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Citoyens européens: suivez l'exemple islandais !

Les Islandais ont massivement rejeté par référendum samedi 6 mars l'accord financier Icesave, le non l'emportant avec plus de 90 %. Environ 230 000 électeurs étaient appelés à se prononcer sur un accord organisant le remboursement d'ici à 2024 par Reykjavik de 3,9 milliards d'euros avancés par Londres et La Haye pour indemniser leurs citoyens lésés par la faillite de la banque sur Internet islandaise Icesave en octobre 2008.
 Le gouvernement de centre gauche affirme ne pas vouloir tenir compte de ce vote. Mais le message passera certainement, en Islande et comme il faut l'espérer dans le reste de l'Europe. Ce message avait été précisé par plusieurs centaines de manifestants qui s'étaient  rassemblés à Reykjavik aux cris de "Pas d'Icesave. Pas de traîtres au pouvoir. Le pays est innocent" ou "Sauvez plutôt nos maisons".

Que signifie ce vote? Une minorité d'Islandais appartenant aux élites économiques avaient largement profité du boom du crédit entretenu par les prêts des banques britanniques ou ressortissant d'autres pays européens. Les placements immobiliers ou mobiliers à l'étranger, un mode de vie luxueux marqué par la floraison des 4/4 à Reykjavik, où leur utilité est contestable, en avaient témoigné. Mais les petits épargnants n'en avaient guère tiré avantage. Aujourd'hui, ils risquent de tout perdre. Non seulement ils devront rembourser les prêts immobiliers consentis au delà de leurs capacités contributives. Mais ils doivent déjà faire face à la baisse des salaires et au chômage résultant de l'effondrement de la bulle financière. Enfin, ils sont menacés par le gouvernement islandais,  soutenu par les autres gouvernements européens, d'une austérité sans précédent. Rembourser 4 milliards d'euros en quelques mois, pour un si petit pays,  supposera la politique de rigueur déjà annoncée: hausse des impôts, diminution des dépenses publiques et réduction de la protection sociale. On comprend qu'ils soient tentés de se révolter. Mais contre qui? Le lobby des institutions financières internationales, qui les as mis dans cette situation sans issues, est hors d'atteinte.

A quelques différences près, la situation des citoyens grecs est la même. Le précédent gouvernement grec, de centre-droit, avait laissé les banques internationales déverser des crédits abondants au profit aussi bien des collectivités publiques que du secteur privé, tout en sachant très bien qu'à terme les remboursements seraient impossibles. Mais les banques ne risquaient rien. Suivant le principe « too big to fail », elles savaient que l'Etat grec d'abord, les Etats européens ensuite, ne laisseraient pas les dettes impayées. Pour le moment, la crise venue, c'est l'Etat grec qui est à la tâche. Le malheureux  premier ministre Georges Papandréou s'est engagé à un programme de réformes qui sont impossibles et en partie injustes. Le soutien qu'il vient chercher auprès de Nicolas Sarkozy ou de la BCE n'y changera rien.

Il ne pourra pas réduire en quelques mois un déficit budgétaire dont les racines sociétales sont profondes: corruption, détournement des crédits européens, absence d'entreprises efficaces, fonction publique et services sociaux pléthoriques et impuissants.  De plus, là encore, en Grèce comme en Islande et dans bien d'autres pays européens, ces réformes seront finalement injustes car elles feront payer à une population déjà fragilisée par la crise économique tout le poids de mesures qui n'atteindront pas les éléments favorisés, dont le produit des détournements sont bien à l'abri ailleurs. En ce qui concerne la fonction publique, comme nous l'avions précédemment observés, réduire à la grève puis à l'impuissance les services de contrôle, douane et police, ne fera que fragiliser aux dépens de l'Europe toute entière, la prolifération aux frontières des trafics maffieux.

Les citoyens grecs ne sont pas encore vraiment descendus dans la rue. Nous ne pourrions que les inciter à le faire, ceci à titre d'avertissement, non seulement à l'égard de leur gouvernement mais des autres gouvernements européens. La crise grecque, se traduisant par des menaces spéculatives sur la dette et subséquemment sur l'euro, menace aussi les autres membres de l'Union. Elle ne se résoudra pas plus chez eux qu'en Grèce par les mesures de soi-disant réforme qui ne sont que des gages données aux intérêts financiers internationaux. Les Etats pourraient faire beaucoup pour échapper à l'étranglement dont ils sont menacés par ces intérêts, à commencer par la menace de renoncer purement et simplement au remboursement de leurs dettes extérieures. D'autres mesures intérimaires seraient possibles, sur lesquelles nous reviendrons dans un article ultérieur. Nous conseillons à cet égard la lecture du Monde Diplomatique de mars 2010 qui aborde très sérieusement et avec compétence ces questions difficiles.

Mais il faudrait que les Etats européens et l'Union elle-même renoncent à la doxa libérale. Comme on peut partir de l'hypothèse que les gouvernements au pouvoir sont en fait à peu de choses près des représentants (pantins) des intérêts financiers (voir ce qu'en pense à juste titre Jean de Maillard), ils n'y renonceront que poussés par la peur de se faire renverser.  Cette peur, seules des manifestations citoyennes graduées mais déterminées,  pourront la faire naitre.

D'où l'intérêt, à titre prémonitoire, de la révolte des citoyens islandais.
07/03/2010
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