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12/01/2021 Prévoir de nouvelles pandémies

A juste titre, l'attention des virologues du monde entier se porte sur la pandémie mondiale dite Covid-19 et sur sa cause le Coronavirus Covid-19. Mais il faudrait se préparer à combattre d'autres pandémies, peut-être bien plus meurtrières.

Dans son dernier rapport, en date de décembre 2020 , l'Ipbes  (plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les écosystèmes) observe que plus de 800.000 virus ont été reconnus comme ayant la capacité d'infecter plus ou moins gravement les humains.

Pour le moment ces virus sont dormants, mais à la moindre occasion favorable, ils pourront s'activer et créer des pandémies ayant des effets aussi meurtriers que l'actuelle Covid-19.

Selon Peter Daszak, président de EcoHealth Alliance et de l'atelier d'Ipbes« Il n'y a pas de grand mystère sur la cause de la pandémie de Covid-19, ou de toute autre pandémie moderne. Les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l'expansion et l'intensification de l'agriculture, ainsi que le commerce, la production et la consommation non durables perturbent la nature et augmentent les contacts entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les êtres humains. C'est un chemin qui conduit droit aux pandémies ».

On rappellera que la plupart des nouvelles pandémies virales naissent de zoonoses, c'est-à-dire de la transmission d'agents pathogènes des animaux aux humains Ainsi  ltuberculose [causée par la bactérie Mycobacterium tuberculosis] vient des bovins et s'est propagée à l'humain lorsqu'on a commencé à élever du bétail au Néolithique ».

Aujourd'hui, les bactéries sont à peu près maîtrisées, notamment par des antibactériens et antibiotiques constamment renouvelées et des mesures de distanciation relativement faciles à appliquer. Ce n'est pas le cas en ce qui concerne les virus. On estime à 1,7 million le nombre de virus « non découverts » actuellement présents dans les mammifères et les oiseaux, dont 827.000 pourraient avoir la capacité d'infecter les êtres humains, selon l'Ipbes. Cependant tous n'y arriveront pas. « Pour provoquer une pandémie, le virus doit franchir deux barrières : il doit acquérir la capacité à infecter une cellule humaine, puis ensuite à s'y répliquer efficacement », indique Emmanuel Drouet. chercheur à l'Institut de biologie structurale de Grenoble.

De plus l'organisation cellulaire chez l'Homme et l'animal sont très différentes. Le plus souvent les virus peuvent infecter l'Homme mais n'ont pas encore franchi la deuxième barrière où la transmission interhumaine est possible. C'est le cas pour la plupart des virus C'est ce qui se passe actuellement pour les virus aviaires: responsables de milliers de morts, ils infectent les humains mais ceux-ci une fois infectés ne peuvent les transmettre à d'autres humains. Par contre ce n'est plus le cas en ce qui concerne le virus HIV qui est la cause du sida. Le HIV était depuis longtemps présent chez le chimpanzé mais il lui a fallu des centaines d'années et des dizaines de mutations pour passer du chimpanzé à l'homme et créer une pandémie inter-humaine mondiale.

Mais pourquoi la menace serait-elle aujourd'hui plus importante ? Comme le rappelle l'Ipbes, la plus grande proximité avec les animaux augmente considérablement le risque de pandémie. « Les élevages intensifs, en particulier, sont une véritable bombe à retardement, prévient Emmanuel Drouet. Des milliers d'animaux avec une grande homogénéité génétique, entassés dans un même endroit, présentes les conditions idéales pour que le virus se développe et opère les mutations nécessaires pour s'adapter à l'Homme ».

L'Ipbes évoque aussi dans son rapport la perturbation des écosystèmes ou le réchauffement climatique, mais le lien de cause à effet est ici plus flou. Quoiqu'il en soit, les scientifiques appellent à des changements radicaux dans la prévention des épidémies. Ils demandent notamment la création d'un conseil chargé de prévoir les zones à haut risque et de mettre en évidence les lacunes en matière de recherche, ou encore « une réduction des formes de consommation, d'expansion agricole mondialisée et de commerce, par exemple, au travers de taxes ou d'impôts sur la consommation de viande, la production de bétail et d'autres d'activités à haut risque de pandémie ».

Ceci ne suffira sans doute pas à éviter de prochaines pandémies mondiales. Au vu du nombre de virus potentiellement pathogènes pour l'Homme, établir un plan de prévention pour chacun d'entre eux relève de l'illusion. Quant à la fin de l'élevage intensif, elle n'est pas pour demain.

Curieusement les chercheurs n'évoquent pas l'actuelle croissance démographique encore hors contrôle, notamment en Inde, sans mentionner de plus petits pays. A quoi serviront des mesures strictes de prévention et de confinement en Europe si les frontières avec le reste du monde restaient impossibles à fermer complètement, ce qui sera toujours le cas vue la mondialisation des échanges ?

Par ailleurs, comme la population mondiale actuellement estimée à 7,7 milliards de personnes devrait atteindre 8,5 milliards en 2030 et 10 milliards en 2050, il est tentant de penser que ces futures pandémies auront un rôle indispensable, ralentir ne fut-ce qu'un peu une évolution démographique qui aboutira rapidement à détruire ce qui reste d'équilibres naturels dans le monde.

Pour en savoir plus

https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/pandemie-ere-pandemies-ne-fait-commencer-80160/

https://uicn.fr/un-rapport-cle-de-lipbes-sur-la-biodiversite-et-les-pandemies/

Rapport IPBES https://ipbes.net/sites/default/files/2020-11/20201028%20IPBES%20Pandemics%20Workshop%20Report%20Plain%20Text%20Final_0.pdf

 

12/01/2021
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