Europe Solidaire
CultureEconomieEducationEnvironnementInstitutionsInternationalSciencesSécurité/DéfenseSocialTechnologiesValeurs
Aggrandir Réduire Reinitialiser

Bonne nouvelle année aux insouciants européens

Quant on voit à l'occasion des fêtes des centaines de millions d'Européens de tous âges manifester leur joie (souvent alcoolisée) à entrer dans une nouvelle année, on est tenté de se demander, quitte à passer pour un prophète de mauvaise augure, s'ils se rendent bien compte des changements de mode de vie que l'évolution du monde leur imposera dans un proche avenir.

Les personnes qui font la fête se désolidarisent de facto des 15 à 30%, sinon plus, de leurs compatriotes qui ne font pas la fête parce qu'ils se situent, comme on dit, au dessous du seuil de pauvreté. Beaucoup de ceux-ci  ne sont ni âgés ni malades mais simplement chômeurs. Or  ceux qui bénéficient encore d'un emploi ou d'un revenu garanti, grâce auquel ils peuvent cette année encore faire la fête, devraient peut-être se demander comment ils pourront dans l'avenir conserver le même mode de vie, confrontés aux centaines de millions  de travailleurs chinois et indiens dorénavant aussi efficaces professionnellement qu'eux, et qui par ailleurs acceptent des niveaux de vie voisins de ceux des travailleurs pauvres européens.

On a beaucoup glosé sur la Chine, usine du monde. Il est évident que si l'Europe ne réagit pas intelligemment face à la concurrence chinoise, elle pourra fermer toutes ses usines et lieux de production. Des travailleurs chinois viendront peut-être travailler en Europe comme ils le font déjà dans l'Asie du sud-est et en Afrique. Ceci même dans le domaine agricole. Certaines compagnies ne s'intéressent-elles pas à des terres européennes ou russes ? Quant à l'Inde on commence à comprendre qu'elle est en passe de devenir la société de service du monde. Aujourd'hui près de la moitié des services exportables sont en Inde, du centre d'appel jusqu'aux analyses médicales et bancaires. Les atouts indiens  sont importants et uniques. L'Inde possède aujourd'hui près de 70 millions de diplômés supérieurs, plus qu'il n'y a d'habitants en France ! L'Inde ne s'est pas lancée dans une révolution industrielle impossible pour elle du fait de ses infrastructures hors d'usage. Elle est directement passée à la révolution des services qui représentent aujourd'hui près des 2/3 du PIB du pays.

Rappelons par ailleurs que ni Chine ni l'Inde ne se soucient d'élever le niveau de vie de la  population dans son ensemble. Elles se satisfont de rémunérer le niveau social supérieur (à des salaires qui d'ailleurs chez nous seraient considérés comme de misère). Le reste du peuple est maintenu dans la pauvreté,  par un régime politique qui demeure très peu démocratique en Chine et par le système de castes qui joue le même rôle en Inde, au demeurant réputée la plus grande démocratie du monde.

Les Européens, faut-il par ailleurs le leur rappeler, ne disposent pas des sources d'énergie primaire et de matières premières qui permettent aux pays producteurs de garder pour eux la plus grande partie des bénéfices en résultant. Certes, un certain nombre d'entre eux possèdent encore de solides fortunes immobilières et mobilières. Mais d'une part celles-ci sont très mal réparties. D'autre part la crise récente a montré que leur valeur dépend de marchés fluctuants sur lesquels les propriétaires ont peu de moyens d'action. Elles ne garantissent donc pas les revenus réguliers provenant d'un travail productif. Quant à l'innovation technologique, si elle n'est pas encore entièrement aux mains des pays asiatiques, elle reste encore pour l'essentiel située aux Etats-Unis. L'Europe prend chaque année sur le reste du monde un retard que l'on ne veut pas voir.

Si l'on considérait que l'Europe ne devrait pas ou ne pourrait pas se protéger de la concurrence chinoise et indienne, il faudrait se résigner à rémunérer les travailleurs de tous niveaux aux normes asiatiques, ou, autre solution, réduire les consommations de la population aux normes de celles des populations asiatiques. On pourra présenter ceci comme une forme de décroissance, après tout moralement et écologiquement défendable.  Mais nos joyeux fétards européens accepteraient-ils ces perspectives?  Ou bien pensent-ils que, de toutes façons, ils pourront y échapper ? Comment alors imaginent-ils s'y prendre ?

Nous avons fait sur ce site, et nous continuerons à le faire, quelques propositions permettant d'affronter, entre autres, la Chine et l'Inde (sans oublier les Etats-Unis).  D'autres experts ou mouvements politiques encore marginaux le font aussi de leurs cotés. Mais il faut se persuader qu'il ne s'agira pas de réformettes ne remettant pas en cause le système capitaliste libéral actuel. Aussi bien pour le moment, personne ne veut y penser. Bonnes fêtes donc  aux Européens.
31/12/2009
Vos réactions
Dernières réactions
Actuellement, pas de réaction sur cet article!
Votre réaction
Vérification anti-spam
Nom/pseudo*


Email*


Titre*


Commentaire*


* champs obligatoires
Europe Solidaire