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A Sciences Po, l'onde de choc de la démission d'Olivier Duhamel

Nous republions ici, pour faciliter sa diffusion, un article du Monde. Notre commentaire: Combien d'hommes connus et célébrés par les médias sont-ils coupables de tels faits sans que personne ne le sache. Ceux qui ont obtenu un diplôme rue St Guillaume apprécieront...

A Sciences Po, l'onde de choc de la démission d'Olivier Duhamel

Le politologue, visé par des accusations d'inceste, a quitté ses fonctions lundi 4 janvier. Il présidait la Fondation nationale des sciences politiques depuis 2016.

Par Soazig Le Nevé

Publié le 06/01

Une déflagration s'est abattue sur Sciences Po, lundi 4 janvier. Dans l'après-midi, le politologue Olivier Duhamel met fin à toutes ses fonctions, dont celle de président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), l'instance chargée de la gestion financière et des orientations stratégiques de l'institut d'études politiques parisien.

Dans la foulée, Le Monde publiait un article révélant des accusations d'inceste le visant. Dans un livre, à paraître le 7 janvier (Seuil, 208 pages, 18 euros), intitulé La Familia grande, la juriste Camille Kouchner accuse son beau-père d'avoir agressé sexuellement pendant plusieurs années son frère jumeau, alors adolescent.

S'adressant par mail aux vingt-quatre membres du conseil d'administration de la FNSP, le président démissionnaire explique sa décision. Il dit être « l'objet d'attaques personnelles » et affirme son désir de « préserver les institutions dans lesquelles [il] travaille ». Entre toutes, « l'institution » Sciences Po est sans doute celle qui lui est la plus chère depuis plusieurs décennies. Celle où il a fait carrière en formant des générations d'étudiants lorsqu'il enseignait le droit constitutionnel et les sciences politiques.

« Il était intouchable »

Conseiller du président du Conseil constitutionnel, membre du Comité consultatif pour la révision de la Constitution, député européen (PS), membre de la Convention sur l'avenir de l'Europe, membre du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions de la VRépublique, fondateur et directeur de la revue Pouvoirs, mais aussi animateur et chroniqueur sur LCI et Europe 1, président du club Le Siècle et membre du comité directeur de l'Institut Montaigne... Le constitutionnaliste Olivier Duhamel, 70 ans, a marqué les trente dernières années par son engagement public.

Mais celui que Sciences Po présente sur son site Web comme « expert dans l'étude des institutions, de la vie politique et de leurs influences réciproques » aurait fini par en incarner une forme de dévoiement, selon ses détracteurs, qui voudraient profiter de l'occasion pour dépoussiérer la gouvernance de l'école. En 2015, son prédécesseur, Jean-Claude Casanova, avait été renvoyé devant la cour de discipline budgétaire et financière, à la suite de l'affaire du salaire mirobolant de l'ancien directeur Richard Descoings. En 2016, l'arrivée de M. Duhamel à la tête de la FNSP – dont il était membre du conseil d'administration depuis 1995 – avait fait naître un espoir qui reste déçu. Loin des préoccupations pédagogiques et stratégiques de l'école, son mandat illustrerait simplement l'influence de l'entre-soi et d'une caste déconnectée des réalités.

C'est uniquement sous le couvert de l'anonymat que les langues se sont déliées au sein de l'institution de la rue Saint-Guillaume. « Il était intouchable, relate un membre du conseil d'administration de la FNSP, composé de dix femmes et de quinze hommes. Duhamel était le président d'une espèce d'aristocratie et les membres enseignants et étudiants n'avaient aucun pouvoir sur lui. » « C'était à l'image des conseils d'administration du CAC 40, poursuit un autre. Des gens qui se fréquentent, ont des relations entendues et policées, mais dont la plus-value des décisions reste très minime pour le projet académique de Sciences Po. »

« Stupeur » du directeur

« Olivier Duhamel est quelqu'un à qui on ne s'oppose pas, confirme une autre source au sein de l'école. Il aimait raconter qu'il était copain avec tout le monde dans le microcosme politique. »

« Ça ne va pas redorer le blason de notre école », déplore Arthur Moinet, membre du conseil d'administration de la FNSP entre avril 2018 et novembre 2020. L'ancien élu étudiant garde le souvenir d'une instance « duale »« Nous étions deux étudiants et trois professeurs, et presque tout le reste, c'était des proches d'Olivier Duhamel », rapporte-t-il estimant ce modèle de gouvernance « complètement dépassé ».

Dans un message adressé aux enseignants, salariés et étudiants de Sciences Po, le directeur, Frédéric Mion – qui n'a pas donné suite à notre demande d'entretien, pas plus qu'Olivier Duhamel –, a fait part, mardi, de sa « stupeur »« Le respect absolu de la personne, de sa dignité, de son intégrité morale et physique, de son consentement, est une valeur cardinale de notre institution », a-t-il simplement déclaré.

Mardi 5 au soir, Sciences Po a modifié la liste des membres du conseil d'administration de la fondation. En lieu et place de la photo et du nom d'Olivier Duhamel figurent une silhouette rouge et la mention « président(e) en cours de désignation ».

Un conseil d'administration extraordinaire nommera, le 13 janvier, un président intérimaire, parmi les neuf membres « représentants des fondateurs », indique l'école. 

06/01/2021
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