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Un nouveau parti américain, le Tea Party ?

L'observateur européen de la vie politique aux Etats-Unis qui a tendance à ne pas mettre à jour ses connaissances, tend encore à considérer que le système constitutionnel et électoral américain, au moins au niveau fédéral, oblige à la coexistence de deux grands partis, le Parti démocrate et le GOP (Grand Old Party) autrement dit le parti conservateur. Ce n'est plus le cas sous l'ère dite Obama. Un nouveau mouvement est apparu, capable de concurrencer les deux autres.

Il s'agit du Tea Party, qui a initialement rassemblé les opposants, conservateurs ou démocrates, au projet de Barack Obama visant à mettre en place une assurance médicale publique. De grandes manifestations s'étaient tenues, notamment à Boston, groupant  des opposants divers qui se sont progressivement structurés autour de la recherche de solution alternatives, aussi bien à celles proposées par la Maison Blanche qu'à celles retenues par les Démocrates et Conservateurs. Il a pris le nom de Tea Party, sur la base d'un jeu de mot datant de la révolution américaine, la Boston Tea Party constituée des premiers opposants au système colonial anglais.

Le Tea Party, aujourd'hui, est aussi impressionnant par ses effectifs que par l'incertitude qu'il fait peser sur l'évolution future de l'opinion aux Etats-Unis. Selon un sondage que vient de réaliser le très sérieux Institut Rasmussen et portant sur 1500 personnes convenablement réparties, 38% des sondés se disent favorables aux Démocrates, 23% au mouvement populiste dit aussi Tea Party (ce terme de populiste n'ayant pas exactement le sens qui lui est attribué en Europe) et seulement 18% aux Républicains, 22% se déclarant indécis. Cependant, le poids des habitudes et des institutions, qui favorise à l'excès le système bi-partisan, ne permet pas d'inférer que les  23%  de sondés dits populistes vont fonder un tiers parti, ou se comporter en mouvement organisé.

Néanmoins, ils manifestent une cohérence significative, aussi bien pour rejeter les solutions proposées par les Démocrates et les Républicains, sans mentionner celles de l'administration Obama, mais aussi pour se dire à la recherche de solutions nouvelles. Que pourraient-être celles-ci ? Pour notre ami Philippe Grasset, fin observateur des réalités américaines, c'est une très puissante situation de désordre qui se mettrait ainsi en place. Le Tea Party est pour l'instant une organisation hors-système. Le parti dominant à l'intérieur du système, celui sur lequel s'appuie en principe Barack Obama, le parti démocrate, est en cours d'effondrement dans les sondages. Le parti minoritaire, le GOP, n'est pas mieux placé. Ce qui n'empêche pas Barack Obama de multiplier les concessions à son égard. Il sème  ainsi un trouble croissant chez ses partisans, puisqu'il pratique désormais  une politique contraire au programme électoral ayant justifié son élection.

L'avenir du Tea Party dans ces conditions ne consisterait pas à se rapprocher des partis traditionnels mais à se présenter comme  une organisation antisystème. Ce serait une opération très délicate, avec le risque d'être, faute d'une organisation efficace sur le terrain, récupéré par ce même système. Cependant sa meilleure tactique pourrait être de rester extérieur au système et d'agir comme une force de déstructuration en suscitant chez l'électeur des votes de défiance ou refus de voter qui auraient, dans le climat actuel, un très fort effet de délégitimation des représentants dudit  système.

De toutes façons,  le mouvement  Tea Party,  quelles que soient ses intentions et sa philosophie, risque de devenir une force majeure d'incertitude. Il pourrait réactiver, comme le font les  partis populistes en Europe, les tendances les plus réactionnaires de l'électorat : racisme anti-noir et anti-latino, conservatisme étroitement religieux, chasse aux idées progressistes, appel aux militaires, sécession de certains Etats fédérés.  A l'inverse, car tout peut surgir d'une situation typiquement chaotique, au sens scientifique du terme, on pourrait voir émerger des projets et des comportements particulièrement novateurs, faisant notamment appel aux enseignements des sciences et des technologies les plus ouvertes au dialogue avec le reste du monde.

Ce serait en tous cas le rôle que nous souhaiterions voir jouer en Europe par des forces encore hors système, qualifiées de déstructurantes par les pouvoirs actuels, mais qui pourraient dessiner un avenir un peu plus constructif que celui envisagé par les partis traditionnels, fussent-ils d'opposition.
08/12/2009
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