Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Visite en France du Premier ministre turc et suites possibles

Les gens raisonnables, comme je le suis moi-même (nul n'en disconviendra, j'espère) sont impressionnés par les arguments des défenseurs de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, dont le sympathique journaliste de France Inter Bernard Guetta se fait régulièrement le champion.

La Turquie, disent-ils, qu'elle soit ou non membre de l'Union européenne, sera inévitablement dans les années à venir un pôle de modération et d'équilibre entre les Européens, les Russes, les pays méditerranéens du Sud, les régimes arabes du Moyen Orient, l'Iran, les turbulentes « Républiques » d'Asie Centrale (voir pour les détails peu connus de celle-ci notre carte ci-dessus) , sans doute aussi l'Irak et l'Afghanistan. Ajoutons pour compléter la liste le Pakistan et pourquoi pas la Chine. Dans ce cas, elle nous sera plus utile au sein de l'Union qu'à l'extérieur.

En quoi sera-t-elle cependant un pôle de modération et d'équilibre?  Certainement oui au plan géopolitique traditionnel. Elle apportera nécessairement une force d'arbitrage dans les conflits larvés qui jusqu'à ces derniers temps opposaient les Américains et les Russes pour le contrôle du Moyen Orient, sous l'oeil impuissant des Européens. Elle sera aussi un pôle d'équilibre, au plan économique, entre les pays occidentaux encore relativement riches ou les pétro-pouvoirs d'une part, et des pays du Moyen-orient ou d'Asie centrale aussi pauvres que  le sont encore les campagnes turques profondes. La Turquie moderne, décidée à développer ses atouts économiques et politiques en favorisant la coopération, à son profit, des puissances économiques gravitant autour d'elle, offrira sans doute un modèle qui séduira les partisans encore nombreux du néo-libéralisme.  

Mais qu'en sera-t-il au plan de la démocratie politique, de la laïcité, du droit des femmes et autres valeurs auxquelles les Européens demeurent, semble-t-il attachés. Le modèle d'islam dit modéré qu'elle propose ne peut en aucun cas servir de référence aux Européens – ceci d'autant plus que rien ne nous garantit qu'il ne vire progressivement vers des formes plus conquérantes de type salafiste. D'ores et déjà, la Turquie entretient des manifestations d'islamisme culturel et politique dont elle assure activement la propagation en Europe. Nous avons déjà mentionné ici les politiques gouvernementales visant à contrôler la libre parole sur le Web, en faisant triompher la morale et la vertu. Les scientifiques européens, de leur côté, s'étaient émus de voir les établissements d'enseignements inondés d'un manuel  richement présenté défendant le créationnisme.

Ceci n'est qu'un début. Il n'est que citer à cet égard le réseau Fethullah Gülen, qui vient d'ouvrir en France le collège privé Éducactive de Villeneuve-Saint-Georges. Un article du site AgoraVox (http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/fethullah-gulen-un-ayatollah-turc-73244) donne quelques indications sur ce collège et ce réseau. Sans les prendre toutes au pied de la lettre, elles sont assez inquiétantes.  Le collège , je cite « fonctionne en circuit fermé, on n'achète rien aux “étrangers”, d'ailleurs on n'achète rien, puisque tout le nécessaire est fourni ou cédé gracieusement par des hommes d'affaires turcs, y compris les locaux. A part quelques enseignants, et le proviseur recrutés dans un collège catholique, tous les responsables d'Éducation sont d'origine turque, des “éclaireurs” ascètes qui vivent souvent dans des appartements collectifs, appelés “maisons de lumière” ou ils débattent, prient, puisent leur source et trouve la force de la “lumière” de leur Maître de pensée, Fethullah Gülen ».  « Après les émeutes de 2005, le Maître ordonna à ses disciples, d'investir dans l'éducation de cette jeunesse rebelle, en France. Depuis, des centres d'études et des cours du soir sont à l'oeuvre à Pantin, Montfermeil, Venissieux, Strasbourg. Et ce n'est qu'un début, puisque la confrérie compte mieux faire, d'ici quelques années, afin de promouvoir l'islam ».
 
