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La chute annoncée de Nicolas Sarkozy aura-t-elle des conséquences sur le rôle de la France en Europe?

La France n'a pas que des amis en Europe. Au contraire. Les commentateurs, ouvertement, beaucoup d'hommes politiques, plus discrètement, ne manquent pas de brocarder le coq gaulois, qui prétendrait transformer l'Europe à son image. Ce n'est pas être médisant que constater le renforcement des critiques ayant suivi l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée.

L'interprétation optimiste serait que l'activisme manifesté par ce dernier, et ses quelques succès, bien que relatifs et temporaires, sur la scène internationale, auraient accru les jalousies, notamment dans le clan des anglo-saxons. Mais l'interprétation pessimiste est moins glorieuse. Aussi bien chez nos voisins européens que dans les chaumières nationales, il semble bien que les voltes-faces permanentes du président, le manque de visibilité des stratégies affichées, l'absence de résultats ait finalement découragé jusqu'à ceux qui conservaient à notre pays un vieux fonds de sympathie et d'admiration.

Un autre trait de Nicolas Sarkozy, qui lui fut vivement reproché, le plus vivement sans doute, fut son côté bling-bling, selon le mot resté célèbre, son attirance pour les puissants et les rutilants, son manque d'éducation, de recul et finalement de dignité dans ses relations avec les citoyens. Loin d'impressionner, il a fait rire. Même ceux qui reprochaient à la France un orgueil prétendument injustifié étaient attachés à l'image qu'avait donné la France, notamment sous les présidences pourtant très différentes de Charles de Gaulle et de François Mitterand : l'image d'une « grande nation » capable de traverser les épreuves avec l'autorité d'une vaste culture et d'une longue histoire. Nicolas Sarkozy, par ses incohérences, a paru balayer tout cela d'un revers de main. Les clowneries d'un  Berlusconi furent moins reprochées à Sylvio que les foucades de Sarkozy ne le furent à Nicolas. Car à tort ou à raison on n'attendait pas de l'Italie qu'elle serve d'une quelconque façon de modèle à l'Europe.

Aujourd'hui, on pourrait penser que le rejet massif du sarkozisme, manifesté par les électeurs, y compris par leur abstention, au cours des dernières élections régionales, devrait rehausser le prestige européen de la France – aux yeux tout au moins de ceux qui s'intéressent à la façon dont se porte notre pays. Les Italiens, d'une certaine façon, se déconsidèrent en maintenant leur confiance à Berlusconi, dont le mal qu'il fait à l'Italie saute aux yeux de tous, sauf de ceux qui l'avaient appelé au pouvoir. Aujourd'hui, la France a manifesté clairement qu'elle a dans sa grande majorité rejeté le système Sarkozy. Elle l'a fait non pas seulement pour ses choix politiques et ceux de sa majorité, mais pour son image personnelle et pour l'image qu'à travers lui il a donnée à la France. Cela prouve que le vieux pays est capable de se ressaisir. Selon une expression américaine  devenue consacrée, les électeurs ont dans l'ensemble compris, même à droite, que Sarkozy n'était pas la solution mais le problème. Cela fait honneur à leur maturité. Mais le prestige de la France n'est pas redressé pour autant.

Le rejet n'est pas tel en effet que la France soit devenue ingouvernable. Elle va donc devoir affronter les deux prochaines années, certainement lourdes de crises et de conflits, avec un chef mis en question, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Les ennemis traditionnels de notre pays s'en réjouiront.  Ses amis de cœur le regretteront. Certes, ils se consoleront, comme le feront de leur côté les Français de l'opposition, en se disant qu'après tout, deux ans sont vite passés, et que l'on peut en attendant faire en sorte que les choix politiques futurs soient meilleurs. Mais tant qu'un nouveau (ou une nouvelle) chef d'Etat ne sera pas désigné (e) à coup sûr, appuyé (e) par une majorité solide, l'incertitude continuera à peser. De plus, deux ans, de nos jours, équivalent à une éternité. Que sera le monde dans deux ans? Et que sera la France?

Devoir remettre à plus tard le vrai redressement ne sera pas bon pour la mobilisation des énergies. Combien par comparaison paraissent plus  assurés de leur avenir nos voisins allemands, même si la chancelière Merkel n'est pas non plus totalement assurée du sien. Pour le moment en effet, elle respire une dignité tranquille que nous ne pouvons que lui envier Nous en aurions bien besoin de ce côté-ci  du Rhin. 
22/03/2010
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Nombre de réaction(s) : 1
Requiem allemand
31/03/2010 08:39:56 | Par : Lucas
Plus assurés de leur avenir, nos voisins allemands ? Avec leur démographie qui s'effondre, la compression des salaires qui abaisse leur niveau de vie et entraîne la multiplication des grèves sectorielles, l'échec de leur rentrée militaire sur l'échiquier international dans une guerre afghane où ils se ridiculisent particulièrement, une adaptation parfaite à un certain marché mondialisé qui disparaît au point de commencer, déjà, à limiter leur seul atout économique véritable, le commerce extérieur...

La hargne féroce dont ils ont fait preuve dernièrement contre les "pays du sud" me semble au contraire une excellente indication de leur angoisse et de leur pessimisme face à leur déclin.
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