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Copenhague ou la démission européenne

Si l'Europe s'était rendue capable de parler en vraie puissance face aux autres puissances, notamment les Etats-Unis et la Chine, elle aurait pu jouer un rôle bien plus efficace qu'actuellement pour obliger à la suivre les responsables de l'échec de Copenhague.

Certains se réjouissent de constater  que, même si les chefs d'Etats réunis à Copenhague n'ont pas pris de décisions contraignantes concernant leurs propres émissions, ils ont quand même montré que le monde tout entier commençait à s'intéresser aux problèmes de réchauffement climatique. Paris dit-on  ne s'est pas construit en un jour. De même, les Nations Unies ne réussiront pas en un jour à mettre en place les nouvelles institutions et les nouvelles décisions capables de gérer efficacement les politiques de lutte contre le changement climatique et pour la protection de l'écodiversité. Copenhague représente à cet égard un premier pas que l'on pourra faire suivre dans les prochaines années de décisions plus effectives.

Il n'empêche que Copenhague demeure  un échec par rapport aux prétentions initiales et surtout par rapport à l'urgence des besoins d'intervention contre la destruction des écosystèmes qui ne fait que s'accélérer. Or l'Europe, si elle s'était rendue capable de parler en vraie puissance face aux autres puissances, notamment les Etats-Unis et la Chine, aurait pu jouer un rôle bien plus efficace qu'actuellement pour obliger à la suivre les responsables de cet l'échec. Nicolas Sarkozy avait tenté de mobiliser les Européens, mais comme toujours, il s'est limité au discours, sans le traduire en décisions effectives.  

Daniel Cohn-Bendit a eu parfaitement raison, sur France Inter le 18 décembre, de préciser ce qu'aurait du être la stratégie européenne à Copenhague. Il est utile  de résumer ici cette stratégie car elle devrait être reprise par les Européens dans tous les conflits qui les opposent aux autres grandes puissances, par exemple en matière de protection contre l'invasion de l'espace économique par des entreprises étrangères ne respectant aucun des lois sociales, fiscales et environnementales que l'Europe s'efforce de faire prévaloir en son sein.

Une guerre du faible au fort


Qualifions ce qu'aurait du être la stratégie européenne de guerre du faible au fort. Dans le cas de la lutte contre le réchauffement climatique, l'Europe, non sans mérite, avait réussi à se fixer des objectifs exemplaires et commençait à se donner les moyens de les faire appliquer (par exemple avec une taxe carbone aux frontières). Mais elle n'a pas osé affronter l'Amérique et la Chine en passant du discours à l'acte. Autrement dit, l'Europe aurait du  affirmer à Copenhague que cette politique serait mise en œuvre par elle sans délais et quoiqu'il advienne.

Au lieu de cela, l'Europe a remis son sort aux mains de ses rivaux, en indiquant qu'elle n'appliquerait sa politique vertueuse que si les USA et la Chine acceptaient des mesures fortes allant dans ce sens. Comme ni l'USA ni la Chine ne voulaient s'engager, c'était leur donner la capacité de repousser sine die l'application d'une décision européenne souveraine. Autrement dit, c'était abandonner la souveraineté européenne et s'en remettre à la souveraineté des rivaux de l'Europe.

Mais dira-t-on, que ce serait-il passé si l'Europe, continuant à parler d'une seule voix, avait effectivement décidé de prendre les mesures nécessaires pour concrétiser l'objectif visant à réduire de 30% (pourquoi pas d'ailleurs de 50% ?) sa production de gaz à effets de serre. Il se serait passé que, la vertu étant généralement plus contagieuse que le vice, elle aurait créé un exemple que les autres Etats auraient été obligés à court ou long terme de suivre. Cependant, s'ils ne l'avaient pas fait, alors l'Europe aurait pu légitimement employer la force pour se défendre (force réglementaire voire quasi militaire, de type répressif). En l'espèce, elle aurait menacé de taxer ou même  d'interdire d'entrée dans l'Union européenne les produits provenant des Etats ne suivant pas son exemple.

Casus belli, dira-t-on. Et alors ? Quand on veut un résultat, il faut se donner les moyens de l'atteindre. Il faut assumer les sacrifices pouvant en découler. Si la décision européenne avait provoqué une guerre économique avec les Etats-Unis et la Chine, il aurait fallu l'accepter, quitte à « contrarier » un certain nombre d'intérêts européens, ceux des importateurs de produits « made in China » par exemple.  Que l'on se rassure d'ailleurs, ni la Chine ni l'Amérique n'auraient tenu longtemps face à une position souveraine européenne ferme, se traduisant par une fermeture temporaire des frontières. Ils en seraient venus à capituler sans le reconnaître, c'est-à-dire rejoindre l'Europe dans ses positions sur le climat.

Malheureusement, Nicolas Sarkozy, bien aidé en cela par la veulerie européenne, n'a rien fait de tel. Il a péroré tout seul à Paris puis à Copenhague, sans menacer ni nos  partenaires européens ni les autres Etats d'un moindre passage à l'acte français (suivi d'un passage à l'acte européen). Autant dire que ses discours se voulant vertueusement tonitruants n'ont pas été entendus, ni à Bruxelles ni à Copenhague. Si bien d'ailleurs que ni la délégation chinoise ni  Barack Obama n'en ont tenu le moindre  compte. Pour eux, la France et l'Europe demeurent des nains politiques, qu'il n'est même pas nécessaire de paraître ménager. Obama a d'ailleurs jugé bon de ne rencontrer aucun des "nains" européns.

Ce n'est pas de cette façon que la France et l'Europe pourront se faire entendre, que ce soit dans la suite du processus de Copenhague ou dans la discussion des autres grands enjeux  s'imposant à la planète. Il faudra effectivement, pour reprendre l'expression de Sarkozy, que l'Europe change de braquet. Changer de braquet et pas seulement dire que l'on va le faire, sur le mode du "retenez moi ou je fais un malheur".
18/12/2009
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Nombre de réaction(s) : 1
Les gens n'ont plus envie de suivre les élites du sous-continent européen.
24/12/2009 15:59:54 | Par : Gilles
La preuve est faite de la nocivité de la construction européenne, nocivité écologique dont vous venez de parler, nocivité culturelle dans la destruction de la diversité culturelle des pays du sous-continent européen par le passage à l'hégémonie de l'anglo-saxon, nocivité économique par les délocalisations encouragées par le commissaire au commerce extérieur, nocivité sociale par l'encouragement au chômage par les politiques ultra-libérales inscrites dans les traités concernant les buts de la Banque Centrale Européenne. Le chômage pourrit progressivement la société. Des sentiments de frustration, d'insécurité, d'isolement se diffusent et suscitent des manifestations de rejet. La désaffection dont sont victimes les partis politiques traditionnels et la progression de l'extrême-droite en sont des manifestations parmi d'autres.
Mais peut-on imposer une logique qui prétend construire une communauté des pays du sous-continent en défaisant le tissu social des communautés existantes et s'étonner ensuite que le repli sur soi, le corporatisme, le cynisme deviennent les règles dominantes de la société? Peut-on fonder un pacte social européen sur la seule stabilité monétaire en négligeant la croissance et l'emploi ? Quelle adhésion attendre de gens dont l'exclusion est la seule perspective?
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