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Taxer la finance

Face aux déficits, aucun pays européen n'a de leçon à donner à la Grèce, même pas l'Allemagne. Tous se refusent à aborder les vrais remèdes: investir massivement dans les créneaux porteurs d'avenir, en finançant ces investissements par des impôts sur la spéculation financière, laquelle ne rapporte rien.

Le problème est simple, mais les intérêts économiques dominants refusent de le voir. Seuls des investissements massifs dans les sciences et technologies avancées permettront à l'Europe de faire face à la puissance chinoise et à ce qui reste de la puissance américaine. Nous avons proposé dans un texte précédent de faire en partie appel pour les financer à l'épargne des particuliers , dans le cadre de ce que nous avons nommé un Fonds stratégique européen (http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=446&r_id=). Mais cela ne suffira pas. Il conviendra d'imposer les activités qui profitent de la crise actuelle, voire la génèrent, sans rien rapporter aux finances publiques. De quels types d'impôts peut-il s'agir?  

Pour les gouvernements européens, influencés par la pensée conservatrice même s'ils se disent sociaux démocrates, il faut réduire les dépenses publiques c'est-à-dire en fait faire payer les fonctionnaires, en diminuant leurs effectifs et comprimant leurs traitements et retraites. Il en résultera une désorganisation des administrations au moment précis où l'appel à des interventions publiques plus efficaces est présenté comme indispensable. On comprend que les intéressés, même si les partis de gauche ne les soutiennent que du bout des dents, se révoltent.

Ceci d'autant plus qu'il y a de nombreux revenus ou activités qu'il serait plus sain de taxer, car leurs détenteurs ou responsables contribuent, eux, directement à la crise. Les sources et assiettes sont assez variées, mais toutes gravitent autour de la finance. C'est elle qui a été et demeure responsable de la crise, ce serait donc à elle de payer. Rappelons quelques solutions tout à fait réalistes. Il y a d'abord la taxation des transactions financières (dite Taxe Tobin). Elle peut rapporter beaucoup d'argent vu la masse de ces transactions, même si les taux d'imposition sont très faibles. Que l'on se rassure, taxer les transactions financières ne les ferait pas disparaitre ni émigrer ailleurs, si l'Europe toute entière en décidait. Il faudrait ensuite envisager de taxer les institutions financières elles-mêmes, banques et fonds de financement. Le choix des activités susceptibles de supporter de telles taxes est vaste. Là encore, la taxe ne tuerait pas ceux qu'elle atteindrait. Si l'Europe toute entière en décidait, là encore, ces institutions  ne feraient pas leurs bagages pour les paradis fiscaux – lesquels paradis d'ailleurs dans la foulée il serait bien utile enfin d'ostraciser.

Restent les revenus des personnes physiques. On constate que Nicolas Sarkozy continue à ne pas vouloir toucher au bouclier fiscal en France. Il prend là une grave responsabilité devant l'histoire. Les gauches européennes devraient en ce qui les concerne s'affranchir de leur respect religieux pour les riches et les puissants, censés faire marcher l'économie, le luxe et la création. Taxer les rémunérations et les bonus, à cet égard, ne rapportera peut-être pas beaucoup d'argent, mais aura un effet moral considérable. Les autres contribuables se sentiront alors mieux motivés pour accepter les relèvements d'impôts directs et de TVA sur les consommations-gaspillage qu'il faudra bien envisager également.

Si tout ceci était conduit, répétons-le, au niveau européen, dans le cadre d'une protection raisonnée aux frontières – et si les ressources ainsi obtenues étaient immédiatement réinvesties dans les emplois productifs évoqués en début de cet article, alors la bouée de sauvetage du FMI américain, la crise grecque, celle des autres PIGS, celle de l'euro et finalement peut-être la chute de l'Union européenne elle-même, apparaîtraient comme ce qu'elles sont: des fantasmes générés par ceux à qui  la perspective d'une Europe puissance reste insupportable. 
25/03/2010
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