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Confinement, déconfinement. Le point au 7 mai 2020

Ci-dessous un nouvel article de Joseph Leddet, éditeur de la Gazette des Changes. Il nous autorise à le reproduire, ce dont nous le remercions.

Confinement, déconfinement. Le point au 7 mai 2020

Effet du confinement: le chômage explose, l'emploi se raréfie et se précarise

La brutale décision présidentielle de cloîtrer les personnes et de fermer les commerces, pour un simple vent passager de pneumonie, a provoqué un maelström sur l'emploi. En avril, le nombre de chômeurs de catégorie A de « Pôle Emploi » dépasse ainsi les 3.7 millions, tandis que celui des chômeurs partiels liés aux mesures gouvernementales atteint les 10.2 millions. Sur un total de 19 millions de salariés du secteur privé, plus de la moitié sont aujourd'hui au chômage provisoire, sachant qu'une grosse proportion (i. e. 50 à 70%) risque de passer en catégorie A d'ici le mois d'août (soit un taux de chômage attendu compris entre 25 et 30%). En parallèle, les 4 millions de commerçants, artisans, professions libérales et micro-entrepreneurs, non éligibles aux indemnités Unedic, se retrouvent en majorité le bec dans l'eau. Seuls les 17 millions de retraités (public et privé), les 5 millions de salariés titulaires du secteur public, les 5 millions de salariés de grosses entreprises et les 3.5 millions de bénéficiaires du RSA et d'indemnités connexes (aide aux adultes handicapés, allocation de solidarité spécifique....) vont continuer à percevoir régulièrement leur rémunération mensuelle (soit 1/3 d'actifs pour 2/3 de subventionnés). Comme le chômage explose et que les cotisations sociales ne rentrent plus, tout cela représente – à vue de nez – un coût supplémentaire minimal pour les caisses publiques de l'ordre de 2 à 300 milliards pour l'année 2020, tout en ne faisant rien pour les professions non protégées et autres victimes de la crise. Question 1 : où va-t-on trouver l'argent ? C'est là que reviennent à la surface les idées de dette publique perpétuelle (ou obligations à durée indéterminée) et de subventions directes de la BCE à l'économie réelle. On n'y coupera pas, mais il faut faire vite. Question 2 : qui sont les gagnants et les perdants ? Les gagnants, ou plutôt les survivants, sont ceux qui ont un revenu garanti, à savoir les retraités, les salariés fixes du public et les titulaires d'aides sociales (RSA, AAH, RSS....). Sont relativement épargnés aussi les salariés des grosses entreprises. Et bien sûr on ne parle pas des rentiers, notamment les propriétaires de biens immobiliers ou de gros portefeuilles boursiers (encore que...). Par contre, les perdants sont les chômeurs (sauf à avoir comme objectif l'aide sociale à vie), les salariés des petites entreprises, les commerçants, artisans, professions libérales et micro-entrepreneurs, très souvent en situation précaire. A la louche, cela représente entre 15 et 25 millions de personnes, sans compter leurs enfants et leurs conjoints s'ils ne travaillent pas, soit un bon tiers de la population nationale. Il va falloir faire quelque chose pour eux, assez vite....

Pays victimes du coronavirus :

Le quinté gagnant se détache nettement D'après les dernières statistiques de l'OMS, sur les 250 000 décès environ à ce jour du coronavirus, 71 000 reviennent aux EtatsUnis, 150 000 à l'Europe continentale et au Royaume-Uni, et le petit surplus (29 000) au reste du monde (par exemple, 6 300 pour Chine + Inde). Début mai, sur les 150 000 morts européennes recensées (Russie comprise), 29 400 le sont au RoyaumeUni, 29 300 en Italie, 25 600 en Espagne et 25 500 en France. Avec ces 4 pays plus les USA, on obtient ainsi près des ¾ de tous les décès mondiaux : un quinté gagnant haut-la-main, le premier challenger, la Belgique en 6e position, scorant au total ridicule de 8 000. Deux questions à ce sujet : 1/ Comment cela se fait-il ? Si l'on considère que les Etats-Unis ont 320 millions d'habitants, souvent en surpoids ou diabétiques, avec un système de santé peu accessible aux classes populaires, cela peut expliquer leur 1er rang en valeur absolue, sachant qu'en taux moyen de mortalité par habitant, leurs quatre suivants se situent nettement au-dessus. Remarquons aussi que tous les quatre ont eu recours au confinement généralisé ; à vue de nez, ce n'était sans doute pas la meilleure solution ! 2/Combien ça coûte ? Si l'on estime que les mesures de précaution anti-virus, en gelant l'économie mondiale, vont aboutir à un recul net de 10% du PIB planétaire, étalé sur 2020/2021, sur la base d'un PIB 2019 de 80 000 milliards d'euros, cela représente un coût de 8 000 milliards, soit 32 millions par décès unitaire. Et si l'on considère que sur ces 250 000 victimes du virus, la moitié aurait de toute façon fini rapidement leurs jours du fait de leur âge et de leur état de santé, on aboutit en arrondissant à un coût moyen de 60 millions d'euros par vraie personne décédée : cela fait cher du macchabée ! Avec tout cet argent, on aurait pu éradiquer définitivement de sérieuses pandémies (paludisme, SIDA, tuberculose....) et faire des apports majeurs pour l'éducation et la santé, et aussi contre la faim et la pauvreté dans le monde....

Déconfinement : vers la métamorphose du « métro, boulot, dodo » ?

Les deux mois de confinement que nous terminons de vivre auront peut-être mis à mal la célèbre formule « métro, boulot, dodo », due au poète Pierre Béarn, et reprise comme l'un des slogans-phares de Mai 68, critique de la monotonie et de la répétition d'un quotidien trop prévisible et sans issue. Pour beaucoup d'entre nous, pendant le confinement seuls les 2e et 3 e termes avaient une réalité, le 1er ne continuant à concerner qu'une frange minime de la population, et le 2e ayant changé de forme. Maintenant que les affaires reprennent doucement, peut-être ce triptyque sera-t-il modifié ou transformé sous l'effet du Covid19. En effet, la phase de confinement et celle à venir de post-confinement donnent toutes ses lettres de noblesse au télétravail depuis le domicile, que l'on soit élève ou salarié. Cela écarte l'omniprésence quotidienne des transports en commun (« métro »), considérés comme pathogènes, et cela modifie le contexte du travail (« boulot »), pris à présent d'une manière plus autonome et distanciée. Au bout du compte, cela permettra d'avoir un « dodo » plus tranquille et réparateur. Et si le coronavirus était en réalité la réincarnation masquée de ces dangereux et inoubliables agitateurs de la Sorbonne et de Nanterre ?

Joseph Leddet

07/05/2020
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