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Les acquis du coronavirus

Cet article est de Joseph Leddet, éditeur de la Gazette des Changes, bien connu sur ce site. Il nous autorise à le reproduire, ce dont nous le remercions.

Acquis du coronavirus : coup d'arrêt aux errances de Maastricht et de Schengen

Le Traité de Rome du 25 mars 1957, qui a fondé la Communauté Economique Européenne, a été suivi de nombreux autres textes, lois ou traités qui modèlent la structure actuelle de l'Union Européenne élargie à 28 pays. Parmi ces textes, deux sont particulièrement importants ; le premier, le Traité de Maastricht, signé le 7 janvier 1992, institue l'Union Economique et Monétaire, en vue du passage à l'euro ; il confirme l'Union comme ensemble économique commun régi par la doctrine « ordo-libérale », mélange de libre échange et de rigueur budgétaire (les fameux « critères de Maastricht »).

Le second, le traité d'Amsterdam du 2 octobre 1997, institutionnalise la Convention de Schengen, consacrant l'abolition des frontières et la libre circulation des personnes au sein de l'espace communautaire. Puis le 21 octobre 2004 est signé le Traité de Rome II, établissant une Constitution pour l'Europe, qui confirme notamment le rôle de l'OTAN comme base de la Défense européenne, et qui s'oriente vers davantage de fédéralisme.

La vague d'attentats islamistes en 2010/2015, ainsi que la crise migratoire provoquée par Angela Merkel en 2015/2016, ont illustré les dérives de la porosité des frontières sur le pourtour de l'Union, et à l'intérieur entre pays membres. Et la crise des « subprime » de 2007/2008, suivie par celle des « dettes souveraines » de 2010/2012, ont mis en évidence l'absence de solidarité économique au sein de l'UE.

Aujourd'hui, la crise du coronavirus, qui a déclenché – du fait des réactions sécuritaires excessives des Etats –une crise économique sans précédent, étale à l'envi le spectacle du « chacun pour soi », que ce soit en termes de gestion de l'épidémie ou de mesures de soutien aux entreprises et aux ménages : fermeture des frontières, explosion des déficits publics, nationalisations rampantes, patriotisme économique, primes et subventions à tout va, restrictions de la circulation, confinement total ou partiel...Manifestement le Covid-19 sera en quelques semaines venu à bout des dizaines d'années d'errance et de rigidités dogmatiques imposées par Bruxelles : requiem pour Maastricht et Schengen !

Après le coronavirus : vers un nouveau dirigisme économique ?

Premier constat: le libre jeu de la concurrence, y compris à l'international, et la libre circulation des personnes dans l'espace commun, n'aboutissent pas à un monde idéal, loin s'en faut. L'Union Européenne est devenue un ventre mou, ouvert à tous les vents, incapable de se protéger contre l'impérialisme économique de la Chine ou des Etats-Unis. L'ordo-libéralisme conduit la majorité de la population à végéter financièrement, le partage entre capital et travail se faisant en nette faveur du premier.

Secundo, son statut de zone militairement occupée par les bases des Etats-Unis et de l'OTAN rend inexistante la politique extérieure de l'UE (pas d'armée, pas de diplomatie digne de ce nom...), tout en interdisant l'émergence d'une grande Europe continentale unie, via le rapprochement avec la Russie.

Tertio, la catastrophique politique de regroupement familial, instaurée en Europe depuis une bonne quarantaine d'années, a favorisé l'arrivée massive d'immigrés culturellement inassimilables, cause de fortes tensions avec les populations d'origine. Bref, tout est à revoir à présent....

Mais ne restons pas pessimistes. L'Europe a des bases fortes, dont elle doit être fière : une société millénaire imprégnée de ses racines gréco-latines et chrétiennes. Une Histoire d'une exceptionnelle richesse, avec la création de la modernité. Et aussi les traditions nationales des peuples qui la composent, à la fois diverses et complémentaires.

C'est sur ces bases qu'il faut nous appuyer, en créant une nouvelle politique économique et sociale qui s'inspire de celle d'après-guerre, telle en France la mise en place du Commissariat au Plan. Il faut que chaque pays renforce son industrie nationale, armée de PME et de grands groupes, ces derniers si possible de dimension européenne pour lutter d'égal à égal avec les challengers mondiaux, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle et des supercalculateurs. Il faut cuirasser l'espace économique européen, en instaurant des règles de préférence nationale ou communautaire pour les appels d'offres publics, et en protégeant le capital des PME stratégiques contre les appétits étrangers.

En résumé, il faut réinstaurer un dirigisme économique éclairé, en tablant sur ce succès majeur de l'UE qu'est l'existence étincelante de l'euro, arme de construction économique massive, mais à la seule condition d'être mise au service prioritaire de l'Europe et de ses Etats. Encore faudra-t-il recadrer l'action de la BCE au profit de ces derniers, à l'opposé de sa doctrine actuelle.

Merci petit coronavirus: tu nous as ouvert les yeux

Il n'y a pas que du négatif dans cette mini-épidémie star des médias et des réseaux sociaux : grâce au confinement, la cellule familiale est devenue l'unité officielle de regroupement, unité stable dans le temps, dans le lieu et dans l'action, telles les trois règles du théâtre classique du 17e siècle. Ces millions de représentations théâtrales individualisées, à la fois imposées et improvisées, déboucheront sans doute, à l'issue du confinement, sur une certaine remise à jour des relations familiales, vers plus de clarté, de proximité ou d'éloignement. On assistera ici à un drame, là à une comédie, parfois à un opéra ou à une pièce de boulevard.

Merci petit virus pour cet art de pimenter les relations personnelles. D'un autre point de vue, la fermeture de la quasitotalité des commerces focalise l'attention sur ceux qui restent ouverts ; outre les pharmacies, il s'agit surtout des magasins d'alimentation, des bureaux de tabac et des points de presse. Ces commerces jouent un rôle de services publics en permettant aux gens de continuer à faire leurs courses. A contrario, la fermeture imposée et prolongée des cafés/restaurants pèse sur la vie sociale, car ils représentaient le principal lieu de rencontre extérieur, et leur absence nous manque cruellement.

Souhaitons qu'en grande majorité ils réchappent – malgré leurs soucis de trésorerie - à cette clôture administrative prolongée, quitte à être soutenus de près par les pouvoirs publics, car ils font partie intégrante de notre mode de vie. Merci petit virus de nous avoir confirmé en creux ce rôle social essentiel de nos bistrots.

Joseph Leddet

04/05/2020
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