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Le lobby financier à l'offensive contre les Etats

On pouvait jusqu'ici penser, aux Etats-Unis comme en Europe, que le lobby financier international (dit aussi bancassurance) veillait à garder de bonnes relations avec les Etats occidentaux. Ceux-ci étaient en effet si étroitement sous le contrôle des financiers qu'entrer en guerre avec eux aurait été scier la branche sur laquelle ces derniers s'appuyaient. Mais apparemment ce temps n'est plus.

On savait très bien que les Barack Obama, Gordon Brown, Nicolas Sarkozy avaient bénéficié des soutiens financiers du lobby au moment où ils furent élus, puis ensuite dans l'exercice de leur mandats. Par ailleurs, la quasi majorité des sénateurs et représentants aux Etats-Unis, un nombre non négligeable de parlementaires en Grande Bretagne et en Europe voient une large partie de leurs frais de campagne et de fonctionnement (quand ce ne sont pas des dépenses personnelles) pris en charge par de généreux autant qu'anonymes donateurs. Gouvernants et hommes politiques ont été reconnaissants.  A l'occasion de la dernière crise, ils ont largement épongé les dettes de la bancassurance, sans demander en échange le moindre droit de regard. Certains, poussés par des opinions publiques un peu vicieuses, se sont lancés dans quelques gesticulations prétendant moraliser les bonus et les rémunérations, voir limiter les possibilités spéculatives des établissements financiers. Mais il paraissait évident que ce n'était là, de la part des gouvernements, que concessions verbales  à la nouvelle mode de la régulation, dont rien ne dangereux pour le monde de la finance ne sortirait.

Cependant, aux Etats-Unis comme en Europe, le relais de la crise financière a été pris par une  crise économique  se traduisant  par la chute des investissements et l'accroissement du chômage.  Face à une telle crise, qui mettra en mouvement non pas quelques spéculateurs anonymes mais des foules   de producteurs et de salariés, les gouvernements ne peuvent être indifférents. Ils risquent d'être emportés.  Aussi commencent-ils, même aux Etats-Unis, à envisager une certaine intervention directe dans l'économie. Mais celle-ci ne pourrait se faire qu'aux détriments des pouvoirs des « marchés », c'est-à-dire des intérêts financiers qui prétendent, dans un monde ultralibéral sans frontières, piloter à leur profit les grandes activités économiques. Autrement dit, dans ce que nous avons nommé ici un retour à l'économie mixte, les gouvernements les plus libéraux, les plus « à droite », risquent d'être tentés face à la crise de reprendre au lobby financier une partie de son pouvoir (et de ses opportunités de gains faciles).  Les gouvernement y pensent sérieusement en Europe. Aux Etats-Unis mêmes, les Démocrates commencent à rêver au possible retour d'un Big Government à la F.D. Roosevelt. Ils déplorent ce faisant la mollesse d'Obama, qui ne sait quel rôle choisir, devenir un vrai réformateur ou poursuivre dans le personnage du Wall Street puppet où il excelle.  

Déclaration de guerre


Face à ce risque de retour des Etats, le lobby financier international a décidé de passer à l'offensive. Il lui faut rappeler aux gouvernements qu'ils sont là par la volonté des puissances d'argent et qu'ils doivent continuer à  servir celles-ci. Aux Etats-Unis, le lobby bancassurance  n'y va pas par  4 chemins. Parallèlement aux campagnes haineuses de Robert Murdoch, de Fox News et autres Sarah Palin  contre Obama, les financiers s'en prennent à ceux dont la défection les mettrait vraiment en difficulté, c'est-à-dire les hommes politiques démocrates dont ils ont financé l'élection sur le mode de l'open bar. Le 7 février, un article du New York Times, peu suspect pourtant de gauchisme, souligne  qu'un des piliers de Wall Street, la JP Morgan Chase, jusqu'ici fidèle soutien d'Obama et des Démocrates, a fait savoir à ses « amis » que trop c'est trop et que, s'ils continuent à jouer la vertu, ils se feront couper les vivres (voir http://www.nytimes.com/2010/02/08/us/politics/08lobby.html?sudsredirect=true ) . Bien plus,   la Banque annonce qu'elle commence à financer les Républicains (le Grand Old Party) en vue des prochaines élections. La punition ne sera levée que si la Maison Blanche abandonne ses projets  de « tighter financial regulations » (réglementations plus sévères).

En Europe, les grands établissements financiers de Wall Street et de la City, qui font jeu commun, ne peuvent pas intervenir aussi directement. Ils ont trouvé un autre moyen, celui qui semble-t-il sème actuellement la panique chez les politiciens européens naïfs: menacer de mettre en faillite un certain nombre d'Etats faibles membres de l'Eurogroup. Derrière ces Etats, ils aimeraient bien abattre la forteresse euro, en ruinant non seulement les Etats faibles mais les Etats plus forts bien que pas très vaillants quand même, la France et l'Allemagne, qui décideraient de soutenir les premiers face à la spéculation. La Grande Bretagne est évidemment du complot, car les succès passés de l'euro portaient ombrage à la City et même au 10 Downing Street. Elle est tellement du complot que la £ se porte assez bien, merci.

Un véritable combat est ainsi engagé, entre ces grandes banques anglo américaines et les gouvernements européens en charge des intérêts économiques et sociaux de leurs ressortissants, le tout sous le regard d'opinions publiques qui n'y comprennent pas grand chose mais qui sont toujours prêtes à critiquer les retours de réglementation pouvant s'avérer nécessaire. Comment ce combat se terminera-t-il?

Nous l'avons nous mêmes indiqué dans un précédent article d'actualité. Si les gouvernements européens avaient des c..., ils siffleraient à l'attention des marchés la fin de la récréation et mettraient enfin en place le gouvernement économique et financier de la zone euro sans lequel l'Europe n'a pas d' avenir.  Mais sont-ils dotés de ces organes que la décence nous interdit de nommer ou ne sont-ils pas, eux aussi, de simples marionnettes au service des intérêts financiers ? On le saura dans quelques semaines, peut-être dans quelques jours
08/02/2010
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