Elle en a les moyens puisque, selon cet article (dont nous ne povons vérifier les affirmations, cela va de soi), « on suppose qu'elle possède près de 25 milliards de dollars américains comme force de frappe, mais le plus gros de ce lot provient des mécènes inconnus qui payent “cash” pour qu'aucun Etat ne puisse contrôler le flux. Par contre, rien que ses possessions légales en Turquie donnent une idée de son envergure : 56 grosses sociétés composées de chaînes de télés, quotidiens, revues, radios (25 !)... Une société d'Assurance IŞIK (Lumière), une banque Asya Finans, une société de marketing, une chaîne de fondations, trois universités, un hôpital, 200 collèges privés, 460 centres d'études et de cours du soir, 500 cités universitaires, des maisons de “lumière” pour enseignants et élèves dont on ne connait pas le nombre.

«  Dans chaque pays où elle a ses écoles, le quotidien Zaman de la confrérie s'y implante, ainsi qu'une plateforme de citoyens pour faciliter les échanges entre La Turquie et le pays d'accueil, et un syndicat de patrons turcs locaux, affilié à l'organisation. Les établissements de la confrérie ont une qualité d'enseignement parfait. En Turquie l'enseignement religieux est évident, puisque le gouvernement islamiste AKP en est la continuité naturelle et sous le contrôle de la “djemaat”. Dans les autres pays, ni l'islam, ni aucune autre religion n'est mise en avant de la scène, mais l'athéisme et la théorie de l'Évolution, qui sont les mamelles du communisme, y sont débattus souvent et longtemps, pour être mieux terrassés à chaque fois. Dans cet enseignement la neutralité n'est pas de mise non plus, on réconcilie la foi et la science, on a le choix entre le Dessein İntelligent et le Créationnisme et on prime surtout le dialogue interreligieux. Depuis une vingtaine d'années des milliers de jeunes cadres, formés par ces quelques 2000 établissements dans le monde, en sortent dotés d'une rigueur morale à toute épreuve et... turcophiles ».

Les fondamentalismes religieux américains proliférant autour du Parti Conservateur et du nouveau Tea Party font de même pour ce qui les concerne, comme le montrent entre autres les subsides versés de par le monde via diverses fondations, dont la Templeton Foundation,  au profit de la « réconciliation entre la foi et la religion ». Mais est-ce une raison pour que les Européens acceptent de voir leurs pays devenir des plate-formes d'affrontement (ou plutôt de connivence anti-laique) entre ces divers fondamentalismes? . A cet égard, moins la Turquie aura la possibilité de pénétrer de l'intérieur nos institutions, mieux cela vaudra pour la paix civile. D'où les questions que se posent ceux que ne rassure pas son entrée promise dans l'Union européenne.
13/04/2010
Vos réactions
Dernières réactions
Nombre de réaction(s) : 2
Wafa Sultan
13/04/2010 18:39:31 | Par : Bartel
Voilà une femme (psychiâtre d'origine syrienne)ignorée des médias français, comme il en faudrait beaucoup pour contrer les fondamentalistes http://www.dailymotion.com/video/x1elv_2006-02-21-interview-wafa-sultan_news

Chacun dans ses bunkers
15/04/2010 10:21:41 | Par : Michelle
Les actuels ou futurs "conquérants" islamistes de l'Europe ont intérêt à pousser la radicalisation de nos sociétés vers l'extrême droite, comme celle-ci à intérêt à se présenter de + en + comme fournissant led Charles Martel dont nous aurions besoin. Les premiers recruteront massivement dans les banlieues (ou chez les bobos), les seconds chez les ouvriers, employés et classes moyennes, soit 40 à 50 % de la population. Ils en tireront les uns et les autres avantages et profit, aux dépens il est vrai de la paix civile. Mais on peut vivre longtemps dans la guerre civile, chacun barricadé dans ses bunkers. C'est bien ce que montre la Palestine, partagée entre palestiniens et colonies juives.
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire