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. Covid. Refonder l'Humanisme

Cet article est de Paul Baquiast, historien. Il publie régulièrement des articles pour Europe-solidaire.eu, dont il est membre du Comité de rédaction. JPB

La pandémie du Covid 19 et ses possibles réitérations dans l'avenir viennent rappeler la possible extinction, à court ou moyen terme, de l'essentiel du vivant. Et avec lui de l'humanité tout entière. Selon certains scientifiques, la pandémie du Covid 19 serait une conséquence directe des modifications de l'ordre naturel sous l'influence de l'humain.  La crise du Covid 19 questionne donc brutalement la place de l'humanité dans le monde, ses responsabilités, ses devoirs et ses éventuels droits dans l'ordre de la Nature. Ce qu'elle vient interroger sans détour, au fond, c'est  la légitimité de l'Humanisme, ce mouvement philosophique né à la Renaissance qui prétend faire de l'Humain le centre et la valeur de toute chose. Si l'humanisme ne veut pas sombrer dans cette crise qui est bien plus qu'une crise sanitaire et  une crise économique, mais une crise sociétale, philosophique et métaphysique, il lui faut s'interroger sur lui-même, se ressourcer et se redéfinir. Le transhumanisme est une piste possible pour ce ressourcement.

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L'humanisme du transhumanisme

L'article 7 de la déclaration transhumaniste, publiée en 2002, affirme que « Le transhumanisme englobe de nombreux principes de l'humanisme moderne et prône le bien-être de tout ce qui éprouve des sentiments qu'ils proviennent d'un cerveau humain, artificiel, posthumain ou animal. »

La filiation humaniste du transhumanisme remonte au début de la Renaissance avec Pic de la Mirandol. Philosophe italien de seulement 24 ans, Pic de la Mirandol publie en 1486 son ouvrage De la dignité de l'homme. S'appuyant sur un mythe platonicien, il y a appelle l'homme à « sculpter sa propre statue » et être « le créateur de soi-même ». Dans l'esprit de Pic de la Mirandol, il n'y a pas de nature humaine qui assigne l'homme à résidence. L'homme est hors nature. C'est lui-même qui définit en se construisant ce qu'il est.  Au siècle des Lumières, Condorcet imagine que l'homme sera amené à repoussé les limites de la mort : « Serait-il absurde de supposer que l'amélioration de la race humaine soit considérée comme un progrès illimité ? L'homme ne deviendra pas immortel, mais il pourra constamment augmenter le temps entre le moment où il commence à vivre et quand naturellement, sans maladie ou accident, il trouve que sa vie est un fardeau". Au XXe siècle Jean-Paul Sartre et l'existentialisme reprennent l'idée que l'homme ne se définit pas avant coup, mais par le destin qu'il s'est lui-même construit.  Ils avancent ainsi la célèbre formule selon laquelle « l'existence précède l'essence ». Ainsi, le transhumanisme, tout comme l'existentialisme auquel on peut le rattacher, est un humanisme. Mais un humanisme qui pousse jusqu'à son terme ultime sa logique : celui d'un monde sans dieu où l'homme et les créatures issues de l'homme se façonnent elles-mêmes.

Fraternité et transhumanisme

Dans le sens commun et non plus philosophique du terme, l'humanisme est un sentiment de profond respect et de sollicitude pour les hommes entre eux, dans le détail et le quotidien de la vie. Cela à avoir avec la fraternité, le troisième terme de la devise républicaine française. Le transhumanisme pousse ce sentiment plus loin. Inspiré pour partie par le bouddhisme comme par la pensée d'Emmanuel Kant qui explique que les lois morales s'appliquent non seulement aux êtres humains mais aussi à tous les êtres rationnels, s'il devait un jour s'en découvrir d'autres que les hommes, le transhumanisme  étend la notion de fraternité au-delà de la seule espèce humaine. Il l'étend à toute forme de vie et de conscience. Celle des animaux, mais aussi celle des robots à venir s'ils sont amenés à être doués de conscience. C'est sans doute pas ce biais qu'il est le plus en écho avec les préoccupations mises en avant par Covid 19 et qu'il est une source riche pour un renouvellement et une refondation de l'humanisme.

 Laïcité et transhumanisme

Depuis le XIXe siècle, l'humanisme est intimement lié à la laïcité. Il en est de même avec le transhumanisme, qui défend une forme de laïcité dans le domaine de la recherche scientifique. D'un point de vue transhumaniste, il est essentiel, en effet, que le scientifique, dans l'exercice de sa fonction de scientifique, repousse dans la sphère privée ses convictions religieuses, philosophiques et politiques personnelles.

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Le transhumanisme n'est pas sans danger. Mal pensé, mal contrôlé, il peut évoluer en une dystopie mortifère et totalitaire, avec une rupture d'égalité et de dignité entre ceux qui profiteront pleinement des avancées du transhumanisme et ceux qui en resteront à l'écart. Mais il peut aussi offrir les clefs d'un humanisme repensé, capable de se livrer à un aggiornamento salutaire et porteur d'avenir.

Signé Paul Baquiast

18/05/2020
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