'y remédier, adopter de nouveaux comportements politiques, économiques et technologiques, mais il ne s'en prend pas pour autant directement aux scientifiques ni aux produits actuels ou prévisibles de la science et de la technique. Nous n'avons donc pas en le lisant l'impression d'être associé à notre insu à de quelconques règlements de compte.

Une démarche qu'il  sera intéressant de poursuivre

Nous n'allons pas ici résumer l'intrigue romanesque ni présenter les personnages. Disons seulement que nous y trouvons une bonne illustration des méthodes qu'utilisent pour faire face à la crise systémique actuelle, les Etats, les entreprises mais aussi les citoyens. En simplifiant beaucoup, nous dirions que la première méthode est celle des grands programmes technoscientifique d'arrière plan régalien, c'est-à-dire reposant sur l'appui des puissances publiques. L'exemple le plus évident en est donné par les projets d'exploration spatiale qui continuent, malgré l'apparent coup d'arrêt donné par l'actuelle Administration américaine, à focaliser une grande partie des ressources scientifiques et techniques dans les grands pays émergents. Mais on peut trouver d'autres exemples de tels grands programmes, concernant par exemple les énergies, nucléaire ou renouvelables, dans lesquels rien ne se fera sans une implication forte des Etats. Pour Jean-Pierre Goux, ces grands programmes, déclinés sous forme de filières technologiques, sont indispensables (nous dirions pour notre part inévitables) et ceux qui veulent survivre dans le siècle en cours se doivent d'y figurer, quelques que soient les sacrifices à consentir.  

Mais en contrepoint, Siècle Bleu nous illustre la seconde méthode qui devrait permettre de sortir de l'enfermement crisique actuelle. Il s'agit de favoriser un environnement d'encouragement systématique aux initiatives déstabilisatrices. Les  unes engageront la lutte contre les abus inévitables des Etats et des grandes entreprises notamment lorsque ces acteurs mus par la recherche immédiate du profit et du pouvoir s'en prendront directement à la vie et à l'environnement terrestre actuel. A cet égard, le livre nous présente en termes sympathiques ce que nous sommes nous-mêmes tentés d'approuver, les initiatives d'organisation pratiquant l'éco-terrorisme. Ainsi fait-il  allusion à l'ONG Sea Sheperd Conservation Society (http://en.wikipedia.org/wiki/Sea_Shepherd_Conservation_Society), qui engage le combat contre les pilleurs des ressources halieutiques, au premier rang desquels se trouve le Japon, mais aussi la Norvège. Certes beaucoup de ces ONG chercheront à se faire une place en s'en prenant aux grands programmes évoqués au paragraphe précédent, le nucléaire en premier lieu. Mais pour l'auteur, autant que nous l'ayons compris, il s'agit d'un prix à payer pour assurer l'indispensable « développement chaotique » du monde multipolaire.

D'autres initiatives déstabilisatrices, illustrées par l'auteur, seront plus directement créatrices. Elles consisteront à encourager tous ceux, associations, collectivités locales, chercheurs, qui décideront d'investir localement, fut-ce à très petite échelle, dans la mise au point de solutions techno-comportementales susceptibles de changer les modes de vie, que ce soit au plan des consommations ou des productions ou au  plan des emplois du temps, temps des corps et temps des cerveaux. Le livre commence par le rappel de l'initiative qui dans la réalité a malheureusement fait long feu, dite Biosphère 2. (http://en.wikipedia.org/wiki/Biosphere_2 ). Bien d'autres solutions de ce type sont évoquées dans le cours du récit.  Tous les laboratoires disposant de chercheurs riches en idées mais pauvres en crédits devraient se trouver mobilisés par un encouragement à de tels investissement, relevant de ce que l'on nomme en anglais la Blue Sphere Research.

Conclusion et suites possibles

Nous nous en tiendrons là dans cette première présentation. Résumons le propos en disant qu'il s'agit d'un travail de la plus haute importance quant aux perspectives d'avenir. Il faut saluer non seulement l'auteur mais l'éditeur qui semble avoir fait l'effort de diffusion nécessaire. Nous aurons certainement dans la suite l'occasion de discuter, avec Jean-Pierre Goux ou d'autres personnes intéressées par ces questions, les suites susceptibles d'être données aux problématiques scientifiques et géostratégiques évoquées, notamment au niveau de l'Europe qui en aurait bien besoin.
25/04/2010
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