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Le grand jeu en Asie Centrale

La Chine manifeste ses ambitions économiques et politiques sur tous les fronts, notamment à l'égard des Républiques d'Asie Centrale jusqu'ici très largement sous l'influence russe. C'est ainsi que vient d'être inauguré le 14 décembre, un gazoduc de 1 833 kilomètres destiné à transporter le gaz turkmène via l'Ouzbékistan et le Kazakhstan jusqu'au Xinjiang, dans l'ouest de la Chine. Là, il sera connecté au réseau chinois, puis rejoindra Shanghai, à plus 4 000 kilomètres à l'est.

Le « tuyau », édifié en un peu plus d'un an, ce qui est un exploit, part de Saman Depe en Turkménistan, traverse l'Ouzbékistan et le Kazakhstan avant d'entrer en  Chine à Alashankou. Il s'agit à peu près de l'ancienne route de la soie. Ceci permet au Turkménistan de disposer de débouchés pour son gaz hors de  ceux qui lui assurait Gazprom et les clients européens de celui-ci. Des incidents avaient opposé récemment les Turkmènes et Gazprom, à la suite d'explosions d'origine douteuse survenues au printemps sur le réseau opéré par Gazprom. Ces explosions avaient obligé à suspendre l'exploitation et donné à Gazprom un prétexte pour ne pas acheter les quantités convenues. 

La Chine concurrence ainsi non seulement Gazprom, c'est-à-dire la Russie, mais indirectement les acheteurs de gaz européens. De plus, elle affirme sa présence politico-économique dans les trois républiques, où elle distribue  un certain nombre de prêts en échange de projets d'exploitation énergétique ou d'infrastructures. Le fait que ces républiques soient assez largement de culture musulmane ne semble pas l'inquiéter. Au contraire. De bonnes relations avec elles permettront à la Chine  de stabiliser  le Xinjiang qui avait connu en juillet des émeutes interethniques. Cette région deviendra ainsi le centre commercial et industriel de la région, par où transiteront les exportations de produits chinois vers l'Asie centrale.

Les premières livraisons à destination de la Chine porteront sur 6 milliards de mètres cubes en 2010, pour atteindre progressivement 40 milliards en 2015, soit près de la moitié de la consommation chinoise actuelle. Le gazoduc est approvisionné par la concession de Bagtyyarlyk, exploitée depuis 2007 par la China National Petroleum Corporation (CNPC). Cette société détient déjà au Kazakhstan, 67 % de PetroKazakhstan. Elle a pris par ailleurs le contrôle de MangistauMunaiGaz, quatrième société kazakhe d'hydrocarbures, en échange d'une ligne de crédit de 10 milliards de dollars (6,8 milliards d'euros) à Astana.

Le Turkménistan a bénéficié d'un prêt chinois de 3 milliards de dollars pour prospecter le champ gazier du Yolotan-Osman Sud, près de la frontière afghane.  En dehors du gaz, un oléoduc relie déjà les champs pétrolifères de la Caspienne au Xinjiang chinois et transportera près de 20 millions de tonnes de pétrole par an à partir de 2011. Des négociations sont aussi en cours sur des projets concernant l'exploitation des réserves d'uranium kasakhes. La Chine enfin est très présente au Kirghizistan, avec plusieurs projets d'infrastructures et d'exploitation minière.

La Russie prise de court ?

On peut se demander comment la Russie perçoit la montée en puissance de la Chine dans des régions jusque là considérée comme participant de sa zone d'influence. Elle a sans doute fait un pari dont elle découvre seulement maintenant la portée quelque peu inquiétante. L'idée initiale était de contrer l'influence dite occidentale, en fait celle des Etats-Unis et de l'Otan, sur le Caucase et l'Asie centrale. L'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) avait  été lancée par Moscou et Pékin en 2001 en partie dans ce but. Mais l'OCS regroupe aussi le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan, en attendant l'intégration du Turkménistan. Elle se révèle ainsi un moyen permettant à la Chine de faciliter son engagement dans la région.

Vladimir Poutine, jusqu'à ces derniers mois, ne semblait pas avoir vu le danger. En 2007, au sommet de Bishkek, il avait  soutenu la création d'un Club de l'énergie - sorte d'OPEP d'Asie centrale – en vue de ménager son monopole sur les réserves de la région et leur exportation vers l'Ouest. C'est désormais la Chine qui menace ce monopole. Au sein de l'OCS, lors du conflit russo-géorgien de 2008, elle avait joué de son influence pour pousser les autres membres à rester neutres. On peut penser que l'intérêt manifesté, sinon par Vladimir Poutine, du moins par le président Medvedev, pour une Alliance stratégique avec l'Union européenne pourrait tenir  en partie au désir russe de rééquilibrer la balance qu'elle s'efforce de maintenir égale entre l'Europe et l'Asie.

Comme d'habitude cependant, la politique chinoise reste prudente. Officiellement, les relations avec Moscou sont excellentes. La Chine manifestement souhaite pouvoir continuer à exporter tranquillement ses produits vers l'Asie centrale et la Russie. Elle craindrait que pour diverses raisons, des protections aux frontières soient mises en place par ces pays. Les tensions avec l'Asie centrale ne manquent pas, pour d'autres raisons. Ainsi la Chine et le Kazakhstan se disputent le partage des eaux des fleuves frontaliers Tchiatoura Irtych et Ili. Les cultivateurs  du Xinjiang puisent dans ces fleuves pour arroser leurs cultures. Sur le Tchiatoura Irtych, les Chinois ont créé un réservoir et contrôlent le débit du fleuve.
16/12/2009
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