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Sarkozy : quel message aux Français et aux Européens ?

On pouvait attendre du président de la République qu'à trois mois de la présidence française du conseil européen, il précise le message qu'à travers lui, la nation pouvait proposer à ses citoyens et aux pays de l'Union. Sarkozy dispose de quatre années pour diriger la France. Ces quatre années seront pleines de difficultés voire de dangers qui, loin de s'atténuer avec le temps, ne feront que s'aggraver.

Il en a évoqué quelques uns : crise économique et financière, baisse des ressources alimentaires, montée en puissance des géants asiatiques disputant à l'Europe ses anciennes positions dominantes. Il en a survolé d'autres, notamment celles tenant à la nécessité d'une refonte profonde des modes de production, de commercialisation et de consommation des pays dits développés face à la crise climatique et environnementale. Il a par contre tenu comme acquis l'alliance dite atlantique avec un pays, les Etats-Unis, qui s'engage dans des politiques bellicistes aux retombées particulièrement redoutables et imprévisibles. 

Mais il ne suffisait pas de mentionner ces questions en quelques mots.  Il fallait obligatoirement proposer des stratégies. Dans la mesure où le maintien envers et contre tout du libéralisme économique et de l'ouverture à l'extérieur est de moins en moins perçu par les Européens comme un principe intangible, il fallait esquisser les formes et les contenus de régulation collective qui allaient devoir d'imposer en Europe, que les opinions le veuillent ou pas : contrôle des flux financiers spéculatifs, capacité de négocier la réciprocité des échanges sur des bases équitables, investissements collectifs devant être consacrés à la recherche développement, aux technologies de souveraineté,  aux grands équipements publics, dans les domaines civils et militaires.

Il fallait montrer en contrepartie les sacrifices que de telles politiques imposeraient, notamment en termes de décroissance (eh oui) appliquée aux consommations et aux productions gaspilleuses ou polluantes. Il fallait aussi montrer comment ces grandes réformes pourraient être menées à bien sans retomber dans les erreurs du dirigisme de type soviétique ou les effets d'annonce non suivis d'effets parce qu'incapables de s'appuyer sur les forces vives des pays concernés. Il fallait enfin, derrière tout cela, commencer à relancer le débat sur les structures institutionnelles de l'Europe, non pas pour revenir en arrière par rapport aux acquis du nouveau traité, mais pour esquisser les points sur lesquels il sera vital de le compléter à brève échéance.

On dira que Nicolas Sarkozy avait une autre priorité : montrer qu'il n'était plus le président bling bling et qu'il redevenait sérieux. Mais comment aurait-il pu le montrer mieux, aussi bien aux Français qu'aux Européens, sinon en élevant le débat jusqu'aux perspectives quadriennales de l'Europe esquissées ci-dessus. Affirmer sans le démontrer qu'il avait entrepris plus de 50 « réformes » franco-françaises, contrairement aux précédents gouvernements lesquels n'avaient rien fait, était à la fois faux et sans intérêt. Affirmer qu'il fallait suivre les Etats-Unis dans leur guerre sans fin contre les talibans était irresponsable, au moment où tous les Etats impliqués, sauf le lobby militaro-industriel américain, estiment qu'un effort militaire mené avec l'obstination de l'imbécile conduira aux pires catastrophes. Réaffirmer que si les instituteurs pouvaient enseigner les faits matériels, seuls les prêtres devaient enseigner les valeurs morales ne pouvait que conforter les revendications de religions en pleine guerre de conquête, face à ceux qui en Europe demandent une meilleure séparation des églises et des Etats.

On dira qu'un chef d'Etat tel que Sarkozy, dont la culture économique est quasi nulle et les vues stratégiques inexistantes, à peine supérieures à celles d'un Berlusconi, pouvait difficilement traiter les problèmes évoqués ci-dessus. De toutes façon, ajoutera-t-on, les hommes politiques ne peuvent, en démocratie, s'élever au delà de la facilité sans se couper de l'opinion. C'est évidemment faux. Si Sarkozy au lieu de se préoccuper une nouvelle fois d'affirmer son ego (sur le mode de la repentance), si les journalistes convoqués pour le faire valoir avaient eu quelque intelligence de leur métier et quelque courage, la prestation présidentielle, à la France et à l'Europe, aurait été toute autre.

Comparons ce qui a été dit le 24 avril, dont l'histoire ne retiendra rien, aux propos pourtant fort modestes et non techniques tenus, le matin du 27 avril, par Didier Adès, Dominique Dambert et leurs invités dans l'émission de France Inter La rue des Entrepreneurs intitulée « Et si on refaisait le monde ». On y apprenait plus en vingt minutes sur ledit monde et le rôle possible de l'Europe, qu'en une heure et demi de sarkoshow. Hélas pour la France

 
 
26/04/2008
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